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Drame sous la grange

Semaine du 3 au 9 décembre 2018

Pour commencer, on faisait le ménage autour de la grange en prévision de la venue du charpentier. C’était un peu la zone, faut dire. Surtout à cause du tas de bois formé par l’ancien bardage et d’éléments issus du démontage de l’écurie. On tronçonna ce qui pouvait servir de combustible pour le poêle, on fit un grand brasier avec le reste. D’habitude, les déchets du jardin (tontes, paille, résidus de culture, produits de la taille des arbres…) vont au compost ou directement à la terre, quand ils ne servent pas de paillis ou d’abri pour la microfaune. De cette façon, c’est dans le sol qu’on séquestre le carbone contenu dans ces «déchets verts», quand brûler ne ferait que le libérer dans l’atmosphère.

Tuyau d'évacuation PVC - Ferme de Videau
Des munitions pour la guerre des tranchées

Ensuite, on prenait la décision de s’occuper sérieusement de l’évacuation des eaux de pluie de la grange, destinées à rejoindre notre beau petit lac d’irrigation. Avec une telle surface de toiture, ce serait gâcher que de laisser toute cette flotte aux crapauds. D’abord, ils s’y noieraient. Ensuite, cette eau qui s’accumule au pied du bâtiment à chaque forte averse, infiltrant le sol et les murs, est une menace pour l’aménagement du gîte. Nous fîmes donc nos emplettes à Marmande, et le budget du mois en prît un sacré coup. On ramenait tout un tas de tuyaux et on laissait un chèque de caution pour la mini-pelle de location, et nous n’avions plus qu’à attendre le week-end en faisant des étirements: la guerre des tranchées arrivait.

Et puis, jeudi, il se produisit un événement grave qui nous obligea à déprogrammer ce chantier. Un événement qui faillit tourner au drame. À l’occasion des travaux du gîte, nous avions demandé au charpentier de refaire le soubassement de deux poteaux, mal protégés de l’humidité. L’artisan fît ce qui s’annonçait comme une opération de routine: il étaya patiemment les poteaux. Dans la soirée, Laëtitia fût d’abord  alertée par un grand bruit. Le charpentier débarqua tout d’un coup, blanc comme un linge: «j’ai fait une connerie», qu’il dit. Une connerie qui lui avait presque coûté la vie, oui. Un des deux poteaux, bien qu’étayé, s’était effondré sous une inattendue poussée latérale et avec lui une grosse poutre, à une poignée de cheveux de notre bonhomme, lequel n’avait dû son salut qu’à un bond de côté. La couverture de tuiles faisait maintenant une grande vague. La moitié du bâtiment menaçait de suivre le mouvement… Allait-il le suivre? Allions nous perdre notre grange? Notre homme sécurisa ce qui pouvait l’être, et revint le lendemain avec son chariot télescopique. Dans la journée, il remit d’aplomb notre belle charpente centimètre après centimètre. C’était un bon. Nous échappâmes à la procédure de sinistre avec assurance et tout et tout. Le chantier du gîte, encore une fois, prenait du retard. Mais le pire était évité, et notre charpentier bien vivant. Avec une histoire de plus à raconter à ses futurs petits enfants.

Accident de charpente - Ferme de Videau
Accident de charpente à Videau

Du coup, j’annulais ma visite chez Marielle, une maraîchère de Bazens, pour surveiller l’évolution de ce chantier. Mais j’avais eu le temps de participer à une visite de maraîchers-arboriculteurs organisée par l’ADEAR: je retrouvais avec plaisir le jardin de Jacques Barroux, qui a planté ses fruitiers au milieu de ses légumes, et rivalise d’ingéniosité en matière de lutte biologique. Je découvrais le verger de pruniers de Karina, un espace laissé presque sauvage, à peine perturbé par une taille très douce et l’unique tonte qui précède les récoltes. Des pratiques qui feraient bondir mon voisin Yves, l’homme qui a sauvé les tulipes de Villebramar, mais avec l’aide de la mécanique. Et puis, de retour à la maison, nous avons achevé de couvrir avec des bâches occultantes les buttes de culture aménagées cet automne et qui n’avaient pas reçu de couvert végétal. J’ai épandu deux brouettes de fumier sur les asperges, que j’occulterai à nouveau après la prochaine grosse pluie. Et nous avons, en deux temps, formé de beaux alignements avec le bois abattu l’hiver dernier chez nos amis de Seyches pour qu’il sèche. Pour finir, nous avons retrouvé Sabine et Gildas, de Tombebœuf, à une foire bio à Bergerac. Leur stand présentait des conserves de mouton et des fruits séchés qui déchirent: graines de courge, tomates, physalis, kakis. Nous rencontrâmes la créatrice de la revue le Citron dont je vous ai déjà parlé ici et qui, je l’espère, nous fera la faveur de lire un jour ces lignes.

Enfin, cette semaine c’était le lancement de la campagne de financement participatif sur la plateforme Blue Bees. Presque une semaine plus tard, quelle claque! Les premiers contributeurs ont joué le jeu en contribuant rapidement à coups de montants plutôt élevés, et nous approchons déjà les 5000 euros. Merci à vous tous qui avez participé, vous êtes nos anges-gardiens. Vous êtes nos bienfaiteurs. Vous allez changer la donne. Continuez à faire mousser notre projet, le chemin reste encore long jusqu’aux 25000 euros espérés, avec lesquels la saison de maraîchage 2019 aura l’air vraiment professionnelle, et les finitions du gîte plus brillantes que jamais. On y croit, pas vous?

Cours d’agriculture générale

Semaine du 26 novembre au 2 décembre 2018

Lundi, on démarrait sur les chapeaux de roue avec la couverture des tunnels de culture. Les bobines de film plastique attendaient sagement depuis deux jours une disponibilité de notre voisin Garonnais: celui-ci ramena quelques arceaux métalliques manquants sur son Manitou (en tant que maraîcher à la retraite, il est le fournisseur officiel de matériel d’occasion de la ferme de Videau), et nous procédâmes sous sa direction. Pour chaque tunnel, on planta la bobine sur une des fourches du Manitou, à 2m du sol, qu’on déroula jusqu’à l’autre extrémité de la série des arceaux. Puis notre professeur nous montra comment installer la ficelle entre les montants, par dessus le plastique, de façon à plaquer celui-ci sur les arceaux.

Dieux des tunnels

Il fallait faire vite puisque le vent menaçait de se lever et qu’une bâche mal fixée risquait de se transformer en incontrôlable parapente géant. Les dieux, qui étaient avec nous, retinrent la brise, et à la tombée de la nuit nous avions agrémenté le paysage de quatre chenilles translucides géantes, solidement arrimées. Pas un chef d’œuvre d’architecture, mais un outil précieux pour le revenu du maraîcher: ces petits tunnels de 25m sur 4,50m disposés dans le sens de la pente offriraient une bonne circulation de l’air et une meilleure précocité que des grands structures à haut plafond. De quoi allonger la saison des «ratatouilles» (tomate, poivron, courgette, aubergine), anticiper la production des primeurs (pomme de terre nouvelles, pois, haricots, carottes, radis…), et proposer davantage d’espèces en hiver (mâche, épinard, blette, salade…).

Tunnels de culture - Ferme de Videau
Apprendre à couvrir des tunnels, avec professeur

Friche d’affaire

450m2 de tunnels, ça restait très modeste. Je m’en rendais compte à l’issue d’une formation de deux jours, par deux professeurs, à la chambre d’agriculture d’Agen, intitulée «Planifier ses productions en maraîchage biologique». Nous utilisâmes un tableau Excel baptisé Légumix, en commençant par défricher les besoins: nombre de lieux de vente, quantité de légumes… Le chiffre d’affaire estimé, relatif à ma surface, ne s’avéra pas sensationnel, et je me cassais la tête pour caser un nombre raisonnable de légumes d’été dans mes petits tunnels. La nécessité de maintenir mon activité de graphiste pour cette année 2019 ne faisait plus aucun doute, sachant qu’en plus le temps consacré au jardin serait encore amputé par des travaux. En ce qui concernait le futur revenu agricole, Excel était catégorique: il faudrait au moins doubler la surface sous abri.

Les insectes sont nos amis

La question des rotations et des engrais verts fut largement abordée dans la formation, et même si je sortais déçu par l’organisation de ces deux journées je me félicitai d’être allé au contact de mes semblables. Et comme à l’occasion du Certiphyto, j’aimais bien retourner sur les bancs de l’école. D’ailleurs, j’assistais l’avant-veille à une autre formation intitulée «Identifier la biodiversité existante» et animée par Véronique Sarthou à Sainte-Livrade-sur-Lot. Ce fut un tour de reconnaissance exhaustif des bestioles qui vivent dans nos campagnes, à commencer par les vers de terre et les champignons mycorhiziens, et du bénéfice de leur présence: pollinisation tous azimuts et prédation des nuisibles: la coccinelle dévore les pucerons, le champignon «collet» piège les nématodes, le petit du faisan se nourrit d’insectes… La majorité des auxiliaires insectes sont des butineurs. Moralité: plantez des fleurs! On déplora la disparition de 75% des espèce cultivées depuis 1900, on milita pour la réintroduction des haies dans les parcelles. Et on programma une 2ème journée sur le terrain au mois de mai.

Plateau de kakis - Ferme de Videau
Des kakis encore verts

Feu vert pour la campagne

Et puis, quelques faits marquants en vrac: nous reçûmes la visite d’un correspondant local du journal Sud-Ouest pour un entrefilet sur la nouvelle activité de massage à domicile, nous récoltâmes plusieurs plateaux de kakis du voisinage, destinés à la confiture et au séchage, et j’invitais Laëtitia au restaurant la Tête d’ail de Cancon pour ses 33 ans: on croqua des pickles de gouttes de poivrons et des brins d’achillée millefeuille, et on sympathisa avec un staff sympa, aux appétits de produits originaux et locaux: je rêvais déjà d’une collaboration à base de colis de jeunes pousses et de piments des Caraïbes. Nous avions les tunnels pour ça! Enfin, nous avons mis une touche finale à notre campagne de financement participatif, avec un shooting photo rigolo dans le jardin et la mise au point des cadeaux de remerciement. Le lancement est prévu pour la semaine prochaine, et nous mettons de grands espoirs dans votre soutien. Notre projet, malgré tout le sérieux que nous y mettons au quotidien (sérieux dont, je l’espère, ce journal est le meilleur témoin) a vraiment besoin d’un coup de pouce financier… Pour que Videau devienne une ferme bio et écolo, un lieu pour vos vacances vertes. Aussi vert… que ces billets qui nous font défaut!

Viande rouge et gilets jaunes

Semaine du 19 au 25 novembre 2018

Cette semaine, nous avons créé une page pour le lancement prochain de notre campagne de financement participatif, prévu de longue date. À ce stade, notre budget travaux est presque épuisé, mais l’aménagement du gîte rural et l’équipement de maraîchage, préalables au démarrage de nos activités professionnelles, nécessitent encore une mise de fond importante. Il a donc fallu réunir de nombreuses photos et rédiger une belle présentation, puis mettre au point une liste de petits cadeaux, en contrepartie de la généreuse contribution des participants. Nous sommes dans les starting-blocks, nous espérons que nos fidèles soutiens le sont aussi. Par la même occasion, nous avons essayé de montrer au plus grand nombre notre petit film de la ferme, un survol en drone de mon cousin Alexandre Mauric, mis en musique par Clément Vallette et monté par mon frère Pascal, histoire de donner un aperçu concret de notre petit paradis et susciter un maximum d’empathie. Merci à eux!

On masse salarial

En marge d’une nouvelle série de rendez-vous plus ou moins encourageants avec des propriétaires de gîtes ruraux intéressés par une prestation massage bien-être dans leurs packs séjour, Laëtitia a vendu son premier abonnement pour 10 massages à une habitante de Montastruc. Mais deux messages sponsorisés sur Facebook et 1500 flyers plus tard, il faut bien reconnaître qu’à part ça la clientèle ne se bouscule pas au téléphone. Laëtitia s’est donc penchée sur les petites annonces pour baby-sitters en vue d’améliorer l’ordinaire d’une activité dont la réputation n’est pas encore faite, avec en ligne de mire la fin des droits au chômage. Sur fond de grogne sociale en gilet jaune, elle préférait miser sur la précarité du chèque emploi service et de nouveaux déplacements automobiles, là où un hypothétique poste salarié (mais notre département n’est pas précisément un bassin d’emploi), même à temps partiel, aurait trop contrarié le planning de son activité indépendante.

On masse cardiaque

En bons citoyens, nous nous rendîmes à une réunion d’information sur l’utilisation du défibrillateur municipal par deux pompiers volontaires de Tombebœuf. L’occasion de se rappeler les gestes qui sauvent: la mise en place des électrodes, le massage cardiaque… et la découpe du panetonne pour la collation. J’en profitais pour héler le peuple de Villebramar venu civiquement assister à cette réunion, dont les propriétaires du regretté restaurant Les Ganivelles, un fan de whisky et de Metallica, ainsi qu’une belle proportion d’anglais, et je nous présentais Laëtitia et moi, ainsi que les détails de notre projet.   

Faugétariens

Côté ventre, on inaugurait la cuisson longue sur le poêle d’un chili sin carne avec les légumes (navets, céleri branche, carottes) du voisin Garonnais et nos conserves de tomates. Mais, faux végétariens, on se précipitait aussi sur les merguez du couscous dominical, issues d’un lot de viande de brebis bio de notre copine Sabine Grossia à Tombebœuf que l’arrivée récente du congélateur nous autorisait à acheter. On ne touchait pas aux poireaux que j’avais planté assez tard pour la saison, et que j’achevais d’habiller pour l’hiver en les paillant d’un mélange de feuilles mortes de tilleul et de noisetier. Je constatais des dégâts causés sans doute par un parasite: la teigne du poireaux. Le mal était fait et les premiers froids avaient eu raison de la bestiole, j’espérais donc que mes légumes conserveraient suffisamment de vigueur jusqu’au printemps et les quelques premiers clients, parmi lesquels je comptais désormais officiellement la fille du voisin Yves. Je semais aussi, en jour fruit, 5kg de fèves. Un passage de grelinette et de rotavator sur l’ancien emplacement des courges me permit d’inaugurer la nouvelle bougie du motoculteur, officiellement compatible avec son moteur Lombardini, lequel se comporta à merveille. J’aimais désormais mon engin comme un frère.

Poireaux bio paillage feuilles mortes - Ferme de Videau
Les poireaux habillés pour l’hiver

Bons tuyaux, pas toujours écolos

Nous effectuâmes un aller-retour à Agen, chargés de panneaux isolant en laine de bois excédentaires à rendre au magasin (y a pas de petits profits), avec en poche la liste de courses des deux prochains chantiers: couronnes de tuyau PER pour la plomberie du gîte rural, rouleaux de film plastique pour la couverture des tunnels de culture. On sortait allègrement des matériaux naturels! Hélas, une estimation du coût du cuivre pour la plomberie, ajouté à mon ignorance totale en matière de brasage,  donnèrent l’avantage à la tuyauterie plastique. Par ailleurs, un alignement de serres vitrées eut été du plus bel effet au milieu du pré (quoiqu’un rien sensible aux intempéries), mais c’était un luxe absolu que mon inconscient même ne me permettait pas de voir en rêve. C’est pourtant une serre de ce genre que je visitais chez les Barbot, un couple de maraîchers bio près de la retraite à Fongrave auxquels je rendis visite en fin de semaine. Un couple adorable d’origine bretonne dont j’écoutais le récit des débuts dans le métier, dont je notais les utiles recommandations et dont j’admirais la conscience écolo: mazette, les tuyaux des radiateurs en fonte de récup, du chauffe-eau domestique et de la serre à semis raccordés à la cuisinière à bois! Découvrir cette saine énergie et ce paisible engagement, encore une fois, me réconfortèrent: les paysans, ces gens biens!  

Semaine creuse et cartons pleins

Semaine du 12 au 18 novembre 2018

Une semaine creuse, principalement consacrée au déménagement de la maison des grands parents de Laëtitia du côté d’Avignon, soit quelques jours de chargement et d’aller-retour par la route. Une partie du mobilier ira dans notre futur gîte: meubles de cuisine, de salle de bains, armoires en pagaille pas tous assortis à notre intérieur minimalo-champêtre, que les réjouissantes assiduités d’un chantier ponçage et peinture rendront méconnaissables (oui, j’ai toujours su que le relooking meuble me donnerait grande satisfaction). Autre héritage, une caisse à outils bien garnie et des rangements en tout genre, de quoi mieux équiper encore un provisoire atelier bricolage et mécanique. Enfin, un congélateur et une tondeuse à gazon.

Après un tel inventaire, et pour ne pas céder à l’embourgeoisement, je me retroussais les manches à notre retour et décidais de pailler les poireaux pour l’hiver selon la méthode décrite par Dominique Soltner dans son Guide du Nouveau Jardinage. J’avisais les nombreuses feuilles mortes des tilleuls des environs. Après quelques voyages en brouette, je couvrais la moitié de la planche de 50m de poireaux d’une bonne couche de feuilles, obstacle à la poussée d’adventices et protection de la vie du sol, et c’est seulement après que je me rendais chez le voisin Yves pour lui annoncer que j’avais violé sa propriété à la recherche de feuilles mortes. Comme attendu, j’y restais pour l’apéro.

Le week-end était déjà là, il fallut se rendre au village voisin avec le comité des fêtes de Villebramar dont nous faisons partie, pour les préparatifs de l’annuel loto dans cette autre salle des fêtes, plus vaste que la nôtre. Demi-chevreuils, rôtis, poulets, saucisses, entrecôtes… Des cartons pleins à faire frémir d’horreur un végétarien. À la buvette, on atteignit la rupture de boissons et de crêpes, ce qui était bon signe. Il fut annoncé que des voisins attendent un bébé. On nous titilla un peu à ce sujet, évidemment. Mais quoi, on d’autres projets dans l’immédiat, comme de boucler une petite vidéo aérienne de la ferme, ainsi qu’une campagne de financement participatif avant la fin du mois, histoire de soutenir la métamorphose de Videau en petit paradis. Ami lecteur, te voilà prévenu!

Sciences occultes

Semaine du 5 au 11 novembre 2018

Lundi, Laëtitia mettait un point final au chantier d’isolation sous rampants en laine de bois de l’ancienne l’étable, flanquée de deux équipières: Christine et Marie, la mère et la fille, l’une et l’autre moins bien sapées qu’à l’accoutumée pour d’évidentes raisons. Michel, le père, ne faisait qu’un saut pour le lunch et nous épargnait un probable menu végétarien en ramenant quelques confits de canard maison et un chouette Côtes de Gascogne rouge du domaine Guillaman. Je digérais tranquillement devant l’ordinateur, au chevet du futur site sous WordPress d’une agence d’architecture bioclimatique, puis j’allais épandre de l’engrais organique en prévision de la plantation d’ail bio Thérador.

L’ail, ça repousse

Mardi, ça n’est pas très scientifique mais nous étions en jour racine du calendrier biodynamique et je m’en souciais. Hélas, nous plantâmes dans des conditions qu’on ne saurait qualifier autrement que de dégueulasses. Leçon pour l’an prochain, même si ça pousse bien: planter plus tôt, en octobre, avant la pluie et dans un sol plus sec, ou au moins sous abri. Laëtitia prodigua deux massages à de nouveaux clients puis, l’après midi, changement de décor: maintenant que l’isolation sous rampants du futur gîte à cet endroit, très en retard pour cause de malfaçon dans la réfection de la toiture, était enfin terminée, on allait pouvoir y faire place nette. Jusqu’au soir, j’arrachais donc le plafond de l’ancienne étable.

Rénovation grange avant/après - Ferme de Videau
L’étable a disparu comme par magie

Mercredi, nouveau massage à domicile. Après les avoir déposées, nous stockâmes ensuite les planches en bon état, ainsi que les poutres, de l’ancien plafond: tant de bois, ça ne se jette pas, ça se recycle. J’achevais par le démontage de la séparation entre l’étable (où allaient les vaches) et la grange (où allaient le foin et la paille). Dans cet assemblage en tenon-mortaise, une série de planches verticales à claire-voie. Et parmi ces planches, certaines découpées pour permettre au bétail de passer le cou vers sa nourriture. Ce sont les «crèches» en bois, si caractéristiques et en assez bon état, qu’on s’est promis de transformer en éléments décoratifs de la future rénovation. Je stockais le tout après les avoir scientifiquement numérotées.

On touche du bois

Jeudi, nous continuâmes à démolir ce qui devait l’être: le muret de soutènement des crèches en bois, empilage approximatif de briques plates et de parpaings coulés dans le béton sur les anciennes fondations en tuf. Après, il fallut déblayer tous ces gravats. Un charpentier vint se rendre compte de l’état des poteaux qui soutiennent la toiture: il faudra les étayer (c’est pas de la tarte, on réserve ça aux scientifiques) et couler un poteau béton tout neuf. Puis Patrice vint couper le bois pour l’hiver à la ferme de notre voisin Yves. On laissait tout en plan pour l’aider à charger 6 stères de chêne et de charme sur la remorque, que nous déchargeâmes derrière la maison, 150m plus loin. Contre quelques gros billets, nous avions en principe une réserve suffisante (moins que l’année précédente, mais nous avions fait main basse sur quantité de vieux éléments de charpente, et abattus quelques arbres depuis).

Bâche d'occultation sur asperges - Ferme de Videau
Cachez ces asperges que je ne saurais voir

Vendredi, le déblaiement n’était pas encore terminé. Nous profitâmes d’un retour du soleil pour nous livrer à une science occulte. Si l’année précédente j’avais désherbé les asperges (environ 15m hérités des anciens proprios) en catastrophe au printemps, je voulais faire mieux cette saison. Entre un rang de belles asperges vertes et une prairie qui a repris ses droits, il faut choisir. Je scalpais donc rapidement l’herbe qui avait envahi la planche, je fauchais la partie aérienne des asperges, laissant tout sur place, et nous recouvrîmes d’une bâche occultante. Je remplaçais donc le couvert naturel par un autre artificiel, afin de ne pas laisser le sol nu pour l’hiver: c’est une règle fondamentale en agriculture de conservation.

L’occultation, c’est pas sorcier

Sous la bâche, le processus de digestion des restes de culture allait être favorisé, et les nouvelles levées d’herbe contrariées par l’absence de lumière. Au printemps, après avoir retiré la bâche, seul une opération de griffage superficiel pour incorporer un peu d’engrais devrait précéder la récolte dans un sol «propre». Nous étendîmes cette méthode à d’autres buttes de culture. Après tous ces gravats et vieux débris, la promesse d’une terre vierge et productive tombait à pic. Faire du neuf avec du vieux, voilà une devise.

J’aime les filles

Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2018

Lundi, on commençait doucement avec un reste de crève en travers de la gorge et un temps pluvieux par la fenêtre. Dans un bureau toujours pas chauffé puisque séparé du poêle par un mur d’1m d’épaisseur, donc suffisamment emmitouflé pour repousser au plus tard possible la mise en route d’un convecteur nucléaire, je me lançais dans le développement sous WordPress du site web d’une agence d’architecture bioclimatique dans la Drôme Provençale. Ça laisse moins de terre sous les ongles, c’est moins éprouvant pour le corps, et c’est plus rémunérateur. On se réhabitue vite, quoi. Mais pendant ce temps les chantiers n’avancent pas, gîte et serre à semis ressemblent toujours à des coquilles vides. D’autres projets, cependant, voyaient en même temps le jour par la voie numérique: toujours à l’abri, je passais commande de quelques kilos d’ail et de fèves à planter avant la fin du mois, car c’est la saison et les buttes sont prêtes.

Mardi, Laëtitia travailla la notoriété de son activité de massage, en effectuant une énième tournée de flyers, puis en décrochant des rendez-vous avec des propriétaires de gîtes voisins dont la présence d’une masseuse pourrait intéresser les locataires. Échappant momentanément à une avalanche de code PHP, je creusais une tranchée de 50 cm sous le porche de la grange, entre le compteur d’eau et la future cuisine du gîte. Par là arrivera l’adduction en eau potable, car puisque le compteur d’eau est à l’angle de la grange, le raccordement est facile, et nous avions décidé que l’eau de pluie irait au lac plutôt qu’au robinet de nos hôtes. Tant pis pour la démonstration d’autonomie. Et s’ils n’aiment pas l’eau du Lot, ils boiront du vin. Je découpais aussi un passage pour les réseaux d’eau, d’électricité et d’évacuation dans la dalle béton de l’ancienne étable.

Isolation laine de bois sous rampants
Les filles à l’isolation

Mercredi et jeudi, nous restions à l’intérieur. J’avais les mains dans le code et pas dans le cambouis. Le jardin était arrosé par des averses intermittentes, doux spectacle. Je guettais par moment la levée de notre engrais vert composé d’un mélange vesce-avoine..

Vendredi sonna l’arrivée de trois amies parisiennes, des filles auxquelles nous avions réservé quelques activités de loisirs: construction de tunnels de culture, récolte de petit bois, isolation laine de bois sous rampants pour le futur gîte. Ce dernier chantier connut un superbe avancement et touchait à sa fin. Les tunnels ne furent pas achevés par manque d’arceaux métalliques, mais le plus gros fut expédié en quelques heures par nos employées modèles. J’aime les filles comme ça! Le poêle carbura de plus belle, d’abord pour honorer la promesse d’une belle ambiance campagnarde d’automne (avec raclette de rigueur) et aussi pour achever de réchauffer l’énorme masse des murs en pierre de la pièce à vivre, qui rafraîchit l’atmosphère en toute saison, avant l’arrivée du vrai froid.

Construction de tunnels de culture - Ferme de Videau
Les filles aux arceaux

Dimanche, relâche et visite des bastides (c’est un rituel obligé) pour les filles. Je restais à la maison pour y remplir mon devoir de blogueur et prenais des nouvelles de Clément, futur ex-maraîcher de la ferme de Toussacq auquel je soutirais de précieuses informations concernant les semis d’ail et d’oignon, de plantation et de taille des arbres, et qui me dépeignit l’étal sans prétention, parfois des patates, des radis, quelques boîtes d’œufs, parfois bien davantage, parfois encore moins, d’un vendeur de légumes du marché de Pont-sur-Yonne auquel je m’identifiais aussitôt. Ce portrait-modèle venait s’ajouter à la composition d’ensemble, ma vision d’un mode de vie professionnelle, et c’est justement Clément, mon principal modèle, qui me l’offrait. Voilà un coup de téléphone qui vous prépare au lundi mieux qu’un bon film du dimanche soir.

Peur sur la ferme

Semaine du 22 au 28 octobre 2018

Je ne développerai pas les dernières péripéties relatives au motoculteur Goldoni, dont le capot a été souvent relevé cette semaine. Quatre changement de bougies neuves plus tard, le réparateur n’a pu poser qu’un diagnostic provisoire, et mène son enquête. Je fis de même sur mon forum préféré, sans grand succès. Mais quelques dizaines de minutes de fonctionnement normal de ma machine, suivi d’un passage de croc, ont enfin permis de semer en mélange vesce-avoine une partie du jardin juste avant la pluie, notre voisin Garonnais ayant raccourci le planning engrais vert en ce qui concerne les futurs tunnels de culture avec un rototiller derrière son tracteur.

Buttes de culture et poireaux - Ferme de Videau
Nouvelles buttes et poireaux juste avant la pluie

Le Certiphyto sans danger

En début de semaine, je filais à Agen pour y passer le Certificat individuel de produits phytopharmaceutiques (Certiphyto): deux jours de formation autour de la réglementation sur les insecticides, pesticides, désherbants et autres fongiques à l’issue desquels mes camarades candidats et moi-même devions décrocher la moyenne à un QCM de 30 questions. Vous vous posez probablement la question suivante: «pourquoi faire, le Certiphyto en agriculture bio?». Et je vous répondrais qu’à moins de se limiter aux préparations naturelles maison tels que purins, décoctions (de prêle, que j’utilise) et autres préparats du compost (biodynamiques), le bio n’est pas forcément synonyme de zéro phyto (voir les solutions à base de cuivre et de souffre, les anti-limaces, bacilles tueurs, pyrèthre concentré…) et que ce certificat reste obligatoire pour l’achat de gros conditionnements de ces produits. La familiarisation avec la classification en terme de risque et les bons gestes de protection n’est pas seulement utile qu’aux conventionnels (certaines substances naturelles ne sont pas inoffensives, et nous avons tous des produits dangereux sur nos fermes: carburant, acide, solvant…). Et surtout, ces connaissances sont autant d’arguments dans la critique d’un système basé sur le pétrole, la chimie et les OGM. Car dans cette formation, il a aussi été question des alternatives aux traitements (désherbage mécanique, lutte biologique, recours aux auxiliaires, aux rotations…) et des inconvénients de la méthode conventionnelle: développement de résistances, pollution, effondrement de la biodiversité, graves problèmes de santé… Bref, je glanais pas mal d’info pendant ce bachotage intensif. Taux de réussite du groupe: 100%.

Pétrir, un gagne-pain?

Pendant ce temps, Laëtitia faisait un peu de ménage au jardin, rentrait du bois en prévision de la toute première flambée de l’année (qui eut lieu jeudi), et en tant que masseuse bien-être à domicile pétrissait à nouveau un costaud dont elle aurait été incapable de faire le tour avec les bras. Et reprenait la distribution de ses flyers jusqu’à Villeneuve-sur-Lot (30km), parce qu’un ou deux clients costauds par semaine, ce n’est pas encore un gagne-pain. À mon retour, j’expédiai un devis pour la refonte du site web d’un parcours de golf voisin, puis je mettais la touche finale à une boutique en ligne d’instruments de musique zen. Voilà qui détend. Moins que l’affiche du loto de novembre issue d’un difficile consensus du comité des fêtes, que vous pourrez bientôt admirer sur papier fluo au bord de vos départementales à condition de vous approcher un peu de Villebramar.

Faits divers d’automne

Côté tunnels, et l’installation des piquets terminée, je me rendais chez Garonnais (encore lui!) pour y charger le reste du matériel; arceaux métalliques, clips, chaînes, ficelles… Soudain, j’assistais horrifié à un presque fait divers: mon ancien rugbyman de voisin faisant la culbute dans le fossé au volant d’un Manitou de 3 tonnes chargé d’arceaux pour cause de rosée du matin. Garonnais, qui mérite d’être sanctifié de son vivant pour les services rendus à la Ferme de Videau, faillit l’être à titre posthume. Ce grand gaillard fut certes sauvé par la cabine de l’engin, mais il s’en tirait avec un gros bleu là où n’importe quel gringalet dans mon genre eut été brisé en menus morceaux. Garonnais, c’est un roc. Nous appelâmes Pépito, un autre fameux personnage, à la rescousse pour relever l’engin, et celui-ci nous gratifia d’un vrai fait divers, cette fois: «l’affaire des Cinq de Monbahus» (le village voisin), laquelle défraya la chronique en 1921 après qu’un couple de vieux paysans fut sauvagement assassiné pour une somme dérisoire. Les coupables échappèrent à la guillotine mais finirent leurs jours en détention.

Borné sur le carbone

Les arceaux de serre rendus à bon port, Garonnais eut pitié de nous qui aménageons depuis le début de notre installation, dès que le planning nous le permet, des buttes de culture avec des outils à main: bio-fourche, pelle, houe. Cette méthode, décrite par Jean-Martin Fortier, permet de s’affranchir de la largeur standard des outils tractés (autour d’1,20m) pour des dimensions plus raisonnables mais avec une densité de plantation plus élevée et d’éviter au maximum le passage d’engins lourds qui compactent le sol. Bien sûr, le bilan carbone n’est pas comparable… le temps de travail non plus. Je passais donc pour un type borné en ne sollicitant pas d’aide mécanique et en mobilisant ma compagne dans ce travail de forçat, mais je ne refusais finalement pas les services de notre voisin quand il débarqua sans prévenir en tracteur avec une buteuse de 80cm de large, et tripla en quelques minutes notre surface cultivable.

Plot béton sous poteau charpente - Ferme de Videau
Deux forçats en costume rayé autour d’un plot béton

Cent ans de postérité

Samedi, j’assistais le maçon Arlindo venu pour étayer, puis redresser un des poteaux de la grange, avant de remplacer l’ancien soubassement par un nouveau plot béton bien ancré. Le porche de la grange peut bien tenir encore cent ans! De son côté, Laëtitia reçut une aide désintéressée en la personne de Bruno de la Maison Forte, et le chantier isolation sous rampants en laine de bois put reprendre. Je rappelle que Bruno est un des deux copains qui nous ont soufflé l’idée de ce blog, sans doute histoire que leur prénom passe à postérité à coup d’occurrence dans les moteurs de recherche. Ce qui est chose possible. Pensez à revenir souvent, hein. Ce journal est aussi le votre, et on ne manque pas de chantiers participatifs!

Goldoni, t’es maudit

Semaine du 15 au 21 octobre 2018

Aurélie et Laurent, rencontrés au Vietnam au printemps dernier, nous ont fait la joie d’honorer leur promesse de rallier ce trou paumé depuis la bonne ville de Fribourg en Suisse. Pas bégueules, ils ont réclamé du boulot pour leurs vacances, le genre de boulot qu’on réserve aux gens de la ville: crasseux, ingrat, mais dans un grand air frais d’automne qui donne de belles couleurs aux joues. Ainsi s’organisa la taille radicale d’un bout de haie au Sud de la maison: un érable champêtre, un frêne, des prunelliers et aubépines rabattus à 2m à coup de tronçonneuse et de sécateur produisirent une quantité non-négligeable de bois de chauffe et laissèrent pénétrer les rayons déclinant du soleil. Aurélie eut le privilège de visiter la déchetterie locale à la tête d’un convoi de ferraille, Laurent m’aida à divers bricolages, puis manifesta son intérêt pour la mécanique. ensemble, nous remplaçâmes la bougie du motoculteur Goldoni, en panne depuis deux jours. Celui-ci péta au premier coup de manivelle, augurant un bel avenir agricole (enfumé, mais agricole quand même). Puis on s’attaqua à l’épineuse question du différentiel. Qui permet normalement aux roues, comme son nom l’indique, de tourner à des vitesses différentes, idéal pour facilement négocier les virages. Jusque-là, le mécanisme paraissait inefficace, et il fallait peser de tout son poids sur l’engin pour réussir à virer de bord. J’avais lancé un appel à l’aide sur un forum spécialisé, glané quelques pistes et un manuel d’utilisation. Le cerveau de Laurent fît le reste. Nous retendîmes un câble de commande et le différentiel disparu revint aussitôt. Tout ça était vraiment chouette et je nous voyais sortis d’un sombre épisode mécanique. Mais je me trompais.

Découpage regard béton à la disqueuse - Ferme de Videau
Laurent à la disqueuse

C’est un autre genre de bougie qu’Aurélie souffla pour ses 32 ans, au-dessus d’un gâteau d’anniversaire lâchement pompé sur Internet mais ultra-locavore puisque composé en majeure partie des noix de Videau, précédé d’un foie gras, car on se fout pas de la gueule du monde, surtout quand il vient de Suisse. Je délaissais un peu nos amis pour accomplir mon devoir de webdesigner à mi-temps, devant ma bécane et aussi en rendez-vous d’affaires. Le vendredi, nous troquâmes les suisses, échappés vers Bordeaux, pour une bande de copains agriculteurs du coin. Il fut notamment question de la revue Le Citron, qui vous invite à chausser des bottes à la découverte du monde paysan avec des photos canons, du cidre local ramené par Gildas et des physalis dont Sabine fait une spécialité et qu’elle glisse séchés dans son mélange apéro. De la bouffe, toujours de la bouffe… et encore de la bouffe avec le repas de baptème du petit Gabin, dimanche, au cours duquel je rencontrais un couple de maraîchers des Landes pas avares en conseils.

Mais tout cela suffit à peine à réchauffer l’atmosphère. Je ne parle pas des deux ou trois couches que la brume matinale nous oblige désormais à enfiler jusque tard dans la journée, mais de la frustration qu’engendrèrent plusieurs rendez-vous ratés avec l’efficacité à cause d’ennuis mécaniques. Pire, le sentiment d’être maudit: le Goldoni retomba en rade au bout de quelques dizaines de mètres de fraisage, et le chantier des tunnels de culture dut attendre la réparation par soudure d’un outil. La préparation de la saison prochaine prenait encore du retard, alors que la fenêtre de tir pour le travail du sol arrive à son terme. Là-dessus, nouveau coup du sort: il fallut emmener un chat chez le véto pour soigner un œil ulcéré rouge et brillant comme une cerise. Un coup à devenir superstitieux, je vous dis. D’où ce vibrant appel: les copains, campagnards, citadins, suisses, français ou d’ailleurs, n’oubliez pas d’adresser une prière à une divinité agricole quelconque: Cérès, Gaïa, ou Dionysos, si ça vous chante, histoire de défaire la malédiction. Pensez à nous!

Eaux grises et vins rouges

Semaine du 8 au 14 octobre 2018

C’était d’abord le premier anniversaire du petit Gabin, bébé dont la naissance a fait bondir le recensement, avec 107 habitants à Villebramar. C’était aussi la quatrième visite de maman et papa Pernix, débarqués comme d’habitude avec quelques caisses de victuailles et remontés comme des coucous à l’évocation du programme de la semaine. Leur idée de la retraite n’étant en rien avachie (genre, les doigts de pieds en éventail pendant que le robot nettoie la piscine), nous tentons à chaque fois d’en tirer parti. Effectivement, grand remue-ménage dans le pénible ronron de la semaine précédente, trop calme à mon goût. Le chantier du gîte rural étant toujours au point mort dans l’attente d’un petit travail supplémentaire du charpentier, nous avançâmes les préparatifs d’un autre chantier, prévu normalement en 2019: la transformation de l’auvent en serre à semis.

Une fosse? Que dalle!

Pour commencer, on décaissa le sol de l’auvent pour le mettre à peu près à niveau et lui permettre de recevoir une dalle, probablement de chaux. Nous triâmes les gravats, et déplaçâmes la terre à la brouette sur une bâche de façon à la réutiliser plus tard (par exemple, pour une autre dalle en béton de terre). Du coup, nous dégagions le réseau d’évacuation des eaux usées qui se déversent dans une fosse septique. Réseau qu’on transforma aussitôt, en prévoyant l’évacuation d’une future salle de bain à l’étage, d’un chauffe-eau et d’un futur évier dans la serre. Puisque nous n’utilisons plus que des toilettes sèches, le trajet de ces eaux grises (eau du bain, lessive, vaisselle, uniquement), a donc été dévié vers une future tranchée de pédo-épuration, une technique novatrice et ridiculement simple à mettre en œuvre (mais non-conforme) de valorisation des eaux ménagères au pied des arbres dont je vous entretiendrai tôt ou tard. Du coup, adieu fosse à caca!

Évacuation des eaux grises - Ferme de Videau
Le nouveau réseau d’évacuation de l’eau du bain

Une serre bien arrosée

À peine passée la pause repas, raisonnablement arrosée de vin de Buzet pour nous donner du cœur à l’ouvrage, nous passions au démantèlement du vieux muret de l’auvent. Encore des gravats: lourdes pierres en tuf qui tombent en morceaux, poussière des joints à l’ancienne. Plus tard encore, je coffrais le soubassement des poteaux en bois pour y couler du béton (le reste du muret sera remplacé par des parpaings), pendant que papa et maman se consacraient à raser un bouquet de bambous, puis à extraire de la haie toute proche des restes de fil de fer barbelé. Nouvelles pauses repas, arrosées de vin de Duras. Enfin, nous fîmes relâche le jeudi, avec une visite de Villeréal et Monflanquin, villes nouvelles (dites bastides) du Moyen-Âge. Toujours des vieilles pierres, des colombages et des charpentes admirables avec des poteaux comme des troncs, qui nous contemplent depuis le 13ème siècle. Pour changer de l’ordinaire, je faisais le plein de bière artisanale à la brasserie In Taberna.

Taille des bambous - Ferme de Videau

Un peu de blé, pas mal d’avoine

Laëtitia prît part à l’aventure, mais son devoir l’appela pour la première fois auprès de trois travailleurs au corps meurtri et aux nerfs pelotés que notre flyer vantant les mérites du massage à domicile thaï, californien, suédois et gascon avait émus. Un léger accès de trac, mais ces premières séances se déroulèrent très bien, avec des retours positifs. Et un peu de blé qui rentre!
Je profitais moi aussi d’un intermède en me rendant au siège du Biau Germe, indispensable regroupement de producteurs de semence bio à Montpezat (livre la France entière). J’y retrouvais Damien qui me fit visiter le chantier paille d’un nouveau bâtiment, car je voulais constater quelques solutions techniques en vue de l’aménagement du gîte rural. Je repartais avec 10kg d’un mélange vesce-avoine que je comptais notamment semer à l’emplacement de nos tunnels de culture avant les pluies d’automne.

Semé par la mécanique

Dans cette optique, j’avançais le rutilant motoculteur, tout juste revenu du garage, et je commençais à passer le rotavator (ou sarclo-fraise, qu’importe) dans une terre débarrassée de ses orties et de sa vigne vierge par nos précédents hôtes à la ferme, pour affiner la terre et accélérer un peu la formation d’un lit de semence, puis installer un engrais vert à l’emplacement d’un futur jardin de plantes aromatiques. Hélas, trois fois hélas, le moteur fît des siennes. Ça pétaradait, ça toussait, ça ne tirait pas. À la fin, ça ne pétaradait même plus du tout et je décidai de remettre à la semaine prochaine l’achat d’une bougie neuve, le décrassage éventuel des gicleurs du carburateur (quel pied d’écrire ce genre de trucs), et mon semis d’engrais vert d’automne. Pour semer, la pluie reviendra. Pour nous planter, on comptera toujours sur la mécanique.

Sécheresse et panne d’essence

Semaine du 1er au 7 octobre

Laëtitia est montée à la capitale (la capitale de la France, hein, pas Agen) pour y recevoir une nouvelle formation massage californien. Ses premiers rendez-vous de massage à domicile sont d’ailleurs prévus pour la semaine prochaine. J’ai moi-même été pas mal retenu au bureau avec la réalisation en cours d’un site Internet. Bref, tout sauf une semaine de vacances. Mais ces derniers temps rarement consacrés à la construction, la rénovation, le défrichage ou et le travail du sol, ces journées sans grandes manœuvres, paraissent sans intérêt au regard de la tâche à accomplir, et sont synonymes de frustration.

Lundi, quand même, vit se dérouler un épisode digne d’être rapporté. Je me rendis à Gaillac pour l’achat d’un motoculteur d’occasion. Arrivé sur place, je trouvais un gars désolé de ne pouvoir démarrer sa machine à cause d’une arrivée d’essence défectueuse, bricolée par ses soins dans le passé (avec un talent que j’avais donc l’honneur, le premier, de pouvoir nuancer). Nous fîmes alors le tour des casses automobiles et de tous les garages de Gaillac, ou presque, avant de pouvoir mettre la main sur un bout de caoutchouc susceptible de convenir à une nouvelle réparation de fortune qu’en mon for intérieur je me jurais de remplacer à la première occasion une fois la bécane ramenée à bon port, car enfin je tenais quand même, défaut ou pas défaut, à emporter cette machine que j’avais tant espérée et dont la réputation et l’état général m’allait assez. Et puis j’avais pas prévu de me taper 4h30 de route pour rien. Vu l’excitation du bonhomme qui tentait tout son possible pour me prouver que son moulin démarrait (d’habitude) au premier tour de manivelle, j’en déduisait qu’il était digne de confiance. Le moulin, effectivement, finit par démarrer. Mais la réparation ne tint pas, ce fut la panne d’essence, et j’emportai le motoculteur pour 750€ au lieu des mille convenus. À l’heure où je vous parle, l’engin est entre les mains expertes d’un réparateur professionnel, dont le coût de l’intervention, que j’espère définitive, ne devrait pas excéder la remise de prix du vendeur.

Motoculteur pour maraîchage bio - Ferme de Videau
Motoculteur d’occasion dans son jus

En l’absence de Laëtitia, je débarrassais aussi les haricots et le plus gros des plants de courges pour faire de la place au jardin. J’arrosais les fraises. Je binais les poireaux. Pour le bureau, j’achetais un grand tableau blanc pour y construire notre planning au feutre bleu, vert et rouge. Pour la cuisine, je passais un coup de balai et remuais les toiles d’araignées avant l’arrivée en renfort de maman et papa pour la semaine à venir.

Enfin, je profitais d’une visite organisée par le réseau Semences Paysannes dans le cadre de sa journée nationale dans le Lot et Garonne pour me rendre à la ferme «Au Guiraudet» à Clairac, où Jos Reulens, installé en maraîchage bio depuis 2001, se dirige de plus en plus vers des solutions de culture alternatives comme l’agroforesterie et le non-travail du sol. Jos Reulens obtint une subvention pour la plantation de haies par l’intermédiaire de l’ACMG, organisme auprès duquel je suis moi-même en train de monter un dossier (voir un article précédent). Son projet de haies fruitières au milieu de cultures de légumes fit l’objet de nombreuses dérogations, tant à cause du choix des espèces que de leur disposition. Un machin hors-norme qui intéressa beaucoup les visiteurs du jour: agriculteurs, semenciers, spécialistes du végétal, dont des membres du Conservatoire de Montesquieu, d’où provenaient les variétés anciennes d’arbres. Il y fut aussi, bien sûr, question de la pluie et du beau temps, cette question qui chez les paysans est davantage qu’un simple échange de banalités pour ne rien dire, surtout quand comme ici il n’est pas tombé une goutte depuis bientôt deux mois!