Horloge - Ferme de Videau

Le présent, c'est maintenant

Du 2 janvier au 1er février 2020

On serait tenté, pour cette première chronique de l’année, de faire le point sur nos projets pour 2020. Ça serait marrant, comme célébration, de faire le bilan de l’année écoulée. Ça serait surtout probablement barbant, vu que c’est ce qu’on fait déjà tout le temps ici, non? Des bilans et des projections. Des exploits révolus, des défis prochains. Alors que, hé, carpe diem, quoi. Le futur viendra bien assez tôt. Et le passé, c’est so 2019! Pour changer, on va prendre une seule bonne résolution: passer ce récit au présent.

Le 2 janvier, on met une touche finale à l’isolation de l’étage. Alex, notre ex-WWOOFeuse de Périgueux, devenue intime, est avec nous pour quelques jours et je veux vérifier s’il existe chez elle une vocation pour la pose d’un joint d’étanchéité à l’air. Ce chantier-là prend fin, pour de bon. Les filles s’attellent au rangement du matériel et des outils. Le lendemain, c’est la vocation peinture à la bombe que je teste chez Alex, avec la rénovation de la galerie de toit du fourgon, précédemment grattée et traitée à l’antirouille. Et comme on sait varier les plaisirs, Alex rejoint ensuite Laëtitia pour la compilation de mes revenus agricoles 2019. La compta à deux, c’est plus sympa.

Dimanche 5 janvier, c’est l’anniversaire de Claudette, à Feugarolles. On fête aussi les rois mais personne n’a la fève. Surtout pas Alex, qui est restée à la maison pour garder les fauves et la wifi. Ça nous change les idées, on fait la connaissance de Thierry qui est sympa et cultive blé, sarrasin, lentilles, pois… en Anjou. Ça nous change les idées mais forcément, on parle agriculture. Et puis bon, faut bien l’avouer, je n’ai pas encore bouclé mon planning de culture, et j’y pense un peu tout le temps. La compta, c’est moins sorcier. Le relevé des factures de terreau, engrais, plants et semences… est terminé et accessoirement envoyé à mon stagiaire en BPREA maraîchage.

Nouveaux tunnels - Ferme de Videau
Deux nouveaux tunnels

La deuxième semaine de janvier commence. Laëtitia revenue de son cours d’allaitement à la maternité de Villeneuve-sur-Lot, on fait équipe avec Alex pour couvrir nos deux nouveaux tunnels d’une bâche plastique neuve. J’ai trouvé une technique: les extrémités d’une barre métallique passée à l’intérieur du rouleau de film sont posées entre deux piquets de serre en forme d’étrier. Le rouleau ne touche pas le sol et on peut déplier la bâche sans effort, et surtout sans la salir. Ensuite, il faut tendre des ficelles de part et d’autre des arceaux de la serre. On fait le plus gros en cas de coup de vent, et on achèvera d’installer la totalité des ficelles le jeudi, après le marché du mercredi, et un mardi consacré aux récoltes et à la troisième échographie suivie d’un cours de préparation à l’accouchement ouvert aux papas.

Un peu tous les jours, Laëtitia tente de dégoter en ligne du matériel d’occasion avant l’arrivée du bébé: tapis d’éveil, babyphone, veilleuse, langes… En mâle sous-évolué, je préfère lui abandonner ce domaine de compétence et me consacrer au jardin. Alex fait les frais d’un programme chargé: occultation du futur emplacement des oignons avec des bâches d’ensilage pour faire disparaître les résidus de moutarde, et de celui des futures aubergines après destruction de sorgo à la débroussailleuse, désherbage à la main de ray-grass avant une dernière plantation d’ail, émiettement de mottes de terre à la bêche… Enfin, armés de colliers, boulons et clés à cliquet, on installe des barres de culture horizontales dans les deux nouveaux tunnels. C’est une partie de Mécano qui se joue plus vite à deux.

Le dimanche 12 janvier, on reçoit nos amis Delphine, Marion, Baptiste et Nico, de Saint-Eutrope-de-Born. Comme d’habitude avec Nico, rencontré à l’occasion d’un chantier participatif terre-paille, on échange à bâtons rompus autour de l’écoconstruction, et une journée complète n’y suffirait pas. On reprend à peine notre souffle, juste le temps d’engloutir un confit de porc et un foie gras maison, et mon désormais célèbre gâteau renversé aux pommes. Christelle, la fille du voisin Yves, passe à l’improviste nous présenter ses vœux. À la fin, tout ce beau monde prend congé, y compris Alex qui rentre à Périgueux. Un calme sépulcral retombe sur la ferme de Videau.

Épinards - Ferme de Videau
De beaux épinards… une semaine sur deux

Troisième semaine de janvier: j’avance sur la refonte du site web du golf de Tombebœuf et tente de faire jouer mes relations au Biau Germe afin de me procurer en urgence des graines d’oignon, de betterave et de laitue. C’est un ajout de dernière minute au planning de culture. Je rend visite au voisin Garonnais, car je veux lui demander l’autorisation de placer mes semis dans sa grande serre, dont l’amplitude thermique est plus raisonnable. Le jeudi, j’ai toutes mes graines, dont des oignons de saison de type Trébons, que je sème en alvéole et en caisse polystyrène dans un terreau additionné de guano de pigeon. Ces légumes iront sous un tunnel et donneront à la fin du printemps. En attendant, ils lèvent dans un coin du salon, au chaud.

Laëtitia est enceinte à plein temps: il y a le cours hebdomadaire de préparation à l’accouchement (et celui de français donné à Michael, notre Sud-Africain local), le tri des vêtements de bébé, un dernier point couches lavables avec la couturière. Vendredi, grand ménage avant l’arrivée de l’équipe de reporters du Citron, la revue «qui voit du pays et des paysans», laquelle nous fait l’honneur d’un numéro spécial, en même temps que le voisin Yves, intarissable mémoire du village qui a connu près d’un siècle de transformation de l’agriculture et du paysage. On s’entend bien, le repas n’en finit plus. Yves sort le tracteur pour une session photo au couchant. J’ai tout juste le temps de planter la dernière planche d’ail avant le soir.

Semis de carottes - Ferme de Videau
Semis de carottes dans compost de déchets verts

Je m’attelle maintenant à la création du site web de la commune de Villebramar. Puis je réalise le premier semis de carottes (napoli F1) de l’année, toujours sous tunnel, à travers du compost de déchets verts. Roulage, arrosage, et pose d’une bâche noire pour conserver l’humidité jusqu’à la levée: à part le semis proprement dit, réalisé à la main, je me flatte de la sophistication d’un tel itinéraire technique, qui ne peut que donner de bons résultats! On fête ça, et tout le reste, le samedi soir avec quelques voisins chez Huguette, laquelle a préparé un coq au vin et, pour me faire plaisir, des cardes de son jardin. Et puis, pour le folklore, on s’engueule à propos de politique, car les contestataires à la réforme des retraites n’ont pas du tout la cote autour de la table.

Début de semaine suivante, je reçois la visite de Benoît, horticulteur de son état, et ensemble nous vérifions les derniers détails de mon planning de culture. Benoît assurera le semis de la première série de légumes fruits (tomates, aubergines, courgettes…) et celui de la totalité des laitues, poireaux, choux et épinards. Faute d’une serre à semis digne de ce nom à la ferme, je préfère, cette année encore, sous-traiter le plus gros de ce travail. Ce qui me laisse tout de même une jolie liste d’espèces pour mon compte, tels que haricots, carottes, aromatiques… que je m’empresse aussitôt de commander auprès de mes semenciers favoris. Et le vendredi, un copain maraîcher de La-Sauvetat-du-Dropt m’emmène à Bazas, où nous prenons livraison de pommes de terre primeurs arrivées de Bretagne. Ça commence à s’animer!

Au marché de Villeneuve-sur-Lot, en attendant, c’est la dèche. L’automne au jardin a été délibérément mis entre parenthèses, et la production est à l’avenant: salades encore petites, épinards une semaine sur deux. Les blettes et oignons se font attendre. J’ai les courges de chez Sabine à Tombebœuf, et notre stock de tomates en conserve, mais ça ne durera pas. Mon étal est réduit à sa plus simple expression et cette période de creux s’annonce longue, très longue, avant l’arrivée des légumes de printemps. Avantage: les récoltes sont vite expédiées et j’en profite pour revenir petit à petit sur l’interminable todo list de la ferme, à commencer par un grand ménage dans la grange, un maniaque rangement du matériel agricole et même un plafonnier dans l’atelier pour y voir plus clair.

Batavia magenta - Ferme de Videau
Salades encore petites

Samedi 25 janvier, il restait à Sandie un stock de fromage: on reçoit donc à la maison pour une fondue savoyarde mais gasconne sans engueulade. Le lendemain, c’est Sandrine qui nous rend visite. Et le soir venu, on prend les mêmes que la veille et on recommence, cette fois pour un apéro au golf de Tombebœuf, dont nous espérons qu’il deviendra un rendez-vous hebdomadaire, genre de bar des copains du dimanche soir, où bien sûr on baragouine anglais, south-west style. Le jour-même, j’avais remplacé la bâche qui fermait tant bien que mal la vidange des toilettes sèches par une vraie double-porte en bois de placard. Quel rapport? Aucun! Simple hasard du calendrier, et quand même pour dire qu’entre deux apéros, on travaille aussi le dimanche.

Derniers jours de janvier, Laëtitia se rend à ses rendez-vous habituels, expédie de la paperasse et rencontre la banquière pour renégocier le crédit immobilier. Je bine les oignons primeur, taille et éclaircis les fraisiers. Le rangement du matériel prend fin, pile à temps pour faire bonne figure à la réunion de notre petit groupe de «maraîchers petite surface» du Lot-et-Garonne, poignée d’agriculteurs souvent en reconversion, laquelle réunion a lieu cette fois chez nous, autour d’un repas partagé après la visite de la ferme et des échanges techniques roboratifs. On est heureux de se retrouver. L’occasion de se refiler les meilleurs tuyaux, organiser des achats groupés, se souhaiter bon courage pour la saison… se sentir moins seul, quoi. On jure de se revoir vite. Mais le tic-tac infernal de la reprise de la saison nous en laissera-t-il le temps? Tic-tac, tic-tac… Février, déjà!

Cotillon - Ferme de Videau

Vive la résolution!

Du 1er décembre 2019 au 1er janvier 2020

La fin du dernier épisode de cette chronique date du 10 novembre. Peu après, nous nous envolions vers le Portugal pour un changement de décor bien mérité, ce qui justifie cette ellipse de quelques semaines. Puis nous étions de retour dans la grisaille, délestés cependant de nos soucis quotidiens, lestés en échange de quelques souvenirs de ruelles carrelés, de ruines antiques, de grands poissons grillés et de flore exotique. Pour aborder la dernière ligne droite. Et songer à nos premières résolutions.

Le 1er décembre, je faisais irruption dans les tunnels pour une tournée d’inspection. Les blettes avaient repris du poil de la bête après deux traitements au soufre contre une maladie cryptogamique, les oignons primeur faisaient leur petit bonhomme de chemin mais les épinards n’étaient pas encore prêts pour deuxième récolte. Je binais les deux premiers et couvrait les derniers d’un voile de forçage. En revanche, j’escamotais celui posé sur les laitues avant notre départ, car le manque de ventilation pendant deux semaines d’une météo particulièrement humide avait favorisé une attaque de botrytis.

Côté rangement, il y avait du pain sur la planche. Côté bureau, je mettais une touche finale au site web d’un lycée parisien, concoctais le flyer du goûter de Noël de Villebramar et passais commande de plants de pommes de terre à Payzons Ferme, en Bretagne. Au marché, je vendais quelques potimarrons rouges achetés à la voisine Sabine et les curieux radis glaçons (alors que j’avais semé des graines de radis rose, c’était une surprise) trouvèrent finalement preneur. Je prenais le temps de rempoter les cadeaux de Jojo, le copain horticulteur: un psyllium rouge, un yuzu et un poivrier du Timut. Les feijoas et les grenadiers s’intègreraient dans la future haie champêtre que nous devions planter avant la fin du mois.

Justement, quelques jours plus tard, Laëtitia prit livraison d’arbres forestiers commandés à une pépinière de Miramont-de-Guyenne. Je chargeais des roundballers de paille chez le voisin Pépito, un à la fois, avec notre remorque. On installa des lignes de goutte-à-goutte à l’emplacement des haies. Ce week-end-là, aidés de nos voisins Baptiste et Gildas, on déroula les bottes de paille, on dispatcha les arbres selon les séquences établies par l’ACMG, association qui avait élaboré le dossier de subvention, et je plantais personnellement les arbustes, grâce à une fente ménagée à la fourche-bêche dans le sol humide. À la fin, nous avions largement compensé les quelques arbres abattus sur la propriété avec notre nouvelle haie champêtre de 230 sujets!

Camerisier, aubépine, prunellier, noisetier, nerprun alaterne, laurier tin, pommier sauvage, genêt d’Espagne, érable champêtre, merisier, figuier… allaient constituer un rempart végétal dense qui ferait à la fois office de barrière biologique avec la parcelle du voisin, en agriculture conventionnelle, mais aussi de réserve de biodiversité propre à héberger oiseaux et insectes, de brise-vent et de piège à chaleur. Le panorama de la ferme de Videau en serait grandement modifié dans les prochaines années. Ne restait plus qu’à envoyer la facture aux services du conseil départemental, qui émettrait la subvention de 2,80€ par arbuste planté… et prier pour une bonne reprise des racines avant le printemps.

Au marché, les laitues attaquées par le botrytis finirent en mesclun rouge et vert et les radis glaçons avaient trouvé des fidèles. La méthode de plantation des poireaux (à la Jean-Martin Fortier) avait donné de bons résultats malgré un rendement très inégal. On arrivait hélas déjà à la fin de la culture et les dégâts de la mouche du poireau étaient de plus en plus nombreux. Mais quelques beaux et longs fûts blancs m’attirèrent quelques compliments. La taille de mon étal avait fondu, mais l’un dans l’autre, la centaine d’euros de chiffre méritait le déplacement hebdomadaire, et je fidélisais lentement mais sûrement. À la ferme, c’était une autre histoire. Les commandes de paniers de légumes bio tournaient au ralenti.

La grossesse de Laëtitia se passait sans incident, à part un mal de dos chronique. Occupations de maman: balades avec la voisine elle aussi enceinte, séances d’aquamaternité à la piscine de Marmande, rencontres avec la sage-femme, et l’incontournable cours hebdomadaire de chi-qong. La documentation relative à l’usage de couches lavables pour bébé lui prit pas mal de temps. Notre nouvelle voisine Marion, couturière de son état et qui retoucha les pantalons de grossesse, était pressentie pour la réalisation de ces habits anti-fuite et anti-gaspi. Côté mobilier, on récupérait une table à langer grâce à la copine Sandrine. Christine et Michel, d’Agen, livrèrent un beau chargement de fringues et de jouets pour bébé.

Je retournais devant l’écran: il fallait avancer coûte que coûte sur la refonte du site web du golf de Tombebœuf, avant que l’arrivée de notre fille et le début de la saison de maraîchage n’affecte ma santé mentale. Malgré son état, Laëtitia donnait un fier coup de main pour l’installation des arceaux de deux nouveaux tunnels de culture. La bâche plastique était livrée, ne restait plus qu’à la mettre en place, et vite, car le sort des patates primeur en dépendait. Le 18 décembre, jour de marché à Villeneuve-sur-Lot, on fit nos emplettes avant Noël chez les copains: bonnes bouteilles du domaine de Pichon, pruneaux de reine-claude de Karina, gants et béret en mohair de Carine, rillettes et galantine de poulet de Cathy…

Ce jour-là, je me fis dédicacer Famille en transition écologique de Benjamin Pichon, lequel fait un constat chiffré alarmant de la situation mondiale. En France, chacun de nous produit l’équivalent d’environ 21 tonnes d’émissions carbone par an, contre un objectif de 2,1 tonnes si on veut limiter le réchauffement climatique à 2°C avant la fin du siècle. Découverte de taille: la moitié de ces émissions est liée aux placements dans les énergies fossiles opérés par nos banques… avec nos économies! Au même moment, l’Australie s’embrasait et Sydney frôlait les 50°C. Mais les climatiseurs continuaient de tourner à plein régime. Ce guide constituait donc un paquet de résolutions nécessaires, dont l’objectif zéro déchet était seulement l’amuse-gueule.

On prit pourtant la bagnole, car on avait des meubles d’occasion à charger, pour rejoindre la famille près d’Avignon. Deuxième opportunité de vacances, bien employées à mettre les pieds sous la table avant Noël et potasser la planification de la saison de maraîchage. Entouré de catalogues de semences (Agrosemens, le Biau Germe…), je noircissais les cellules d’un fichier Excel en tentant de résoudre le casse-tête des rotations et des associations des cultures. À notre retour dans le Lot-et-Garonne, toujours ce plafond bas et humide qui bloquait de nombreux travaux. J’avais eu le temps de planter la moitié de l’ail avant notre départ, mais les deux nouveaux tunnels n’étaient toujours pas prêts!

Heureusement débarqua en renfort Alex, notre ex-WWOOFeuse et copine de Périgueux… bien opportunément le jour du réveillon, avec quelques bouteilles sous le bras pour entretenir sa réputation. Réveillon chez nos voisins Sandie et Damien, où l’on plongea dans un jacuzzi de fortune constitué d’un radiateur en fonte au milieu d’un brasier relié à une cuve en bois, dehors sur la terrasse, par 5°C. Finalement, il n’y eut pas de bonnes résolutions. Le temps était plutôt à l’insouciance, car on avait déjà fait un bon bout de chemin et un programme chargé nous attendait en 2020. En tous cas, on pouvait au moins se féliciter d’avoir atteint un de nos objectifs dans ce coin de campagne: se trouver des amis, et des bons!

Pose pare-vapeur - Ferme de Videau

Plus jamais froid

Du 14 octobre au 10 novembre 2019

C’était l’automne des survivants. Débora, notre WWOOFeuse, se retrouvait seule à la ferme après le départ des autres membres d’une belle et grosse équipe. Côté chantiers, le planning n’était pas encore vierge, mais les mortelles péripéties de cette première saison à la ferme avaient presque eu la peau de notre motivation. Il fallait pourtant boucler la préparation de la saison prochaine, enterrer l’irrigation et surtout, achever l’isolation de l’étage! À demi morts, on songeait plus que jamais aux vacances, mais on eut quand même de beaux soubresauts. Après ça, on s’est dit, plus question d’avoir froid.

Lundi, j’embauchais Débora pour épandre le compost de déchets verts tout juste livré sur les 15 nouvelles planches du jardin. Le sol avait été copieusement enrichi en fumier avant la formation des buttes, mais je voulais maintenant apporter une matière essentiellement carbonée, utile à la formation d’un humus stable et donc à l’amélioration de la structure du sol. Grosso modo, le fumier pour nourrir le sol, le compost de déchets verts pour l’alléger. À la brouette, nous déplaçâmes le fin compost de couleur foncée, semblable à du charbon, pour en recouvrir la future parcelle d’une couche de quelques centimètres. Ça nous prit la matinée. L’après-midi, je récupérais chez l’ami Damien un rab de son mélange d’engrais vert, dont j’avais déjà ensemencé les anciennes planches de patates (futurs oignons) avec un succès mitigé puisque on n’y voyait pour l’essentiel que de la moutarde et un peu de trèfle, et très peu de vesce et de mil. Le soir même, on accueillait la danoise Helen pour un WWOOFing à durée indéterminée.

Engrais vert dans compost - Ferme de Videau
Semis dans compost de déchets verts

Helen est fille d’éleveurs et la vie à la ferme n’avait pas de secret pour elle. Elle fit pourtant une expérience inédite avec le conditionnement de quelques bocaux de piment extra fort à destination des donateurs de notre campagne de financement participatif. Le lendemain, pendant que j’emmenais Débora au marché de Villeneuve-sur-Lot, elle accompagna Laëtitia à la déchetterie, puis l’aida à installer des renforts sous l’isolant de la grange, car depuis que nous avions mis en standby le chantier du futur gîte les plaques de laine de bois rentrées en force entre chevrons avaient tendance à se décoller et pendre vers le bas. Las, cette vie-là n’était pas de son goût et Helen repartit le jour suivant à destination de son précédent lieu de WWOOFing, plus fréquenté et plus cosmopolite, par le même train que Débora qui se rendait de son côté chez un éleveur des Pyrénées. On fit place nette à l’emplacement du campement des WWOOFeurs. Pour la première fois depuis longtemps, nous nous retrouvions seuls à la maison.

Le village de Villebramar comptait maintenant deux nouveaux habitants, en la personne de Marion et Baptiste. Nous avions des connaissances en commun et le couple vint nous rendre visite en échange d’un panier de légumes bio du jeudi soir. La commande des paniers ne décollait pourtant pas et je songeais à refaire un peu de pub et délocaliser la livraison, au golf de Tombebœuf, par exemple… L’offre était limitée aux tomates, pommes de terres courges et laitues, et ne déplaçait pas les foules. Il fallait soit augmenter la diversité, soit se rapprocher des clients. En attendant, démarrait un chantier qui allait simplifier le quotidien au jardin: l’enfouissement des conduites d’irrigation. Le 17 octobre, la mini-pelle de «Criquet» creusa plusieurs dizaines de mètres de tranchées. Je commençais ensuite à y déposer les tuyaux existants, mais il en fallait d’autres. Et surtout, je devais déplacer la commande et les câbles électriques de la pompe avant de tout reboucher. La mini-pelle s’en fut, et les tranchées restèrent ouvertes.

Gaine d'électricité - Ferme de Videau
Déplacer une gaine, ça peut faire péter un câble

Avant le week-end, on disait adieu à la douche d’été, inaugurée avant ma fête d’anniversaire en juillet, mais qui avait perdu beaucoup de son attractivité depuis. Je voulais recycler son ossature en bois d’acacia dans une autre construction à deux pas de là: l’abri pour la commande électrique et la minuterie de la pompe, plus près de la maison, m’économiserait probablement chaque année quelques kilomètres cumulés de marche à pied jusqu’à l’abri de la pompe elle-même, situé sur la rive du lac. Je semais des radis en plein champ, ainsi qu’une bonne dose d’engrais vert (pour moitié du mélange donné par Damien, l’autre moitié de seigle du Biau Germe) sur les 15 nouvelles planches, directement dans le compost de déchets verts, car la météo prévoyait de l’eau les jours suivants. Laëtitia fit un peu de baby-sitting, on participa à une raclette party chez Sabine et Gildas et le dimanche on fêta l’anniversaire du petit Gabin chez nos voisines. Mais je déclinais une invitation à un brunch carnivore devant un quart de finale de la coupe du monde de Rugby chez Garonnais car j’avais encore du boulot. Avec les lames de l’ancien plancher de l’étable et de vieilles tôles ondulées, j’achevais mon abri avant le soir.

Le lendemain lundi, c’était le retour d’Anthony, stagiaire en BPREA à Sainte-Livrade. Je lui confiais l’arrachage des poivrons sous tunnels, celui des tomates près de la maison (qui avaient pourri avant de mûrir) et le tri de graines dans les fleurs fanées de tagètes, pendant que je finalisais le branchement électrique entre la pompe et sa commande à distance dans le nouvel abri. Ça tournait! Mais l’affaire n’était pas terminée: avant de reboucher les tranchées il fallait y installer un nouveau réseau d’irrigation, et tirer l’eau potable jusqu’au lac. Quelques allers-retours en ville plus tard, on avait tout le matériel nécessaire et j’avais moins de raisons pour pester contre les vieux raccords qui se grippent et les nouveaux qui fuient. Avec Anthony on déposa du compost sur quelques planches désormais vides sous les tunnels pour y semer directement, quelques jours plus tard, des carottes Napoli F1 et le même mélange d’engrais vert que précédemment. Le vendredi, on nous communiqua le scoop du cœur tant attendu: le bébé que Laëtitia attendait depuis maintenant 5 mois se portait bien… et c’était une poulette!

Quand même, ça faisait pas mal de bonnes nouvelles pour une seule semaine. D’abord, nous hébergions à nouveau le duo de choc composé par Max et Flo. Ensuite, ces deux-là venaient de recevoir l’accord du propriétaire de leur pied à terre champêtre en Dordogne pour s’y installer pendant au moins deux ans. On allait être voisins! Et pour finir, avec ce supplément de main d’œuvre efficace, nous allions pouvoir démarrer la touche finale du chantier d’isolation à l’étage: mettre au point une méthode de pose d’un pare-vapeur sous les panneaux de laine de bois qui là-aussi commençaient à se casser la gueule, puis tenter d’installer des rouleaux de canisses en guise de parement. Et si, pour finir, le rebouchage des tranchées à la pelle dans une terre rendue collante par une explosion de pluviométrie ne se présentait pas comme une partie de plaisir, ça sonnait aussi comme un nouveau défi sportif à relever pour nos deux experts, et la chose irait de toute façon plus vite en équipe.

Chose promise, etc. Max et Flo passèrent quelques jours à l’étage équipés d’une visseuse et d’une agrafeuse, faisant du bon boulot. Les gaines et les tuyaux d’irrigation installés, le filtre à tamis branché, je raccordai le reste et ces jours-ci l’emploi du temps d’Anthony consista en grande partie à combler ces maudites tranchées. Max et Flo s’en furent en Dordogne car je leur avait glissé que désherber et occulter une partie de leur terrain en prévision du démarrage d’un potager au printemps serait une bonne chose. Ils firent le plein de bâche d’ensilage de récup’ chez le voisin Pépito, on prêta la débroussailleuse. À leur retour, je les impliquai à leur tour dans le rebouchage des tranchées. Gros coup de barre pour tout le monde. «Criquet» revint avec un autre modèle de pelleteuse, et creusa un beau fossé en forme de V qui devait drainer l’eau de ruissellement du chemin communal vers le lac. Enfin, je passai commande de 230 arbres forestiers, lesquels constitueraient nos futures haies champêtres subventionnées par le département du Lot-et-Garonne. Encore un gros chantier en perspective avant les vacances.

Vanne d'irrigation - Ferme de Videau
Tranchée refermée, vanne ouverte

Le jardin n’était pas mort, bien au contraire. La pluie l’arrosait abondamment et l’engrais vert poussait. Laëtitia, à qui échoyait la responsabilité de dénicher couches lavables, écharpe de portage, table à langer, en plus de celle de la logistique pour tout le matériel nécessaire aux chantiers en cours, assista aussi Anthony dans le tri des caïeux d’ail en prévision d’une plantation pourtant bien improbable vu la météo. On avait tout juste eu le temps de semer les fèves d’Aguadulce en conditions sèches, même si j’avais manqué de graines et qu’il faudrait remettre ça. À l’abri des tunnels, par contre, on pouvait tranquillement planter une deuxième série d’épinards «géant d’hiver». La voisine Huguette donna des tomates et je chargeai Laëtitia d’en tirer et nettoyer les graines. Et puis débarqua Théo, que notre annonce de chantier participatif isolation sur Twiza avait intéressé. Avec une formation de paysagiste chez les compagnons en poche et quelques années d’expérience professionnelle, Théo projetait un petit tour de France des chantiers en vue d’accumuler des savoirs-faire au service d’un projet d’éco-hameau. Il allait rester une semaine.

Théo était l’homme de la situation. J’eus quelques difficultés à l’admettre, mais ses compétences et son habileté étaient plus utiles à l’exécution du chantier que les miennes. À part un petit tour au jardin pour remplacer un arceau de serre abîmé et arracher les plants de tomates (ultimes cultures de la saison passée), ensemble nous ne quittâmes plus l’étage de la maison. Les délais furent tenus et l’étanchéité à l’air de l’isolation tout à fait achevée le 9 novembre, jour d’arrivée des parents de Laëtitia pour le week-end. Théo repartit vers d’autres horizons participatifs, avec un détour par Agen pour déposer notre visseuse hors-service, cuite après deux ans de service intensif, au SAV. Entre temps blondinette avait préparé des colis de sauce piment extra fort pour nos contributeurs du financement participatif et donné un cours de français à notre voisin Michael. J’avais aussi planté des oignons blancs «premier» et récolté mes premiers poireaux, encore des «géants d’hiver», qu’une cliente sur le marché de Villeneuve-sur-Lot trouva «trop gros».

Poireaux géant d'hiver - Ferme de Videau
Ces poireaux sont trop gros

Hélas, le semis de carottes avait morflé avec le grand retour des limaces, et les blettes souffraient de la présence d’un champignon non identifié, peut-être du mildiou. Ces tracas furent nuancé par le fier coup de pouce donné par les beaux parents qui nettoyèrent de fond en comble le chantier isolation officiellement terminé, déménagèrent le matériel, assemblèrent quelques meubles et installèrent notre chambre à l’étage pour l’hiver… jusqu’à la reprise du chantier au printemps. Indéniablement, on y voyait déjà un peu plus clair. Je retournais au jardin, y plantais une planche de laitues, nettoyais le tunnel des tomates et y passais la grelinette. Je profitais d’une journée ensoleillée pour compléter le semis de fèves et le voisin Yves se proposa de passer la charrue là où je voulais planter des pommes de terre, parcelle semée en luzerne 2 ans plus tôt. La semaine s’achevait sur un pari météorologique à l’ancienne, celui de l’effet du gel sur la terre labourée. Bois stocké, isolation refaite, notre nid douillet commençait à l’être. On pouvait donc, sans frémir, appeler de nos vœux le froid le plus terrible.

Pierre Pernix Laetitia Henry - La Dépêche

Lisez nos aventures

Parue dans La Dépêche, cette pleine page offre un récit complet de l’aventure Ferme de Videau, que nous vivons depuis maintenant plus de deux ans. Il est même question de nos parents et de mon aversion pour les chiffres. Merci à Julien Sauvage, que nous avions reçu à la ferme deux jours plus tôt, pour cette chouette synthèse qui nous présente un peu comme des pionniers de farwest… dans le Sud-Ouest.

À lire ici:
https://www.ladepeche.fr/2019/11/03/laetitia-et-pierre-laventure-a-la-ferme-de-videau,8520323.php

WWOOFeurs - Ferme de Videau

Les experts Villebramar

Du 16 septembre au 13 octobre 2019

Nous approchons de l’hiver mais la saison agricole n’en finit pas de finir. C’était encore un mois riche en développements qu’une équipe décuplée et sans cesse renouvelée de WWOOFeurs a rendu possibles. À l’étage, la chantier terre-paille a officiellement pris fin. Dans la cour, la totalité du bois que nous avions prévu de rentrer pour l’hiver a été joliment aligné. En cuisine, les nourritures les plus diverses ont été mises en conserve et expédiées à nos généreux donateurs de la campagne de financement. Le jardin, pour finir, a connu de nombreux changements. Mais notre ultime réussite, pendant ces quatre dernières semaines, a été d’atteindre un nouveau record de bonne humeur. Récit pas triste.

Chassé-croisé

Pour commencer, nouveau chassé-croisé. Le week-end, on reçut la visite d’Audrey et Cédric depuis le Médoc voisin. Cédric m’aida à installer une nouvelle ligne de micro-aspersion entre fraises et salades, mais je contactais le fournisseur car la portée était insuffisante. Le couple prit congé et Magdy, soudanais WWOOFeur malgré lui, repartit de son côté pour la Nièvre. Olivier avait pris un jour off à vélo et ne devait revenir que le lendemain. Je l’embauchais pour passer la grelinette à l’emplacement des aubergines arrachées et pour désherber les poireaux. Je voyageais en Gironde chez un confrère maraîcher par lequel transitait une commande groupée de semences d’ail. Mercredi, on embarqua pour un marché de Villeneuve-sur-Lot plutôt calme, où je dépensais une bonne partie de la recette en charcuterie bio de la ferme de Lou Cornal en prévision du rougail-saucisse du soir avec Christine et Michel, nos amis d’Agen, soutiens de toujours.

Juste une goutte

Amis qu’on retrouvait dès le lendemain, dans leur maison de famille à Seyches, autour d’une activité forestière: charrier le bois abattu et billonné deux ans plus tôt, de la benne-kangourou du tracteur à la remorque, puis jusqu’à Villebramar. Michel et Olivier accomplirent quelques allers-retours, et on retourna même au bois le surlendemain, mais une crise de goutte contraint notre WWOOFeur au repos. Et à la modération, car l’arrivée de nos amis Claudette et Maurice pour le déjeuner supposait nécessairement qu’on ouvre une bonne bouteille. Samedi avait lieu une journée portes-ouvertes à la maternité de Villeneuve-sur-Lot et Laëtitia y fit le plein d’échanges dans des ateliers yoga, ostéo, acupuncture, etc. pendant que je préférais semer quatre planches d’un engrais vert donné par le voisin Damien, un mélange de mil, vesce, moutarde et trèfle incarnat à l’emplacement des futurs oignons en prévision de la pluie qu’on annonçait pour dimanche.

Engrais vert - Ferme de Videau
Quelques gouttes pour l’engrais vert.

Mécanicien de père en fils

En effet, il plut. Et le marché de Pujols fut sans joie, même si Olivier, malgré une cheville endolorie par la goutte assura en bon WWOOFeur le supplément d’âme indispensable à l’agriculteur solitaire avec des idées d’aménagement de l’étal et un sourire très efficace. L’après-midi, je récupérais mon motoculteur, dont le système de lancement du moteur semblait sur le point de rendre l’âme, chez le voisin Éric, cette fois en état de marche. J’allais en avoir besoin pour préparer mes prochaines planches avant d’autres semis d’engrais vert, et la plantation de cultures d’hiver sous tunnel. Mais le lendemain, à nouveau impossible de démarrer l’animal, que je me décidais à confier au garage voisin, c’est à dire au propre père d’Éric. L’affaire restait donc en famille, mais je préférais désormais qu’elle occupe les heures de travail du paternel plutôt que le temps libre du fiston.

Premier stage sans ascenseur

Lundi, deux nouveaux personnages firent leur apparition. Anthony suivait un BPREA au lycée agricole de Sainte-Livrade et devenait mon stagiaire pour deux semaines. D’entrée, je lui faisais arracher les courgettes, pendant que je lançais un semis d’oignons blancs et de blettes pour l’hiver, en plaque, puis un semis direct de carottes sous tunnel, équipé d’une lampe frontale car la nuit tombait étonnament vite en cette saison. Loïs, lui, était un WWOOFeur parisien fraîchement installé à Castenaudary («la ville du cassoulet», paraît-il) mais avec un projet agricole dans le Lot-et-Garonne. Assisté d’Anthony, il rangea le bois ramené de Seyches. On récolta aussi un supplément de tomates chez l’amie Sabine, dont le quota de conserves était déjà largement atteint. Anthony fut ensuite cantonné à un travail d’écolier pour son rapport de stage, en compagnie de Laëtitia occupés à d’épineuses démarches auprès de la CAF que seule notre poussive connexion Internet égalait en souplesse.

Motoculteur passage rotavator - Ferme de Videau
Rare: un motoculteur en état de marche.

Alexandra, le retour

Mercredi, j’emmenais Anthony au marché de Villeneuve-sur-Lot pendant que Loïs faisait la grasse mat’. On reprit les travaux des champs: désherbage et préparation de nouvelles planches. Laëtitia passa du temps en cuisine, puisque j’avais été propulsé rôtisseur de poulets à l’occasion de la fête du golf de Tombebœuf par son propriétaire, et que je voulais augmenter le gain de la soirée avec quelques suppléments payants, dont des tomates à l’ail qu’il fallait désormais passer au four. Je récupérai le motoculteur dont la réparation ne me coûta finalement qu’un panier de légumes. Le fournisseur de matériel de micro-aspersion se déplaça carrément pour procéder à divers essais d’irrigation, on régla le problème de la portée dans les tunnels et pour les salades de plein champ. Enfin, ce fut le grand retour d’Alexandra, notre WWOOFeuse périgourdine du mois d’août, que de toute évidence la ferme de Videau démangeait encore. Elle allait donc pouvoir participer à la clôture d’un chantier dont elle avait connu le lancement: l’isolation terre-paille.

Complètement rôtis

Samedi matin, on bouclait les récoltes en équipe, assez tôt pour avoir le temps de rejoindre une partie de la famille d’Yves, notre voisin et papy national, impliqués dans la vendange annuelle de muscadelle dont notre ancien tirait son vin blanc moelleux. On fut tous invités à déjeuner, et largement abreuvés en récompense. Hélas, on était privé d’une sieste réparatrice puisqu’il fallait rallier le golf de Tombebœuf pour l’installation de notre rôtissoire avant l’arrivée du public. Loïs se révéla être si brillant assistant que je lui abandonnais le service et la caisse sous la pression d’une foule affamée pour découper à la chaîne des volailles qui partaient comme des petits pains (comme les tomates au four de blondinette, d’ailleurs). Le rangement et la vaisselle effectués, on fit la connaissance de deux nouveaux travailleurs volontaires, débarqués dans la soirée: Maximilien et Florent, de banlieue parisienne. Puis on profita du concert, on se coucha tard, et c’est quelque peu rôti, mais toujours flanqué d’un Lois increvable, que je foulais le pavé de Pujols, à 7h30, pour le dernier marché de la saison.

Vendanges - Ferme de Videau
Ça change des légumes.

Massages de l’estomac

Ce dimanche-là, Alexandra initia Max et Flo aux joies du chantier terre-paille pendant qu’au marché nous échangions 20kg de tomates (à ajouter aux 20kg de la semaine précédente) contre viande et fromage de la ferme de Lou Cornal, sans lesquels, il faut bien l’avouer, nous n’aurions presque que de la verdure à nous mettre sous la dent. C’est que nous mettions un point d’honneur à prendre soin de l’estomac de nos hôtes, et eux nous le rendaient bien en ingurgitant parfois d’impressionnantes quantités de nourriture. L’arrivée de Max et Flo allait confirmer cette habitude bien ancrée! Enfin, on fit une sieste bien méritée et Loïs obtint un lundi chômé. Le chantier terre-paille redoubla cependant d’intensité car l’équipe Alex, Max et Flo fonctionnait à merveille. Laëtitia prodigua un massage réflexologie plantaire + visage et crâne à Allemans-du-Dropt. C’était, compte tenu de sa grossesse, la seule prestation qu’elle proposait encore.

Cuves et bocaux

Les jours suivants, je confiais au stagiaire Anthony la taille des stolons de fraisiers plantés début septembre. Celui-ci fit un peu de zèle en supprimant quelques feuilles et ce n’était absolument pas nécessaire! Je mesurais le degré de surveillance que je devais exercer sur mon employé du mois. On passait ensuite au raccordement des cuves d’eau de pluie avec la descente située à l’extrémité de la grange. Puis on habillait ces cuves avec quelques rouleaux de canisses et des chutes de bâche plastique noire, car l’obscurité complète était la condition indispensable de la non-prolifération d’algues. On planta des salades. On pailla les allées entre planches de poireaux et d’engrais vert. On ramena le bois d’un chêne tombé près du lac en 2018. On récolta des courges, puis d’autres tomates chez la voisine Sabine. Laëtitia orchestra en cuisine une belle production de bocaux pour la vente sur les marchés, avec étiquette et tout, qu’avait notifiée dans notre contrat mon contrôleur bio de chez Ecocert.

Bocaux de confiture et sauce piment - Ferme de Videau
Pour se chauffer le bocal (photo M. Deletang).

Dans la ZAD

Entre temps était arrivée Sarah, qui venait de boucler cinq ans de vie professionnelle associative entre Mayotte et la Réunion. Les parents de Laëtitia firent une halte à la ferme. Ce jour-là, nous fûmes 9 à table! La production de bocaux de tomates reprit de plus belle. J’envoyais Flo récolter des graines de fleurs: cosmos, œillets d’Inde, belles de nuit. La récolte de haricots gros blancs de Soissons, par contre, ne tint aucune de ses promesses: grains minuscules, bouffés par les vers, témoignaient probablement d’une d’irrigation mal contrôlée. On se consolait avec l’arrivée de Déborah (milledieu, encore une parisienne!) et l’instauration par Max et Flo de coutumes qui firent exploser la dose de convivialité que nous essayions d’apporter au quotidien: jeux de société, musique à tous les étages, bivouac nocturne. Le campement des WWOOFeurs avait pris des allures de ZAD et l’essentiel de la vie en communauté, en dehors des heures de travail et de repas, s’y était déplacé. Max et Flo avaient réussi à polariser le groupe autour de leur tonitruant mode de vie. Ces deux-là déployaient une quantité considérable d’énergie dont je pensais qu’elle allait s’émousser avec le labeur, mais je me trompais. Avec une saison dans les jambes, nous commencions à accuser le coup, alors qu’eux pétaient la forme. Des experts, quoi.

Dernier pub avant la fin

Les deux loustics réclamèrent même une mission pour laquelle nous n’avions jusque là trouvé aucun forçat: le cassage de gravats, à coups de masse, pour combler les ornières du chemin communal… avec playlist hip-hop en bande son, bien sûr. Plus calme, on profita d’un dimanche sur un sentier balisé entre Villebramar, l’église de Cabannes, Montastruc et Tombebœuf, pour finir au bar du golf et y recevoir une invitation au tout nouveau pub british de Montignac-de-Lauzun. Une semaine plus tard, après un semis de radis, une plantation d’épinards, une récolte opportuniste de potirons rouges vifs d’Étampes chez Damien, la préparation et le conditionnement de sauce piment extra-fort, l’expédition de colis de victuailles aux donateur de notre campagne de financement participatif, le passage exceptionnel de Dominique, une vieille copine Martiniquaise venue spécialement dans le Sud-Ouest, l’inévitable paperasse et l’incessant chantier d’isolation terre-paille à l’étage, c’est finalement là-bas, dans cet authentique temple de la bière anglo-saxonne, que nous avons fêté le départ prochain de toute notre belle équipe.

Terre-paille et barbotine - Ferme de Videau
Le terre-paille, une passion.

Bénis WWOOFeurs

Max et Flo envolés vers Toulouse, la ferme de Videau sembla retombée en léthargie. Les tâches ne manquaient pourtant pas: on fit d’autres colis à destination des donateurs de la campagne, on démantela l’irrigation et on fit place nette là où poussaient les dernières courges, tomates et concombres de plein champ, car je voulais installer à la place trois tunnels supplémentaires. Dans ce but, j’allais chez le voisin Garonnais chercher 150 piquets métalliques et une tarière thermique pour les ficher dans le sol. Je passai le motoculteur sur 15 nouvelles planches et me fit livrer 12 tonnes de compost de déchets verts. Tout était prêt pour un important semis d’engrais vert avant la pluie. Autre bonne nouvelle, historique: le chantier terre-paille, expédié par nos trois WWOOFeuses elles aussi expertes, était officiellement terminé. Le moment de souffler un bon coup, crois-tu? Que nenni! L’isolation du futur gîte et du plafond des combles de la maison étaient encore au programme, avec l’aide, peut-être, d’autres volontaires. Volontaires bénis qui, non contents de participer à fond à la rénovation de la ferme de Videau, caressaient chaque jour, comme un gros chat qui ronronne, le moral et la détermination de ses propriétaires.

Grenouille sous laitue - Ferme de Videau

Rentrée littéraire

Du 12 août au 15 septembre 2019

Dans la chronique précédente, j’annonçais un ralentissement de la production au jardin, et la préparation en cours de la saison prochaine, à grand renfort d’épandage de fumier et de semis d’engrais vert. Mais en fait de ralentissement du rythme de travail, rien ne changea. Le chantier terre-paille à l’étage suivait son cours, et le réaménagement du jardin avant les pluies d’automne qui rendraient tout travail du sol impossible, ainsi que la planification de quelques cultures d’hiver, nous occasionnaient de belles journées de labeur. Heureusement, le WWOOFing à la ferme avait le vent en poupe, et nous trouvions de nouveaux candidats, venus de toute la France et même au-delà, au partage de ce quotidien agricole. Quand même, le mois d’août et la première quinzaine de septembre passèrent comme une flèche. Voici donc le résumé de cinq semaines de vie à la ferme de Videau. Notre rentrée littéraire à nous!

Pour commencer, une rapide présentation des derniers WWOOFeurs: Sandrine et Nicolas, volontaires chez les copains de Lou Cornal, avec en tête un projet de chèvrerie, vinrent nous rendre visite une journée. On échangea un long au-revoir avec Christelle et Vincent (stagiaire en BPREA maraîchage) avant leur départ pour Nancy. Dimanche 18 août, ce fut l’arrivée de Magdy, un réfugié soudanais hébergé jusque-là dans la Nièvre chez la copine Catherine. Magdy en avait vu des vertes et des pas mûres en deux ans de Libye, avec une traversée de la Méditerranée sur un navire peu orthodoxe, et toutes les galères que peut endurer un migrant débarqué sans rien en région parisienne. Magdy était un donc un WWOOFeur un peu particulier, sans travail et avec un petit pécule, à qui nous pouvions offrir un régime all-inclusive en échange d’une aide quotidienne.

Chantier isolation terre-paille - Ferme de Videau
Deux WWOOFeurs sur la paille

Alexandra restait jusqu’à la fin du mois d’août et emportait le titre de dordognaise la plus cool du monde. Balthazar (encore un transfuge de Lou Cornal) arriva à la fin du mois et brilla deux semaines par sa bonne humeur. Marjolaine et Aymeric se portèrent volontaires pendant deux jours pour le chantier participatif d’isolation terre-paille, ainsi que la jeune Juliette, étudiante en agro, que j’employais aussi, justement, à quelques tâches maraîchères. Olivier était un provençal quittant Paris comme moi. Il nous rejoint avant la mi-septembre, avec une belle patate (et un goût prononcé pour l’ail). Tous firent connaissance avec de nombreux aspects de notre quotidien. La plupart m’accompagnèrent au marché bio de Villeneuve-sur-Lot et de Pujols.

C’est qu’en août, les récoltes battaient toujours leur plein. Le temps s’était considérablement rafraîchi et la production de tomates avait ralenti, mais le potager des particuliers s’en portait moins bien et les ventes se maintenaient en conséquence. À la fin du mois la chaleur revint, je finis par subir de plein fouet la concurrence de ces jardins familiaux, et les invendus devinrent la norme. On était bien loin de la grande ville! Je vendis aussi, en frais, plusieurs bottes d’oignons plutôt dédiés à la conservation car on m’en demandait. Je continuais à vendre quelques kilos de pommes de terre nouvelles, au compte-goutte car je voulais garder le plus gros pour la conservation et les marchés d’automne. Je commençais à écouler des potimarrons, en particulier la variété verte Green Hokkaido, laquelle n’a rien à envier à son cousin rouge en terme de goût. Plutôt timides au début, les ventes augmentèrent en septembre et furent bien aidées par une petite dégustation, sur un coin de l’étal, d’un fruit cuit et assaisonné la veille.

Dégustation potimarron Green Hokkaido - Ferme de Videau
Dégustation de potimarron au marché de Pujols (photo O. Longueville)

La copine Sabine, de la ferme de l’Héritier à Tombebœuf, me fournit quelques belles pastèques que le beau temps de la deuxième semaine de septembre rendirent désirables à souhait. Enfin, et c’était anecdotique, les poivrons qui avaient si mal commencé leur annuelle carrière donnèrent enfin quelques beaux fruits oranges, et je récoltais mes premiers piments habanero. Nous avions promis des sauces extra-fortes à nos donateurs de la campagne de financement, mais il faudrait se résoudre à commander un bon kilo de piments à Benoît, horticulteur bio du Temple-sur-Lot, lequel en cultivait. Le même Benoît qui me fournissait régulièrement du plant de laitue, dont c’était le grand retour. Je vendis bien la batavia magenta qui résistait si bien à la chaleur et que la voisine Valérie, de feu le restaurant les Ganivelles à Villebramar trouvait «merveilleuse et racée».

Les cucurbitacées sous tunnel, en fin de cycle et mangées par le mildiou, faisaient grise mine. Celles plantés dehors en juin ne valaient pas mieux. Exceptionnellement, je pulvérisais de la bouillie bordelaise sur les concombres de plein champ et du soufre sur les courgettes elles-même victimes d’oïdium, mais je savais ces plantes en sursis. Les melons charentais ne mûrissaient plus vraiment, et sans doute trop irrigués en dépit de la baisse de température, ils n’avaient parfois aucun goût. À tel point que j’en faisais cadeau au marché de Pujols, à défaut de pouvoir en garantir la qualité. Les aubergines cessèrent soudainement de produire, et se mirent à jaunir, faute d’une fertilisation suffisante: à cet endroit, je n’avais pas épandu de fumier mais des bouchons d’un engrais organique probablement désormais entièrement consommé.

Parcelle passée au rototiller - Ferme de Videau
Une nouvelle parcelle en préparation (photo O. Longueville)

J’avais négligé la surveillance des pommes de terre et les trouvais envahies de doryphores. Le 17 août, on faisait un défanage complet en coupant la partie aérienne des plantes et on collectait tous les doryphores avant qu’ils ne s’enterrent pour l’hiver. Enfin, exit aussi les haricots verts qui souffraient de la chaleur. Et puis, entre le début et la mi-septembre, on arracha donc, dans l’ordre, melons, concombres, aubergines et basilic. Les tunnels se vidaient, mais c’était pour mieux renaître! Côté melon, je confiais à Magdy et Balthazar la tâche ingrate de retourner la terre pour en sortir les rhizomes de liseron, puis il fallut reformer les buttes dévastées et farcies de mottes dures comme de la pierre à coup d’arrosage et de passage de croc. J’avais prévu de semer aussitôt le mélange d’engrais vert donné par Damien mais décidait finalement d’implanter des épinards, des carottes, des oignons blancs et des laitues pour l’hiver. Avec Magdy, on butta les poireaux et on installa un filet anti-insecte contre la mouche du poireau.

Le 6 septembre, j’arrachais à la fourche-bêche les pommes de terre restantes et portait le tout dans la chambre froide du voisin Garonnais. Là encore, désherbage du liseron, arrosage et passage de croc pour briser les mottes. On remontait des buttes de 80cm de large, au cordeau. Le même Garonnais s’était régulièrement manifesté en rapport avec une future parcelle de plein champ que j’envisageais au sud de la maison: en juillet, c’est avec sa déchaumeuse que fut détruite la luzerne qui poussait encore à cet emplacement. Le voisin Pépito vint ensuite y déposer un épandeur entier (16 tonnes) de son fumier de vache. Garonnais fit un passage d’outil à dents pour décompacter le sous-sol, puis revint équipé d’un roto-tiller pour achever d’incorporer cette matière organique et affiner le terrain. Enfin, le 14 septembre, notre protecteur revint encore avec une butteuse, et modela 15 planches supplémentaires dans le sens de la pente. Le jardin changeait de physionomie!

Récolte pommes de terre - Ferme de Videau
Pommes de terre Allians

On fit des cueillettes: champignons sans succès, prêle des champs qu’on mit à sécher et dont les décoctions seraient pulvérisées au printemps en prévention des maladies cryptogamiques, prunes d’ente du verger aux tulipes de Villebramar, chez le voisin Yves, et aussi quelques poires. En septembre, ce fut le tour des figues. À chaque fois, Laëtitia lançait un atelier confitures. Les invendus de melons suivirent le même chemin, ainsi que les tomates roma que je ramenais du marché. Ces conserves de tomate ne seraient pas vendues faute de certification bio, mais le contrôleur passerait avant la prochaine fournée. On rachetait des bocaux. On tentait aussi la compote figue-poire. Je commençais à concevoir des étiquettes.

Et je restais un peu devant l’écran: il fallait boucler la réalisation du site internet d’un lycée parisien. Planifier les cultures d’hiver et passer commande de graines et de plants. Et régler la paperasse, pour moi comme pour Laëtitia. Même si blondinette avait cessé de démarcher davantage pour ses massages, handicapée par un dos douloureux à 3 mois de grossesse, elle avait aussi fort à faire en matière de recrutement: échanges avec les futurs WWOOFeurs et publicité autour du chantier participatif d’isolation terre-paille. Ce dernier suivait son cours, essentiellement pris en main par Alexandra, suivie par un Magdy déchaîné, et l’électricité fut finalement achevée dans la dernière ligne droite. Mi-septembre, ne restait plus qu’à isoler le mur sud. On fit deux excursions: la première à Périgueux chez un parrain qui déménageait et faisait don de meubles et d’outils. Le deuxième à Angers, pour moi tout seul, car je préférais économiser les frais de port d’une livraison de fraisiers. Le 3 septembre, jour historique: nous plantions nos premières fraises à destination commerciale, 300 plants de la variété ciflorette qui donneraient dès le printemps 2020.

Plantation fraises ciflorette - Ferme de Videau
Plantation de fraises

Et puis, on festoya un peu. Il y a avait toujours du monde à la maison, et les grandes tablées étaient devenues monnaie courante. On sortit nos hôtes au marché des producteurs de Fongrave, sur les rives du Lot, et à la guinguette des copains de la Maison Forte, lesquels nous avaient bien manqué. Les WWOOFeurs profitèrent du lac de Tombebœuf, Magdy de l’unique vélo à sa taille. Carole et Alexandre, amis parisiens, apportèrent du bon vin pour le week-end. On organisa une deuxième séance de cinéma en plein air avec Sandie, Sabine, Gildas, Damien et leurs enfants, sous la grange où, deux mois plus tôt, avait lieu un concert de rock. Et puis, comité des fêtes oblige, on embaucha Magdy à l’organisation du vide-grenier de Villebramar, et celui-ci fut un tel succès qu’il en éclipsa même la fête du village! Dernièrement, nous filâmes à un concert (de métal) à la brasserie In Taberna de Monflaquin. On pourra aisément clore cette chronique sur la constatation que dans cette nouvelle vie, quand nous arrivons à dénicher quelques rares moments de loisir, ils sont rigoureusement bien employés.

WWOOFingPétanque - Ferme de Videau
Mélange terre-paille barbotine - Ferme de Videau

Eau et paille à tous les étages

Du 22 juillet au 11 août 2019

Pour nos lecteurs férus de technique, on signalera que l’isolation de l’étage de la ferme de Videau est constituée de panneaux de laine de bois posés en rampants (c’est à dire en suivant la pente du toit) il y a près d’un an, et que ceux-ci n’ont jamais été recouverts de parement. Les murs de cet ancien grenier reconverti en grand dortoir et qui accueillera deux chambres et une salle de bains dans un futur proche étant restés de brique apparente, l’étanchéité à l’air de l’ensemble laissait largement à désirer: la chaleur du poêle de l’hiver précédent n’avait eu aucun mal à y trouver des échappatoires. Pour ce mois d’août, il avait donc été décidé de mener à terme ce chantier isolation, et comptant sur l’aide de nos épatants WWOOFeurs nous avions prévu de doubler les murs en brique avec un mélange terre-paille allégé, lequel aurait le temps de sécher avant l’arrivée du froid. L’hiver 2019 serait donc isolé… ou ne serait pas!

Pour commencer, on chargea Marine et François d’appliquer un produit anti-insecte xylophages, car notre charpente était infestée de capricornes. C’était une belle entorse à nos convictions écologiques, mais seul un insecticide pouvait nous prévenir des dégâts commis par ces bestioles, et la finalisation des travaux allait rendre toute intervention ultérieure impossible. Ensuite, on démarra la construction d’une structure en liteaux de bois, un genre de cage de 20cm de large le long des murs, du sol au plafond, destinée à recevoir le mélange isolant terre-paille. François avait derrière lui une année de charpente, ce petit puzzle se présentait donc comme un jeu d’enfant. De mon côté, je m’attelais au passage des gaines d’électricité qui devait desservir les trois pièces. Tout cela marquait le début d’un long chantier qui allait s’étirer jusqu’en octobre.

Panier de légumes bio - Ferme de Videau
Sans laitue, on prend le melon.

Côté jardin, on plantait une série de laitues commandée à Benoît, horticulteur du Temple-sur-Lot. Après les nombreuses pertes de laitues dues à la chaleur et au manque d’arrosage, je pouvais au moins suggérer un nouveau planning à mes clients: prochaine récolte avant la fin du mois. Derrière les choux et haricots du tunnel n°3, je semais à la volée un mélange sorgho/trèfle donné par Sabine sur un sol enrichi de fumier. La saison prochaine se préparait dès maintenant avec cet engrais vert qui apporterait sa biomasse au sol à chaque fauche, jusqu’à sa destruction par le gel. François m’accompagna (c’était son tour) au marché de Pujols et il avait du mérite car la veille nous avions préparé, organisé, puis animé la fête annuelle de Villebramar qu’un orage vespéral avait manqué de ruiner, nous obligeant à déplacer en catastrophe, sous des trombes d’eau, le fameux cochon à la broche. François servit les assiettes avec une implication totale, et en prêtant notre WWOOFeur à la communauté, on en fît un nouvel habitant du village.

Le soir même, nous accueillîmes un contributeur VIP de notre campagne de financement participatif de 2018, accessoirement WWOOFeur, en la personne de Guillaume. En route vers une carrière de maraîcher, avec lui aussi une expérience en charpente chez les compagnons, Guillaume fût sans doute un peu déçu par notre emploi du temps qui incluait presque davantage de rénovation que de jardinage. En une petite semaine de présence, il eut cependant l’occasion d’exceller au marché bio de Villeneuve-sur-Lot, sans doute avantagé par son passé commercial, en tenant l’étal d’une main de maître. Quand même, il va de soi que Guillaume m’aida aux récoltes, et je lui confiais le palissage des aubergines et de poivrons.

Aubergines avant palissage - Ferme de Videau
Aubergines avant palissage.

Je l’emmenais ensuite à une visite organisée par l‘ADEAR de la propriété de Carina Rijshouwer, horticultrice, sur le thème des pratiques agricole dans le contexte du réchauffement climatique. L’occasion de nous mélanger à mes semblables, maraîchers nouvellement installés. Et notre WWOOFeur, futur agriculteur, d’aller à la pêche aux infos… avant de se remettre au bricolage des barriques données par le voisin Yves, qu’il fallait consolider, et de terminer la structure en liteaux du futur terre-paille. En récompense, on profita d’un gueuleton et du concert sur le marché des producteurs de Villeréal, où le copain Nico, de Saint-Eutrope-de-Born, désormais complètement paysan-boulanger écoulait toutes ses miches mais avait les traits tirés du gars qui se lève au milieu de la nuit pour cuire le bon pain.

Le mois de juillet, et son cortège de journées caniculaires pendant lesquelle rien, hormis une demi-somnolence devant le Tour de France (et un jet de flotte sur les laitues, au zénith), ne paraissait envisageable, s’achevait. Nous reçûmes une visite studieuse de Corinne et Franck, parisiens habitués des vacances à Villebramar, désireux de participer à la vie des champs. Je confiais des outils de désherbage au couple, et la ferme se transformait en camp de travail. Les rangs de poireaux et de laitues furent nettoyés et ressemblèrent à une table de billard. Pas rancuniers, Corinne et Franck insistèrent pour payer le beau panier de légumes que je leur avais préparé, ainsi qu’un massage réparateur de Laëtitia.

Le premier week-end d’août arriva et annonça un nouveau chassé-croisé des vacances avec le départ de Guillaume vers un autre WWOOFing dans les Pyrénées d’un côté, l’arrivée de la Fred, du Cé et de leurs enfants de l’autre, puis de la copine Oana qui venait clore son année sabbatique sous forme de tour du monde, commencée un an plus tôt exactement, à la ferme de Videau. Débarquèrent aussi Maude et Rachel, venues de Nantes, et de notre nouvelle WWOOFeuse du mois: Alexandra, de Périgueux. D’entrée, on répartit les tâches: taille et repiquage de stolons de fraisiers pour les unes, taille des feuilles de tomates sous abri pour les autres. La structure bois terminée et l’électricité bien avancée, on pouvait maintenant attaquer le chantier terre-paille à l’étage, et tout le monde fut engagé. C’était parti pour un bon bout de temps.

Chantier terre-paille - Ferme de Videau
Ça paille à l’étage.

Vincent arriva en fin de semaine, le 8 août. Étudiant en BPREA maraîchage bio, une formation pour adultes, il devait accomplir ici son «stage découverte» de deux semaines, suite à un premier stage de deux mois chez un maraîcher de Nancy. Pour le changer des légumes, on l’envoya à l’étage pour compléter l’équipe terre-paille. Mais je mettais également sa masse musculaire à contribution en le réquisitionnant pour l’épandage d’une dizaine de brouettes de fumier sur deux anciennes planches de salades. On passa la grelinette, on attendit la pluie. Recouverte de foin et d’une bâche occultante, la vie du sol allait pouvoir s’en donner à cœur joie pendant plus de 6 mois, et j’espérais profiter d’une belle terre de jardin à cet emplacement au printemps prochain. Le rythme des massages avait ralenti pour Laëtitia. Moins de demande, et pas de démarchage: blondinette avait maintenant dépassé les deux mois de grossesse et voulait ménager son énergie pour les chantiers de la ferme.

Samedi soir, elle m’accompagna pourtant au golf de Tombebœuf, car nous filions un coup de main à Sam et Michael, les propriétaires, en jouant les extras à l’occasion d’un concert de clôture d’une compétition. Je rôtissais plusieurs dizaines de brochettes de bœuf pendant que Laëtitia faisait la navette en cuisine. D’une certaine façon, ça nous sortait de la routine et nos hôtes, stagiaires et WWOOFeurs, profitèrent d’un break sous les lampions. Le lendemain, il fallut pourtant se lever tôt pour le marché de Pujols, et en être bien mal récompensé par la météo: saucés au déchargement, essuyant des rafales de vent froid, Alexandra et moi-même grelottâmes dans nos chaussures mouillées jusqu’à 13h. Je constatais à quel point nous étions jusque-là passés entre les gouttes. J’avais pris l’habitude d’aller au marché comme à la plage, ou presque. L’automne à venir promettait moins de bains de foule, mais beaucoup plus de bains de pieds! Là encore, faudrait voir à mieux isoler.

WWOOFing à la ferme - Ferme de Videau

La vie de famille

Du 8 au 21 juillet 2019

Lundi, c’était le jour d’après. Le début d’une nouvelle ère. Nous reprenions une vie normale après une semaine d’intense préparation et trois jours de chahut à la ferme. Une belle fête d’anniversaire pour laquelle nous avions mobilisé pas mal d’énergie, avec le concours de nos deux WWOOFeurs, Marine et François. En récompense, ces deux-là s’envolèrent quelques jours, l’un vers l’océan pour y faire la planche, l’autre vers le lac de Tombebœuf pour une paisible retraite. La maisonnée retrouva son calme habituel, mais c’était désormais assez inhabituel, et nous nous sentîmes, blondinette et moi-même, presque esseulés. N’empêche, la routine reprît son cours, avec un peu moins d’efficacité. Nous étions maintenant amputés des deux membres, et aussi un peu fatigués de nos exploits. Il fallait continuer à prévoir l’avenir: je préparais une commande de plants de fraisiers, et me mettais en quête de compost à épandre sur les futures planches de culture.

À part ça, la semaine s’écoula à un rythme décontracté, entre nettoyage du site et rangement du matériel: chaises, tables, sono, fûts de bières, gobelets, barnum et congélateur furent restitués à leurs propriétaires. J’accomplissais la corvée quotidienne de récolte et d’arrosage, et me rendais au marché. Pour la première fois de ma vie, je foulais le pavé médiéval de la bonne cité de Pujols, et y déchargeais ma marchandise. Je battais d’entrée mon record de vente, sans doute avantagé par une belle récolte de haricots verts, mais aussi par le fait que j’étais le premier et unique maraîcher bio de l’endroit! Une opportunité que je ne regrettais pas d’avoir saisie, après que Cathy de la ferme de Nicoy et Seb de la ferme de Lou Cornal, eux-même habitués de Pujols, me l’eurent soufflée à l’oreille. Je gardais bien sûr dans le cœur une place pour mes fidèles de la vente au golf de Tombebœuf, que j’avais sacrifiée pour Pujols à cause du trop grand nombre d’invendus, en espérant qu’ils se rabattent sur les paniers à la ferme.

Légumes bio au marché de Pujols - Ferme de Videau
Un étal assorti au t-shirt

La semaine suivante, retour de Marine et François. La première, pas au mieux de sa forme, prit rendez-vous chez le toubib après avoir largement contribué à pailler les pommes de terre. Verdict: une otite et du repos forcé, retour à la villégiature. La confrérie se disloquait à nouveau, il y eut un peu moins d’ambiance à l’heure du repas. Avec François, nous binâmes les oignons, nous détruisîmes une planche de carottes dont j’avais raté le semis faute d’un système d’irrigation efficace, et nous palissâmes les concombres de plein champ sur grille (pour éviter que la plante et les futurs fruits ne s’abîment au contact du sol). Le savoyard m’accompagna aussi au marché de Villeneuve-sur-Lot, et planta une demi-planche de basilic vert et rouge. Le métier rentrait à toute vitesse, pour lui comme pour moi. Le jeudi, Marine était guérie et nous avions davantage de compagnie en la personne de Marie, descendue pour les vacances de la banlieue parisienne avec sa fille Nina. Ensemble, elle se mirent rapidement aux fourneaux et, la panse bien garnie (d’un fameux caviar d’aubergine et d’un moelleux au chocolat noir, notamment), on décida de les y laisser.

Jeudi, notre voisin Garonnais vint préparer, à l’emplacement des fraisiers, quelques planches de culture avec une butteuse attelée derrière son tracteur. Je chargeais ensuite Marie et François d’y épandre du fumier, dont il restait quelques monticules ci et là. J’étais devenu un véritable contremaître, lançant les ordres sous le soleil avant de retourner à l’ombre de mon bureau. C’est que j’avais le site web d’un lycée parisien à livrer, et que démarrait le chantier d’électricité et d’isolation paille des murs de l’étage. On planifia l’achat de câbles, de boîtiers électriques, de tasseaux et autres chevilles à frapper… Après avoir visité le jardin dans tous ses recoins, nos deux WWOOFeurs passèrent aux combles, où les attendaient le nettoyage de la charpente, passablement mitée par les capricornes et les vrillettes, et qu’il fallait traiter avec un insecticide. On leur permit cependant de revoir le soleil à l’occasion de l’annuelle foire bio de Villeneuve-sur-Lot, organisée par Agrobio47, où chacun reçut un massage de Laëtitia qui y représentait l’espace bien-être avec sa chaise de massage Amma assis.

Marché nocturne Laparade - Ferme de Videau
Sortie en famille

Le lendemain, Laëtitia se rendait à la fête de Moulinet, et connaissait un succès mitigé avec ses massages de réflexologie plantaire. C’était mon deuxième marché de Pujols, où je vendais moultes tomates anciennes, quelques melons, de l’ail et des pommes de terre nouvelles, entre autres. Je gagnais haut la main une sieste devant l’ascension du Tourmalet, car la veille j’avais réussi à arrondir les fins de mois en jouant jusqu’à tard les assistants barbecue à une soirée musicale du golf de Tombebœuf. Après presque 120 côtes de porc, j’y passais un peu de bon temps avec les copains du groupe Märs et nos WWOOFeurs attablés. Avec le marché nocturne de Laparade, c’était la deuxième fois que nous sortions, pour ainsi dire, en famille, car cette vie commune à la ferme nous réussissait visiblement si bien, même pendant les heures de travail — travail que chacun, au fond, était venu trouver ici pour son besoin personnel — que nous n’hésitions pas à prolonger cette complicité dans les fêtes de village… dont ce pays regorge littéralement. Et dont on vous a souvent parlé ici. Une raison de plus pour venir… rejoindre la famille!

40 bougies, et autres statistiques

Du 17 juin au 7 juillet

Aucun doute, le tube de l’été se danse sur un rythme endiablé. Déjà trois semaines depuis notre dernière publication, les journées filant à la vitesse d’une courte sieste à l’ombre, à tel point qu’on se demande si on n’a pas rêvé. Et pourtant, notre carnet de bord atteste d’une activité intense, véritablement frénétique: des récoltes parfois pléthoriques et éreintantes pour le couche-tard imprudent, de colossaux stocks de concombres pour lesquels il a fallu trouver preneur, des plantations, des semis et des arrosages, des salons bien-être, et l’arrivée de deux WWOOFeurs et de nombreux autres visiteurs. En toile de fond: la préparation d’une fête d’anniversaire à la ferme, occasion d’un grand nettoyage. Tant de choses à raconter ici, que je me contenterai de résumer avec des nombres, sous forme de statistiques. Quelques chiffres ne valent-ils pas un long discours?

Semis et plantations

Plantation poireau d'hiver - Ferme de Videau
1500 poireaux sous la douche
1500

Poireaux

45

Concombres

50

Courgettes

30

Tomates

Impeccablement épaulé par Laëtitia et nos deux WWOOFeurs Marine et François, venus renifler l’air de la ferme, nous avons lancé quelques cultures d’arrière saison et laborieusement planté à la main les poireaux d’hiver. Les tomates (non-bio) de la voisine Huguette ne seront pas commercialisées mais fourniront des semences pour l’année prochaine. Celles-là ont bien démarré. Mais pas les salades, souffrant de la chaleur et ayant tendance à monter à graine, que je cessais de vendre pour un petit moment. En cause, une irrigation mal proportionnée. Je ratais un semis de carottes pour la même raison. Mais on allait pas s’envoyer le moral dans les chaussettes pour quelques bottes.

Récoltes

Ail Therador - Ferme de Videau
L’ail de Videau, c’est le plus beau
255

Concombres (kg)

70

Ail (kg)

68

Haricots vert (kg)

45

Choux pointus

Certes, la reprise de certaines plantation (melons, poivrons) a été difficile. Erreur bien avouable: c’est le métier qui rentre! En revanche, j’étais submergé de concombres. Je réussissais bien à refourguer quelques colis en magasin bio, à l’épicerie du coin, chez un grossiste… Mais faute de pouvoir stocker en chambre froide, je jetais encore beaucoup. J’abandonnais mes clients du samedi à Tombebœuf, à qui je proposais désormais des paniers à la ferme, pour me rendre au marché plus touristique de Pujols. Sans trop de remords, puisque j’y battais mon record de recette dès le premier jour, donnant enfin un débouché convenable au boum de production de l’été. Enfin, on stockait à l’ombre, pour séchage, un ail magnifique bien que mangé par la rouille.

La fête

Fête 40 ans - Ferme de Videau
Rock à la casbah
75

Participants

130

Litres de bière

20

Kilos de frites

4500

Herbe tondue (m2)

5

Piqûres de tiques

40

Bougies pour Pierre

Nous cherchions un moyen de réunir à la ferme à la fois les vieux et les nouveaux copains, les frères et les cousins, venus de loin ou d’à côté, le temps d’une soirée privée. De nombreuses bonnes volontés facilitèrent la tenue de l’événement pourtant programmé en pleine saison agricole. Trois formations de gros rock relevèrent in extremis le pari de descendre depuis Paris pour faire vibrer nos vieilles pierres. On installa une douche d’été, on se fit prêter d’autres toilettes sèches pour le camping, on évacua gravats et autres tas de bois. «Rien de tel qu’une fête pour faire un grand ménage». Sous les lampions d’une cour propre et nivelée, on but, on mangea, on s’agglutina, on se rencontra. Pendant trois jours magiques, notre vie fût toute chamboulée. Si vous n’y étiez pas, on le refera. Quant au poids des années… bah, seulement quelques chiffres!

Super-production - Ferme de Videau

Superproduction

Du 3 au 16 juin 2019

Après les fèves, la semaine débuta par un super épisode de surproduction: j’avais eu la main leste en semant le basilic, et sans doute surestimé le pouvoir de séduction de ces pourtant si mignons et odorants petits buissons verts dans leur pot, prêts à planter, que je n’arrivais pas à écouler. Je décidais de broyer le tout, en y ajoutant la tome de vache bio de la ferme des Angiroux à Monbahus, pour un pesto maison qui aurait plus de succès. Mais, faute de temps et parce que mon contrat de certification Ecocert ne portait pas encore sur les produits transformés, je renonçais. Les essais de recettes allèrent dans un plat de pâtes, le reste des plants finiraient tôt ou tard au congélateur. D’un autre côté, une saison favorable faisant crouler le pays sous les cerises, je n’arrivais pas davantage à vendre les délicates barquettes de bigarreaux que nous préparions les veilles de marché, au prix de quelques acrobaties et d’un laborieux tri des fruits abîmés. Il aurait fallu expédier à Bordeaux, mais nous n’avions qu’un arbre et une devise «petit et local» contraire à cette idée. Les vers et les oiseaux se régalèrent donc bien plus que nous.

Plants de basilic - Ferme de Videau
Plants de basilic : superproduction… ou surproduction?

Après les cerises, à nouveau les fèves, dont on soldait le compte de la culture avec une dernière grosse récolte avant arrachage de 145kg. Mardi, j’en avais opportunément livré 4kg à l’excellent restaurant La Tête d’Ail de Cancon, et je me réjouissais de cette pourtant maigre collaboration, mais qui en annonçait peut-être d’autres. Je creusais quelques pistes pour écouler le stock restant mais les magasins bio rechignaient faute de demande et les grossistes que je contactais trop tard n’en voulaient plus le lendemain. On congèlerait donc aussi, pour notre consommation personnelle, ce qui ne partirait pas dans la semaine. Car au marché bio de Villeneuve-sur-Lot, comme au golf de Tombebœuf, j’avais tout de même quelques amateurs inconditionnels de cette légumineuse. En attendant, j’avais d’autres chats à fouetter: plantation d’une énième série de melons, couverts d’un filet contre les oiseaux qui les protégea enfin efficacement d’un péril mortel, nouvelle plantation de courges (bleues de Hongrie), de poivrons et d’une partie du basilic que je vendrais dorénavant en botte.

Laëtitia consacra une bonne partie de son temps à la paperasse, au démarchage de son activité, au recrutement de nos futurs WWOOFeurs pour l’été et à l’organisation d’une petite fête en juillet. En prévision de cet événement, on réquisitionnait les anciennes barriques à vin du voisin Yves, des bordelaises de 225 litres chacune. Il fallut d’abord arroser généreusement le bois des barriques pour qu’il se dilate et face pression sur le cerclage. On humidifierait trois fois par semaine, jusqu’au jour J, et grâce au prêt d’un Kärcher équipé de kit sablage, on allait tenter de redonner une seconde jeunesse à ces tonneaux qui serviraient de mange-debout et de piliers de bar. Notre amie Claudette, de Feugarolles, résolvait le problème des couverts en nous confiant des piles de vaisselle. En outre, Laëtitia prodigua 6 massages dans la semaine, dont un sur réservation de dernière minute, pour remplacer au pied levé dans un gîte de Seyches une pro pas si pro, puisqu’elle avait planté son rendez-vous. Cette urgence se transformait en opportunité et la blondinette masseuse de Videau de tisser un nouveau fil sur son réseau.

Cerises - Ferme de Videau
C’est toujours ça que les oiseaux n’auront pas.

Inauguré par la fête à Coulx, le cycle des réjouissances qui annonçait l’été en prolongeant les soirées continua avec le tournoi de tennis de Tombebœuf, prétexte aux non-initiés de ce sport pour un soirée buvette-repas quotidienne pendant la semaine que dure l’événement. On y passa le mercredi soir. Et puis, quel pot! L’ami Sandie, passée me rendre visite au marché bio de Villeneuve-sur-Lot, proposa un ciné-club de plein air avec les copains où l’on fit un barbecue, où l’on devisa bière artisanale, agriculture et foot féminin, et qui fut parfaitement réussi si le film que j’eus l’honneur de choisir, un Woody Allen un peu longuet, n’avait endormi l’auditoire. Peu importe, l’occasion était trop belle de nous mêler à nos semblables (et de faire filer les cerises dans un gâteau), d’autant que malgré l’intervention du technicien de chez Orange pour le remplacement du vieux fil de téléphone par un plus moderne et le camouflage de celui-ci au jardin dans une gaine enterrée, nous étions à nouveau privés d’Internet!

Le temps de butter (pour la deuxième fois) les patates, tailler les tomates, semer courgettes et concombres d’extérieur, et rempoter quelques plantes d’ornement, et lundi on remettait ça pour les 10 ans de la ferme de Lou Cornal où, d’une part, Laëtitia proposait ses massages Amma assis et où, compte tenu de la sympathie que nous avons pour les membres de cette équipe, il était impossible que je ne me rende pas malgré une bonne heure de route de distance. Mais quelle récompense! Poulet bio abattu et rôti sur place, frites maison et ambiance champêtre sous la guinguette. Je repartais sans Laëtitia, car elle avait été embauchée pour masser les organisateurs les jours suivants. À son retour, Internet était à nouveau opérationnel, puis Sabine et Gildas nous soufflèrent de suivre un match des bleues contre la Norvège, autour de pizzas, ce que nous fîmes à la maison. Des faux airs de relâchement, alors que le rythme des récoltes et des horaires de vente n’était pas tout à fait rôdé, que les massages allaient bon train, que j’avais deux créations de site web en attente et que l’organisation de notre propre petite fête épiçait le planning.

Laëtitia massage Amma assis - Ferme de Videau
Les massages vont bon train

Enfin fini d’arracher les fèves, je taillais à nouveau tomates, concombres et aubergines, je pulvérisais pour la 3ème fois une décoction de prêle des champs contre les maladies cryptogamique (le mildiou, notamment) car le temps était changeant, parfois trop frais et trop pluvieux pour un mois de juin, surtout du point de vue des tomates de plein champ. Je préparais des poteaux à partir de branches d’acacias, lesquels iraient dans la construction d’une douche d’été, ainsi que du matériel d’irrigation pour la relier à nos cuves d’eau. Laëtitia revint d’un rendez-vous avec une «concierge d’entreprise» qui s’engageait à démarcher pour elle, puis filait pour le week-end à un salon de bien-être à Pujols, qu’au premier coup d’œil elle identifia comme un traquenard pour lequel aucune publicité n’avait été faite. Je lui conseillais de prendre un bouquin. De mon côté, je fêtais mon premier panier de légumes à retirer à la ferme, composé des tout premiers concombres, de courgettes, salades, blettes, fèves et un chou pointu. D’autres locaux semblaient motivés. Je collectais des adresses emails, je pensais marketing, ajustement de l’offre. Agriculture digitale. Je passais de la surproduction… à la superproduction.