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Plus jamais froid

Du 14 octobre au 10 novembre 2019

C’était l’automne des survivants. Débora, notre WWOOFeuse, se retrouvait seule à la ferme après le départ des autres membres d’une belle et grosse équipe. Côté chantiers, le planning n’était pas encore vierge, mais les mortelles péripéties de cette première saison à la ferme avaient presque eu la peau de notre motivation. Il fallait pourtant boucler la préparation de la saison prochaine, enterrer l’irrigation et surtout, achever l’isolation de l’étage! À demi morts, on songeait plus que jamais aux vacances, mais on eut quand même de beaux soubresauts. Après ça, on s’est dit, plus question d’avoir froid.

Lundi, j’embauchais Débora pour épandre le compost de déchets verts tout juste livré sur les 15 nouvelles planches du jardin. Le sol avait été copieusement enrichi en fumier avant la formation des buttes, mais je voulais maintenant apporter une matière essentiellement carbonée, utile à la formation d’un humus stable et donc à l’amélioration de la structure du sol. Grosso modo, le fumier pour nourrir le sol, le compost de déchets verts pour l’alléger. À la brouette, nous déplaçâmes le fin compost de couleur foncée, semblable à du charbon, pour en recouvrir la future parcelle d’une couche de quelques centimètres. Ça nous prit la matinée. L’après-midi, je récupérais chez l’ami Damien un rab de son mélange d’engrais vert, dont j’avais déjà ensemencé les anciennes planches de patates (futurs oignons) avec un succès mitigé puisque on n’y voyait pour l’essentiel que de la moutarde et un peu de trèfle, et très peu de vesce et de mil. Le soir même, on accueillait la danoise Helen pour un WWOOFing à durée indéterminée.

Engrais vert dans compost - Ferme de Videau
Semis dans compost de déchets verts

Helen est fille d’éleveurs et la vie à la ferme n’avait pas de secret pour elle. Elle fit pourtant une expérience inédite avec le conditionnement de quelques bocaux de piment extra fort à destination des donateurs de notre campagne de financement participatif. Le lendemain, pendant que j’emmenais Débora au marché de Villeneuve-sur-Lot, elle accompagna Laëtitia à la déchetterie, puis l’aida à installer des renforts sous l’isolant de la grange, car depuis que nous avions mis en standby le chantier du futur gîte les plaques de laine de bois rentrées en force entre chevrons avaient tendance à se décoller et pendre vers le bas. Las, cette vie-là n’était pas de son goût et Helen repartit le jour suivant à destination de son précédent lieu de WWOOFing, plus fréquenté et plus cosmopolite, par le même train que Débora qui se rendait de son côté chez un éleveur des Pyrénées. On fit place nette à l’emplacement du campement des WWOOFeurs. Pour la première fois depuis longtemps, nous nous retrouvions seuls à la maison.

Le village de Villebramar comptait maintenant deux nouveaux habitants, en la personne de Marion et Baptiste. Nous avions des connaissances en commun et le couple vint nous rendre visite en échange d’un panier de légumes bio du jeudi soir. La commande des paniers ne décollait pourtant pas et je songeais à refaire un peu de pub et délocaliser la livraison, au golf de Tombebœuf, par exemple… L’offre était limitée aux tomates, pommes de terres courges et laitues, et ne déplaçait pas les foules. Il fallait soit augmenter la diversité, soit se rapprocher des clients. En attendant, démarrait un chantier qui allait simplifier le quotidien au jardin: l’enfouissement des conduites d’irrigation. Le 17 octobre, la mini-pelle de «Criquet» creusa plusieurs dizaines de mètres de tranchées. Je commençais ensuite à y déposer les tuyaux existants, mais il en fallait d’autres. Et surtout, je devais déplacer la commande et les câbles électriques de la pompe avant de tout reboucher. La mini-pelle s’en fut, et les tranchées restèrent ouvertes.

Gaine d'électricité - Ferme de Videau
Déplacer une gaine, ça peut faire péter un câble

Avant le week-end, on disait adieu à la douche d’été, inaugurée avant ma fête d’anniversaire en juillet, mais qui avait perdu beaucoup de son attractivité depuis. Je voulais recycler son ossature en bois d’acacia dans une autre construction à deux pas de là: l’abri pour la commande électrique et la minuterie de la pompe, plus près de la maison, m’économiserait probablement chaque année quelques kilomètres cumulés de marche à pied jusqu’à l’abri de la pompe elle-même, situé sur la rive du lac. Je semais des radis en plein champ, ainsi qu’une bonne dose d’engrais vert (pour moitié du mélange donné par Damien, l’autre moitié de seigle du Biau Germe) sur les 15 nouvelles planches, directement dans le compost de déchets verts, car la météo prévoyait de l’eau les jours suivants. Laëtitia fit un peu de baby-sitting, on participa à une raclette party chez Sabine et Gildas et le dimanche on fêta l’anniversaire du petit Gabin chez nos voisines. Mais je déclinais une invitation à un brunch carnivore devant un quart de finale de la coupe du monde de Rugby chez Garonnais car j’avais encore du boulot. Avec les lames de l’ancien plancher de l’étable et de vieilles tôles ondulées, j’achevais mon abri avant le soir.

Le lendemain lundi, c’était le retour d’Anthony, stagiaire en BPREA à Sainte-Livrade. Je lui confiais l’arrachage des poivrons sous tunnels, celui des tomates près de la maison (qui avaient pourri avant de mûrir) et le tri de graines dans les fleurs fanées de tagètes, pendant que je finalisais le branchement électrique entre la pompe et sa commande à distance dans le nouvel abri. Ça tournait! Mais l’affaire n’était pas terminée: avant de reboucher les tranchées il fallait y installer un nouveau réseau d’irrigation, et tirer l’eau potable jusqu’au lac. Quelques allers-retours en ville plus tard, on avait tout le matériel nécessaire et j’avais moins de raisons pour pester contre les vieux raccords qui se grippent et les nouveaux qui fuient. Avec Anthony on déposa du compost sur quelques planches désormais vides sous les tunnels pour y semer directement, quelques jours plus tard, des carottes Napoli F1 et le même mélange d’engrais vert que précédemment. Le vendredi, on nous communiqua le scoop du cœur tant attendu: le bébé que Laëtitia attendait depuis maintenant 5 mois se portait bien… et c’était une poulette!

Quand même, ça faisait pas mal de bonnes nouvelles pour une seule semaine. D’abord, nous hébergions à nouveau le duo de choc composé par Max et Flo. Ensuite, ces deux-là venaient de recevoir l’accord du propriétaire de leur pied à terre champêtre en Dordogne pour s’y installer pendant au moins deux ans. On allait être voisins! Et pour finir, avec ce supplément de main d’œuvre efficace, nous allions pouvoir démarrer la touche finale du chantier d’isolation à l’étage: mettre au point une méthode de pose d’un pare-vapeur sous les panneaux de laine de bois qui là-aussi commençaient à se casser la gueule, puis tenter d’installer des rouleaux de canisses en guise de parement. Et si, pour finir, le rebouchage des tranchées à la pelle dans une terre rendue collante par une explosion de pluviométrie ne se présentait pas comme une partie de plaisir, ça sonnait aussi comme un nouveau défi sportif à relever pour nos deux experts, et la chose irait de toute façon plus vite en équipe.

Chose promise, etc. Max et Flo passèrent quelques jours à l’étage équipés d’une visseuse et d’une agrafeuse, faisant du bon boulot. Les gaines et les tuyaux d’irrigation installés, le filtre à tamis branché, je raccordai le reste et ces jours-ci l’emploi du temps d’Anthony consista en grande partie à combler ces maudites tranchées. Max et Flo s’en furent en Dordogne car je leur avait glissé que désherber et occulter une partie de leur terrain en prévision du démarrage d’un potager au printemps serait une bonne chose. Ils firent le plein de bâche d’ensilage de récup’ chez le voisin Pépito, on prêta la débroussailleuse. À leur retour, je les impliquai à leur tour dans le rebouchage des tranchées. Gros coup de barre pour tout le monde. «Criquet» revint avec un autre modèle de pelleteuse, et creusa un beau fossé en forme de V qui devait drainer l’eau de ruissellement du chemin communal vers le lac. Enfin, je passai commande de 230 arbres forestiers, lesquels constitueraient nos futures haies champêtres subventionnées par le département du Lot-et-Garonne. Encore un gros chantier en perspective avant les vacances.

Vanne d'irrigation - Ferme de Videau
Tranchée refermée, vanne ouverte

Le jardin n’était pas mort, bien au contraire. La pluie l’arrosait abondamment et l’engrais vert poussait. Laëtitia, à qui échoyait la responsabilité de dénicher couches lavables, écharpe de portage, table à langer, en plus de celle de la logistique pour tout le matériel nécessaire aux chantiers en cours, assista aussi Anthony dans le tri des caïeux d’ail en prévision d’une plantation pourtant bien improbable vu la météo. On avait tout juste eu le temps de semer les fèves d’Aguadulce en conditions sèches, même si j’avais manqué de graines et qu’il faudrait remettre ça. À l’abri des tunnels, par contre, on pouvait tranquillement planter une deuxième série d’épinards «géant d’hiver». La voisine Huguette donna des tomates et je chargeai Laëtitia d’en tirer et nettoyer les graines. Et puis débarqua Théo, que notre annonce de chantier participatif isolation sur Twiza avait intéressé. Avec une formation de paysagiste chez les compagnons en poche et quelques années d’expérience professionnelle, Théo projetait un petit tour de France des chantiers en vue d’accumuler des savoirs-faire au service d’un projet d’éco-hameau. Il allait rester une semaine.

Théo était l’homme de la situation. J’eus quelques difficultés à l’admettre, mais ses compétences et son habileté étaient plus utiles à l’exécution du chantier que les miennes. À part un petit tour au jardin pour remplacer un arceau de serre abîmé et arracher les plants de tomates (ultimes cultures de la saison passée), ensemble nous ne quittâmes plus l’étage de la maison. Les délais furent tenus et l’étanchéité à l’air de l’isolation tout à fait achevée le 9 novembre, jour d’arrivée des parents de Laëtitia pour le week-end. Théo repartit vers d’autres horizons participatifs, avec un détour par Agen pour déposer notre visseuse hors-service, cuite après deux ans de service intensif, au SAV. Entre temps blondinette avait préparé des colis de sauce piment extra fort pour nos contributeurs du financement participatif et donné un cours de français à notre voisin Michael. J’avais aussi planté des oignons blancs «premier» et récolté mes premiers poireaux, encore des «géants d’hiver», qu’une cliente sur le marché de Villeneuve-sur-Lot trouva «trop gros».

Poireaux géant d'hiver - Ferme de Videau
Ces poireaux sont trop gros

Hélas, le semis de carottes avait morflé avec le grand retour des limaces, et les blettes souffraient de la présence d’un champignon non identifié, peut-être du mildiou. Ces tracas furent nuancé par le fier coup de pouce donné par les beaux parents qui nettoyèrent de fond en comble le chantier isolation officiellement terminé, déménagèrent le matériel, assemblèrent quelques meubles et installèrent notre chambre à l’étage pour l’hiver… jusqu’à la reprise du chantier au printemps. Indéniablement, on y voyait déjà un peu plus clair. Je retournais au jardin, y plantais une planche de laitues, nettoyais le tunnel des tomates et y passais la grelinette. Je profitais d’une journée ensoleillée pour compléter le semis de fèves et le voisin Yves se proposa de passer la charrue là où je voulais planter des pommes de terre, parcelle semée en luzerne 2 ans plus tôt. La semaine s’achevait sur un pari météorologique à l’ancienne, celui de l’effet du gel sur la terre labourée. Bois stocké, isolation refaite, notre nid douillet commençait à l’être. On pouvait donc, sans frémir, appeler de nos vœux le froid le plus terrible.

Lisez nos aventures

Parue dans La Dépêche, cette pleine page offre un récit complet de l’aventure Ferme de Videau, que nous vivons depuis maintenant plus de deux ans. Il est même question de nos parents et de mon aversion pour les chiffres. Merci à Julien Sauvage, que nous avions reçu à la ferme deux jours plus tôt, pour cette chouette synthèse qui nous présente un peu comme des pionniers de farwest… dans le Sud-Ouest.

À lire ici:
https://www.ladepeche.fr/2019/11/03/laetitia-et-pierre-laventure-a-la-ferme-de-videau,8520323.php

Les experts Villebramar

Du 16 septembre au 13 octobre 2019

Nous approchons de l’hiver mais la saison agricole n’en finit pas de finir. C’était encore un mois riche en développements qu’une équipe décuplée et sans cesse renouvelée de WWOOFeurs a rendu possibles. À l’étage, la chantier terre-paille a officiellement pris fin. Dans la cour, la totalité du bois que nous avions prévu de rentrer pour l’hiver a été joliment aligné. En cuisine, les nourritures les plus diverses ont été mises en conserve et expédiées à nos généreux donateurs de la campagne de financement. Le jardin, pour finir, a connu de nombreux changements. Mais notre ultime réussite, pendant ces quatre dernières semaines, a été d’atteindre un nouveau record de bonne humeur. Récit pas triste.

Chassé-croisé

Pour commencer, nouveau chassé-croisé. Le week-end, on reçut la visite d’Audrey et Cédric depuis le Médoc voisin. Cédric m’aida à installer une nouvelle ligne de micro-aspersion entre fraises et salades, mais je contactais le fournisseur car la portée était insuffisante. Le couple prit congé et Magdy, soudanais WWOOFeur malgré lui, repartit de son côté pour la Nièvre. Olivier avait pris un jour off à vélo et ne devait revenir que le lendemain. Je l’embauchais pour passer la grelinette à l’emplacement des aubergines arrachées et pour désherber les poireaux. Je voyageais en Gironde chez un confrère maraîcher par lequel transitait une commande groupée de semences d’ail. Mercredi, on embarqua pour un marché de Villeneuve-sur-Lot plutôt calme, où je dépensais une bonne partie de la recette en charcuterie bio de la ferme de Lou Cornal en prévision du rougail-saucisse du soir avec Christine et Michel, nos amis d’Agen, soutiens de toujours.

Juste une goutte

Amis qu’on retrouvait dès le lendemain, dans leur maison de famille à Seyches, autour d’une activité forestière: charrier le bois abattu et billonné deux ans plus tôt, de la benne-kangourou du tracteur à la remorque, puis jusqu’à Villebramar. Michel et Olivier accomplirent quelques allers-retours, et on retourna même au bois le surlendemain, mais une crise de goutte contraint notre WWOOFeur au repos. Et à la modération, car l’arrivée de nos amis Claudette et Maurice pour le déjeuner supposait nécessairement qu’on ouvre une bonne bouteille. Samedi avait lieu une journée portes-ouvertes à la maternité de Villeneuve-sur-Lot et Laëtitia y fit le plein d’échanges dans des ateliers yoga, ostéo, acupuncture, etc. pendant que je préférais semer quatre planches d’un engrais vert donné par le voisin Damien, un mélange de mil, vesce, moutarde et trèfle incarnat à l’emplacement des futurs oignons en prévision de la pluie qu’on annonçait pour dimanche.

Engrais vert - Ferme de Videau
Quelques gouttes pour l’engrais vert.

Mécanicien de père en fils

En effet, il plut. Et le marché de Pujols fut sans joie, même si Olivier, malgré une cheville endolorie par la goutte assura en bon WWOOFeur le supplément d’âme indispensable à l’agriculteur solitaire avec des idées d’aménagement de l’étal et un sourire très efficace. L’après-midi, je récupérais mon motoculteur, dont le système de lancement du moteur semblait sur le point de rendre l’âme, chez le voisin Éric, cette fois en état de marche. J’allais en avoir besoin pour préparer mes prochaines planches avant d’autres semis d’engrais vert, et la plantation de cultures d’hiver sous tunnel. Mais le lendemain, à nouveau impossible de démarrer l’animal, que je me décidais à confier au garage voisin, c’est à dire au propre père d’Éric. L’affaire restait donc en famille, mais je préférais désormais qu’elle occupe les heures de travail du paternel plutôt que le temps libre du fiston.

Premier stage sans ascenseur

Lundi, deux nouveaux personnages firent leur apparition. Anthony suivait un BPREA au lycée agricole de Sainte-Livrade et devenait mon stagiaire pour deux semaines. D’entrée, je lui faisais arracher les courgettes, pendant que je lançais un semis d’oignons blancs et de blettes pour l’hiver, en plaque, puis un semis direct de carottes sous tunnel, équipé d’une lampe frontale car la nuit tombait étonnament vite en cette saison. Loïs, lui, était un WWOOFeur parisien fraîchement installé à Castenaudary («la ville du cassoulet», paraît-il) mais avec un projet agricole dans le Lot-et-Garonne. Assisté d’Anthony, il rangea le bois ramené de Seyches. On récolta aussi un supplément de tomates chez l’amie Sabine, dont le quota de conserves était déjà largement atteint. Anthony fut ensuite cantonné à un travail d’écolier pour son rapport de stage, en compagnie de Laëtitia occupés à d’épineuses démarches auprès de la CAF que seule notre poussive connexion Internet égalait en souplesse.

Motoculteur passage rotavator - Ferme de Videau
Rare: un motoculteur en état de marche.

Alexandra, le retour

Mercredi, j’emmenais Anthony au marché de Villeneuve-sur-Lot pendant que Loïs faisait la grasse mat’. On reprit les travaux des champs: désherbage et préparation de nouvelles planches. Laëtitia passa du temps en cuisine, puisque j’avais été propulsé rôtisseur de poulets à l’occasion de la fête du golf de Tombebœuf par son propriétaire, et que je voulais augmenter le gain de la soirée avec quelques suppléments payants, dont des tomates à l’ail qu’il fallait désormais passer au four. Je récupérai le motoculteur dont la réparation ne me coûta finalement qu’un panier de légumes. Le fournisseur de matériel de micro-aspersion se déplaça carrément pour procéder à divers essais d’irrigation, on régla le problème de la portée dans les tunnels et pour les salades de plein champ. Enfin, ce fut le grand retour d’Alexandra, notre WWOOFeuse périgourdine du mois d’août, que de toute évidence la ferme de Videau démangeait encore. Elle allait donc pouvoir participer à la clôture d’un chantier dont elle avait connu le lancement: l’isolation terre-paille.

Complètement rôtis

Samedi matin, on bouclait les récoltes en équipe, assez tôt pour avoir le temps de rejoindre une partie de la famille d’Yves, notre voisin et papy national, impliqués dans la vendange annuelle de muscadelle dont notre ancien tirait son vin blanc moelleux. On fut tous invités à déjeuner, et largement abreuvés en récompense. Hélas, on était privé d’une sieste réparatrice puisqu’il fallait rallier le golf de Tombebœuf pour l’installation de notre rôtissoire avant l’arrivée du public. Loïs se révéla être si brillant assistant que je lui abandonnais le service et la caisse sous la pression d’une foule affamée pour découper à la chaîne des volailles qui partaient comme des petits pains (comme les tomates au four de blondinette, d’ailleurs). Le rangement et la vaisselle effectués, on fit la connaissance de deux nouveaux travailleurs volontaires, débarqués dans la soirée: Maximilien et Florent, de banlieue parisienne. Puis on profita du concert, on se coucha tard, et c’est quelque peu rôti, mais toujours flanqué d’un Lois increvable, que je foulais le pavé de Pujols, à 7h30, pour le dernier marché de la saison.

Vendanges - Ferme de Videau
Ça change des légumes.

Massages de l’estomac

Ce dimanche-là, Alexandra initia Max et Flo aux joies du chantier terre-paille pendant qu’au marché nous échangions 20kg de tomates (à ajouter aux 20kg de la semaine précédente) contre viande et fromage de la ferme de Lou Cornal, sans lesquels, il faut bien l’avouer, nous n’aurions presque que de la verdure à nous mettre sous la dent. C’est que nous mettions un point d’honneur à prendre soin de l’estomac de nos hôtes, et eux nous le rendaient bien en ingurgitant parfois d’impressionnantes quantités de nourriture. L’arrivée de Max et Flo allait confirmer cette habitude bien ancrée! Enfin, on fit une sieste bien méritée et Loïs obtint un lundi chômé. Le chantier terre-paille redoubla cependant d’intensité car l’équipe Alex, Max et Flo fonctionnait à merveille. Laëtitia prodigua un massage réflexologie plantaire + visage et crâne à Allemans-du-Dropt. C’était, compte tenu de sa grossesse, la seule prestation qu’elle proposait encore.

Cuves et bocaux

Les jours suivants, je confiais au stagiaire Anthony la taille des stolons de fraisiers plantés début septembre. Celui-ci fit un peu de zèle en supprimant quelques feuilles et ce n’était absolument pas nécessaire! Je mesurais le degré de surveillance que je devais exercer sur mon employé du mois. On passait ensuite au raccordement des cuves d’eau de pluie avec la descente située à l’extrémité de la grange. Puis on habillait ces cuves avec quelques rouleaux de canisses et des chutes de bâche plastique noire, car l’obscurité complète était la condition indispensable de la non-prolifération d’algues. On planta des salades. On pailla les allées entre planches de poireaux et d’engrais vert. On ramena le bois d’un chêne tombé près du lac en 2018. On récolta des courges, puis d’autres tomates chez la voisine Sabine. Laëtitia orchestra en cuisine une belle production de bocaux pour la vente sur les marchés, avec étiquette et tout, qu’avait notifiée dans notre contrat mon contrôleur bio de chez Ecocert.

Bocaux de confiture et sauce piment - Ferme de Videau
Pour se chauffer le bocal (photo M. Deletang).

Dans la ZAD

Entre temps était arrivée Sarah, qui venait de boucler cinq ans de vie professionnelle associative entre Mayotte et la Réunion. Les parents de Laëtitia firent une halte à la ferme. Ce jour-là, nous fûmes 9 à table! La production de bocaux de tomates reprit de plus belle. J’envoyais Flo récolter des graines de fleurs: cosmos, œillets d’Inde, belles de nuit. La récolte de haricots gros blancs de Soissons, par contre, ne tint aucune de ses promesses: grains minuscules, bouffés par les vers, témoignaient probablement d’une d’irrigation mal contrôlée. On se consolait avec l’arrivée de Déborah (milledieu, encore une parisienne!) et l’instauration par Max et Flo de coutumes qui firent exploser la dose de convivialité que nous essayions d’apporter au quotidien: jeux de société, musique à tous les étages, bivouac nocturne. Le campement des WWOOFeurs avait pris des allures de ZAD et l’essentiel de la vie en communauté, en dehors des heures de travail et de repas, s’y était déplacé. Max et Flo avaient réussi à polariser le groupe autour de leur tonitruant mode de vie. Ces deux-là déployaient une quantité considérable d’énergie dont je pensais qu’elle allait s’émousser avec le labeur, mais je me trompais. Avec une saison dans les jambes, nous commencions à accuser le coup, alors qu’eux pétaient la forme. Des experts, quoi.

Dernier pub avant la fin

Les deux loustics réclamèrent même une mission pour laquelle nous n’avions jusque là trouvé aucun forçat: le cassage de gravats, à coups de masse, pour combler les ornières du chemin communal… avec playlist hip-hop en bande son, bien sûr. Plus calme, on profita d’un dimanche sur un sentier balisé entre Villebramar, l’église de Cabannes, Montastruc et Tombebœuf, pour finir au bar du golf et y recevoir une invitation au tout nouveau pub british de Montignac-de-Lauzun. Une semaine plus tard, après un semis de radis, une plantation d’épinards, une récolte opportuniste de potirons rouges vifs d’Étampes chez Damien, la préparation et le conditionnement de sauce piment extra-fort, l’expédition de colis de victuailles aux donateur de notre campagne de financement participatif, le passage exceptionnel de Dominique, une vieille copine Martiniquaise venue spécialement dans le Sud-Ouest, l’inévitable paperasse et l’incessant chantier d’isolation terre-paille à l’étage, c’est finalement là-bas, dans cet authentique temple de la bière anglo-saxonne, que nous avons fêté le départ prochain de toute notre belle équipe.

Terre-paille et barbotine - Ferme de Videau
Le terre-paille, une passion.

Bénis WWOOFeurs

Max et Flo envolés vers Toulouse, la ferme de Videau sembla retombée en léthargie. Les tâches ne manquaient pourtant pas: on fit d’autres colis à destination des donateurs de la campagne, on démantela l’irrigation et on fit place nette là où poussaient les dernières courges, tomates et concombres de plein champ, car je voulais installer à la place trois tunnels supplémentaires. Dans ce but, j’allais chez le voisin Garonnais chercher 150 piquets métalliques et une tarière thermique pour les ficher dans le sol. Je passai le motoculteur sur 15 nouvelles planches et me fit livrer 12 tonnes de compost de déchets verts. Tout était prêt pour un important semis d’engrais vert avant la pluie. Autre bonne nouvelle, historique: le chantier terre-paille, expédié par nos trois WWOOFeuses elles aussi expertes, était officiellement terminé. Le moment de souffler un bon coup, crois-tu? Que nenni! L’isolation du futur gîte et du plafond des combles de la maison étaient encore au programme, avec l’aide, peut-être, d’autres volontaires. Volontaires bénis qui, non contents de participer à fond à la rénovation de la ferme de Videau, caressaient chaque jour, comme un gros chat qui ronronne, le moral et la détermination de ses propriétaires.

Rentrée littéraire

Du 12 août au 15 septembre 2019

Dans la chronique précédente, j’annonçais un ralentissement de la production au jardin, et la préparation en cours de la saison prochaine, à grand renfort d’épandage de fumier et de semis d’engrais vert. Mais en fait de ralentissement du rythme de travail, rien ne changea. Le chantier terre-paille à l’étage suivait son cours, et le réaménagement du jardin avant les pluies d’automne qui rendraient tout travail du sol impossible, ainsi que la planification de quelques cultures d’hiver, nous occasionnaient de belles journées de labeur. Heureusement, le WWOOFing à la ferme avait le vent en poupe, et nous trouvions de nouveaux candidats, venus de toute la France et même au-delà, au partage de ce quotidien agricole. Quand même, le mois d’août et la première quinzaine de septembre passèrent comme une flèche. Voici donc le résumé de cinq semaines de vie à la ferme de Videau. Notre rentrée littéraire à nous!

Pour commencer, une rapide présentation des derniers WWOOFeurs: Sandrine et Nicolas, volontaires chez les copains de Lou Cornal, avec en tête un projet de chèvrerie, vinrent nous rendre visite une journée. On échangea un long au-revoir avec Christelle et Vincent (stagiaire en BPREA maraîchage) avant leur départ pour Nancy. Dimanche 18 août, ce fut l’arrivée de Magdy, un réfugié soudanais hébergé jusque-là dans la Nièvre chez la copine Catherine. Magdy en avait vu des vertes et des pas mûres en deux ans de Libye, avec une traversée de la Méditerranée sur un navire peu orthodoxe, et toutes les galères que peut endurer un migrant débarqué sans rien en région parisienne. Magdy était un donc un WWOOFeur un peu particulier, sans travail et avec un petit pécule, à qui nous pouvions offrir un régime all-inclusive en échange d’une aide quotidienne.

Chantier isolation terre-paille - Ferme de Videau
Deux WWOOFeurs sur la paille

Alexandra restait jusqu’à la fin du mois d’août et emportait le titre de dordognaise la plus cool du monde. Balthazar (encore un transfuge de Lou Cornal) arriva à la fin du mois et brilla deux semaines par sa bonne humeur. Marjolaine et Aymeric se portèrent volontaires pendant deux jours pour le chantier participatif d’isolation terre-paille, ainsi que la jeune Juliette, étudiante en agro, que j’employais aussi, justement, à quelques tâches maraîchères. Olivier était un provençal quittant Paris comme moi. Il nous rejoint avant la mi-septembre, avec une belle patate (et un goût prononcé pour l’ail). Tous firent connaissance avec de nombreux aspects de notre quotidien. La plupart m’accompagnèrent au marché bio de Villeneuve-sur-Lot et de Pujols.

C’est qu’en août, les récoltes battaient toujours leur plein. Le temps s’était considérablement rafraîchi et la production de tomates avait ralenti, mais le potager des particuliers s’en portait moins bien et les ventes se maintenaient en conséquence. À la fin du mois la chaleur revint, je finis par subir de plein fouet la concurrence de ces jardins familiaux, et les invendus devinrent la norme. On était bien loin de la grande ville! Je vendis aussi, en frais, plusieurs bottes d’oignons plutôt dédiés à la conservation car on m’en demandait. Je continuais à vendre quelques kilos de pommes de terre nouvelles, au compte-goutte car je voulais garder le plus gros pour la conservation et les marchés d’automne. Je commençais à écouler des potimarrons, en particulier la variété verte Green Hokkaido, laquelle n’a rien à envier à son cousin rouge en terme de goût. Plutôt timides au début, les ventes augmentèrent en septembre et furent bien aidées par une petite dégustation, sur un coin de l’étal, d’un fruit cuit et assaisonné la veille.

Dégustation potimarron Green Hokkaido - Ferme de Videau
Dégustation de potimarron au marché de Pujols (photo O. Longueville)

La copine Sabine, de la ferme de l’Héritier à Tombebœuf, me fournit quelques belles pastèques que le beau temps de la deuxième semaine de septembre rendirent désirables à souhait. Enfin, et c’était anecdotique, les poivrons qui avaient si mal commencé leur annuelle carrière donnèrent enfin quelques beaux fruits oranges, et je récoltais mes premiers piments habanero. Nous avions promis des sauces extra-fortes à nos donateurs de la campagne de financement, mais il faudrait se résoudre à commander un bon kilo de piments à Benoît, horticulteur bio du Temple-sur-Lot, lequel en cultivait. Le même Benoît qui me fournissait régulièrement du plant de laitue, dont c’était le grand retour. Je vendis bien la batavia magenta qui résistait si bien à la chaleur et que la voisine Valérie, de feu le restaurant les Ganivelles à Villebramar trouvait «merveilleuse et racée».

Les cucurbitacées sous tunnel, en fin de cycle et mangées par le mildiou, faisaient grise mine. Celles plantés dehors en juin ne valaient pas mieux. Exceptionnellement, je pulvérisais de la bouillie bordelaise sur les concombres de plein champ et du soufre sur les courgettes elles-même victimes d’oïdium, mais je savais ces plantes en sursis. Les melons charentais ne mûrissaient plus vraiment, et sans doute trop irrigués en dépit de la baisse de température, ils n’avaient parfois aucun goût. À tel point que j’en faisais cadeau au marché de Pujols, à défaut de pouvoir en garantir la qualité. Les aubergines cessèrent soudainement de produire, et se mirent à jaunir, faute d’une fertilisation suffisante: à cet endroit, je n’avais pas épandu de fumier mais des bouchons d’un engrais organique probablement désormais entièrement consommé.

Parcelle passée au rototiller - Ferme de Videau
Une nouvelle parcelle en préparation (photo O. Longueville)

J’avais négligé la surveillance des pommes de terre et les trouvais envahies de doryphores. Le 17 août, on faisait un défanage complet en coupant la partie aérienne des plantes et on collectait tous les doryphores avant qu’ils ne s’enterrent pour l’hiver. Enfin, exit aussi les haricots verts qui souffraient de la chaleur. Et puis, entre le début et la mi-septembre, on arracha donc, dans l’ordre, melons, concombres, aubergines et basilic. Les tunnels se vidaient, mais c’était pour mieux renaître! Côté melon, je confiais à Magdy et Balthazar la tâche ingrate de retourner la terre pour en sortir les rhizomes de liseron, puis il fallut reformer les buttes dévastées et farcies de mottes dures comme de la pierre à coup d’arrosage et de passage de croc. J’avais prévu de semer aussitôt le mélange d’engrais vert donné par Damien mais décidait finalement d’implanter des épinards, des carottes, des oignons blancs et des laitues pour l’hiver. Avec Magdy, on butta les poireaux et on installa un filet anti-insecte contre la mouche du poireau.

Le 6 septembre, j’arrachais à la fourche-bêche les pommes de terre restantes et portait le tout dans la chambre froide du voisin Garonnais. Là encore, désherbage du liseron, arrosage et passage de croc pour briser les mottes. On remontait des buttes de 80cm de large, au cordeau. Le même Garonnais s’était régulièrement manifesté en rapport avec une future parcelle de plein champ que j’envisageais au sud de la maison: en juillet, c’est avec sa déchaumeuse que fut détruite la luzerne qui poussait encore à cet emplacement. Le voisin Pépito vint ensuite y déposer un épandeur entier (16 tonnes) de son fumier de vache. Garonnais fit un passage d’outil à dents pour décompacter le sous-sol, puis revint équipé d’un roto-tiller pour achever d’incorporer cette matière organique et affiner le terrain. Enfin, le 14 septembre, notre protecteur revint encore avec une butteuse, et modela 15 planches supplémentaires dans le sens de la pente. Le jardin changeait de physionomie!

Récolte pommes de terre - Ferme de Videau
Pommes de terre Allians

On fit des cueillettes: champignons sans succès, prêle des champs qu’on mit à sécher et dont les décoctions seraient pulvérisées au printemps en prévention des maladies cryptogamiques, prunes d’ente du verger aux tulipes de Villebramar, chez le voisin Yves, et aussi quelques poires. En septembre, ce fut le tour des figues. À chaque fois, Laëtitia lançait un atelier confitures. Les invendus de melons suivirent le même chemin, ainsi que les tomates roma que je ramenais du marché. Ces conserves de tomate ne seraient pas vendues faute de certification bio, mais le contrôleur passerait avant la prochaine fournée. On rachetait des bocaux. On tentait aussi la compote figue-poire. Je commençais à concevoir des étiquettes.

Et je restais un peu devant l’écran: il fallait boucler la réalisation du site internet d’un lycée parisien. Planifier les cultures d’hiver et passer commande de graines et de plants. Et régler la paperasse, pour moi comme pour Laëtitia. Même si blondinette avait cessé de démarcher davantage pour ses massages, handicapée par un dos douloureux à 3 mois de grossesse, elle avait aussi fort à faire en matière de recrutement: échanges avec les futurs WWOOFeurs et publicité autour du chantier participatif d’isolation terre-paille. Ce dernier suivait son cours, essentiellement pris en main par Alexandra, suivie par un Magdy déchaîné, et l’électricité fut finalement achevée dans la dernière ligne droite. Mi-septembre, ne restait plus qu’à isoler le mur sud. On fit deux excursions: la première à Périgueux chez un parrain qui déménageait et faisait don de meubles et d’outils. Le deuxième à Angers, pour moi tout seul, car je préférais économiser les frais de port d’une livraison de fraisiers. Le 3 septembre, jour historique: nous plantions nos premières fraises à destination commerciale, 300 plants de la variété ciflorette qui donneraient dès le printemps 2020.

Plantation fraises ciflorette - Ferme de Videau
Plantation de fraises

Et puis, on festoya un peu. Il y a avait toujours du monde à la maison, et les grandes tablées étaient devenues monnaie courante. On sortit nos hôtes au marché des producteurs de Fongrave, sur les rives du Lot, et à la guinguette des copains de la Maison Forte, lesquels nous avaient bien manqué. Les WWOOFeurs profitèrent du lac de Tombebœuf, Magdy de l’unique vélo à sa taille. Carole et Alexandre, amis parisiens, apportèrent du bon vin pour le week-end. On organisa une deuxième séance de cinéma en plein air avec Sandie, Sabine, Gildas, Damien et leurs enfants, sous la grange où, deux mois plus tôt, avait lieu un concert de rock. Et puis, comité des fêtes oblige, on embaucha Magdy à l’organisation du vide-grenier de Villebramar, et celui-ci fut un tel succès qu’il en éclipsa même la fête du village! Dernièrement, nous filâmes à un concert (de métal) à la brasserie In Taberna de Monflaquin. On pourra aisément clore cette chronique sur la constatation que dans cette nouvelle vie, quand nous arrivons à dénicher quelques rares moments de loisir, ils sont rigoureusement bien employés.

WWOOFingPétanque - Ferme de Videau

Eau et paille à tous les étages

Du 22 juillet au 11 août 2019

Pour nos lecteurs férus de technique, on signalera que l’isolation de l’étage de la ferme de Videau est constituée de panneaux de laine de bois posés en rampants (c’est à dire en suivant la pente du toit) il y a près d’un an, et que ceux-ci n’ont jamais été recouverts de parement. Les murs de cet ancien grenier reconverti en grand dortoir et qui accueillera deux chambres et une salle de bains dans un futur proche étant restés de brique apparente, l’étanchéité à l’air de l’ensemble laissait largement à désirer: la chaleur du poêle de l’hiver précédent n’avait eu aucun mal à y trouver des échappatoires. Pour ce mois d’août, il avait donc été décidé de mener à terme ce chantier isolation, et comptant sur l’aide de nos épatants WWOOFeurs nous avions prévu de doubler les murs en brique avec un mélange terre-paille allégé, lequel aurait le temps de sécher avant l’arrivée du froid. L’hiver 2019 serait donc isolé… ou ne serait pas!

Pour commencer, on chargea Marine et François d’appliquer un produit anti-insecte xylophages, car notre charpente était infestée de capricornes. C’était une belle entorse à nos convictions écologiques, mais seul un insecticide pouvait nous prévenir des dégâts commis par ces bestioles, et la finalisation des travaux allait rendre toute intervention ultérieure impossible. Ensuite, on démarra la construction d’une structure en liteaux de bois, un genre de cage de 20cm de large le long des murs, du sol au plafond, destinée à recevoir le mélange isolant terre-paille. François avait derrière lui une année de charpente, ce petit puzzle se présentait donc comme un jeu d’enfant. De mon côté, je m’attelais au passage des gaines d’électricité qui devait desservir les trois pièces. Tout cela marquait le début d’un long chantier qui allait s’étirer jusqu’en octobre.

Panier de légumes bio - Ferme de Videau
Sans laitue, on prend le melon.

Côté jardin, on plantait une série de laitues commandée à Benoît, horticulteur du Temple-sur-Lot. Après les nombreuses pertes de laitues dues à la chaleur et au manque d’arrosage, je pouvais au moins suggérer un nouveau planning à mes clients: prochaine récolte avant la fin du mois. Derrière les choux et haricots du tunnel n°3, je semais à la volée un mélange sorgho/trèfle donné par Sabine sur un sol enrichi de fumier. La saison prochaine se préparait dès maintenant avec cet engrais vert qui apporterait sa biomasse au sol à chaque fauche, jusqu’à sa destruction par le gel. François m’accompagna (c’était son tour) au marché de Pujols et il avait du mérite car la veille nous avions préparé, organisé, puis animé la fête annuelle de Villebramar qu’un orage vespéral avait manqué de ruiner, nous obligeant à déplacer en catastrophe, sous des trombes d’eau, le fameux cochon à la broche. François servit les assiettes avec une implication totale, et en prêtant notre WWOOFeur à la communauté, on en fît un nouvel habitant du village.

Le soir même, nous accueillîmes un contributeur VIP de notre campagne de financement participatif de 2018, accessoirement WWOOFeur, en la personne de Guillaume. En route vers une carrière de maraîcher, avec lui aussi une expérience en charpente chez les compagnons, Guillaume fût sans doute un peu déçu par notre emploi du temps qui incluait presque davantage de rénovation que de jardinage. En une petite semaine de présence, il eut cependant l’occasion d’exceller au marché bio de Villeneuve-sur-Lot, sans doute avantagé par son passé commercial, en tenant l’étal d’une main de maître. Quand même, il va de soi que Guillaume m’aida aux récoltes, et je lui confiais le palissage des aubergines et de poivrons.

Aubergines avant palissage - Ferme de Videau
Aubergines avant palissage.

Je l’emmenais ensuite à une visite organisée par l‘ADEAR de la propriété de Carina Rijshouwer, horticultrice, sur le thème des pratiques agricole dans le contexte du réchauffement climatique. L’occasion de nous mélanger à mes semblables, maraîchers nouvellement installés. Et notre WWOOFeur, futur agriculteur, d’aller à la pêche aux infos… avant de se remettre au bricolage des barriques données par le voisin Yves, qu’il fallait consolider, et de terminer la structure en liteaux du futur terre-paille. En récompense, on profita d’un gueuleton et du concert sur le marché des producteurs de Villeréal, où le copain Nico, de Saint-Eutrope-de-Born, désormais complètement paysan-boulanger écoulait toutes ses miches mais avait les traits tirés du gars qui se lève au milieu de la nuit pour cuire le bon pain.

Le mois de juillet, et son cortège de journées caniculaires pendant lesquelle rien, hormis une demi-somnolence devant le Tour de France (et un jet de flotte sur les laitues, au zénith), ne paraissait envisageable, s’achevait. Nous reçûmes une visite studieuse de Corinne et Franck, parisiens habitués des vacances à Villebramar, désireux de participer à la vie des champs. Je confiais des outils de désherbage au couple, et la ferme se transformait en camp de travail. Les rangs de poireaux et de laitues furent nettoyés et ressemblèrent à une table de billard. Pas rancuniers, Corinne et Franck insistèrent pour payer le beau panier de légumes que je leur avais préparé, ainsi qu’un massage réparateur de Laëtitia.

Le premier week-end d’août arriva et annonça un nouveau chassé-croisé des vacances avec le départ de Guillaume vers un autre WWOOFing dans les Pyrénées d’un côté, l’arrivée de la Fred, du Cé et de leurs enfants de l’autre, puis de la copine Oana qui venait clore son année sabbatique sous forme de tour du monde, commencée un an plus tôt exactement, à la ferme de Videau. Débarquèrent aussi Maude et Rachel, venues de Nantes, et de notre nouvelle WWOOFeuse du mois: Alexandra, de Périgueux. D’entrée, on répartit les tâches: taille et repiquage de stolons de fraisiers pour les unes, taille des feuilles de tomates sous abri pour les autres. La structure bois terminée et l’électricité bien avancée, on pouvait maintenant attaquer le chantier terre-paille à l’étage, et tout le monde fut engagé. C’était parti pour un bon bout de temps.

Chantier terre-paille - Ferme de Videau
Ça paille à l’étage.

Vincent arriva en fin de semaine, le 8 août. Étudiant en BPREA maraîchage bio, une formation pour adultes, il devait accomplir ici son «stage découverte» de deux semaines, suite à un premier stage de deux mois chez un maraîcher de Nancy. Pour le changer des légumes, on l’envoya à l’étage pour compléter l’équipe terre-paille. Mais je mettais également sa masse musculaire à contribution en le réquisitionnant pour l’épandage d’une dizaine de brouettes de fumier sur deux anciennes planches de salades. On passa la grelinette, on attendit la pluie. Recouverte de foin et d’une bâche occultante, la vie du sol allait pouvoir s’en donner à cœur joie pendant plus de 6 mois, et j’espérais profiter d’une belle terre de jardin à cet emplacement au printemps prochain. Le rythme des massages avait ralenti pour Laëtitia. Moins de demande, et pas de démarchage: blondinette avait maintenant dépassé les deux mois de grossesse et voulait ménager son énergie pour les chantiers de la ferme.

Samedi soir, elle m’accompagna pourtant au golf de Tombebœuf, car nous filions un coup de main à Sam et Michael, les propriétaires, en jouant les extras à l’occasion d’un concert de clôture d’une compétition. Je rôtissais plusieurs dizaines de brochettes de bœuf pendant que Laëtitia faisait la navette en cuisine. D’une certaine façon, ça nous sortait de la routine et nos hôtes, stagiaires et WWOOFeurs, profitèrent d’un break sous les lampions. Le lendemain, il fallut pourtant se lever tôt pour le marché de Pujols, et en être bien mal récompensé par la météo: saucés au déchargement, essuyant des rafales de vent froid, Alexandra et moi-même grelottâmes dans nos chaussures mouillées jusqu’à 13h. Je constatais à quel point nous étions jusque-là passés entre les gouttes. J’avais pris l’habitude d’aller au marché comme à la plage, ou presque. L’automne à venir promettait moins de bains de foule, mais beaucoup plus de bains de pieds! Là encore, faudrait voir à mieux isoler.

La vie de famille

Du 8 au 21 juillet 2019

Lundi, c’était le jour d’après. Le début d’une nouvelle ère. Nous reprenions une vie normale après une semaine d’intense préparation et trois jours de chahut à la ferme. Une belle fête d’anniversaire pour laquelle nous avions mobilisé pas mal d’énergie, avec le concours de nos deux WWOOFeurs, Marine et François. En récompense, ces deux-là s’envolèrent quelques jours, l’un vers l’océan pour y faire la planche, l’autre vers le lac de Tombebœuf pour une paisible retraite. La maisonnée retrouva son calme habituel, mais c’était désormais assez inhabituel, et nous nous sentîmes, blondinette et moi-même, presque esseulés. N’empêche, la routine reprît son cours, avec un peu moins d’efficacité. Nous étions maintenant amputés des deux membres, et aussi un peu fatigués de nos exploits. Il fallait continuer à prévoir l’avenir: je préparais une commande de plants de fraisiers, et me mettais en quête de compost à épandre sur les futures planches de culture.

À part ça, la semaine s’écoula à un rythme décontracté, entre nettoyage du site et rangement du matériel: chaises, tables, sono, fûts de bières, gobelets, barnum et congélateur furent restitués à leurs propriétaires. J’accomplissais la corvée quotidienne de récolte et d’arrosage, et me rendais au marché. Pour la première fois de ma vie, je foulais le pavé médiéval de la bonne cité de Pujols, et y déchargeais ma marchandise. Je battais d’entrée mon record de vente, sans doute avantagé par une belle récolte de haricots verts, mais aussi par le fait que j’étais le premier et unique maraîcher bio de l’endroit! Une opportunité que je ne regrettais pas d’avoir saisie, après que Cathy de la ferme de Nicoy et Seb de la ferme de Lou Cornal, eux-même habitués de Pujols, me l’eurent soufflée à l’oreille. Je gardais bien sûr dans le cœur une place pour mes fidèles de la vente au golf de Tombebœuf, que j’avais sacrifiée pour Pujols à cause du trop grand nombre d’invendus, en espérant qu’ils se rabattent sur les paniers à la ferme.

Légumes bio au marché de Pujols - Ferme de Videau
Un étal assorti au t-shirt

La semaine suivante, retour de Marine et François. La première, pas au mieux de sa forme, prit rendez-vous chez le toubib après avoir largement contribué à pailler les pommes de terre. Verdict: une otite et du repos forcé, retour à la villégiature. La confrérie se disloquait à nouveau, il y eut un peu moins d’ambiance à l’heure du repas. Avec François, nous binâmes les oignons, nous détruisîmes une planche de carottes dont j’avais raté le semis faute d’un système d’irrigation efficace, et nous palissâmes les concombres de plein champ sur grille (pour éviter que la plante et les futurs fruits ne s’abîment au contact du sol). Le savoyard m’accompagna aussi au marché de Villeneuve-sur-Lot, et planta une demi-planche de basilic vert et rouge. Le métier rentrait à toute vitesse, pour lui comme pour moi. Le jeudi, Marine était guérie et nous avions davantage de compagnie en la personne de Marie, descendue pour les vacances de la banlieue parisienne avec sa fille Nina. Ensemble, elle se mirent rapidement aux fourneaux et, la panse bien garnie (d’un fameux caviar d’aubergine et d’un moelleux au chocolat noir, notamment), on décida de les y laisser.

Jeudi, notre voisin Garonnais vint préparer, à l’emplacement des fraisiers, quelques planches de culture avec une butteuse attelée derrière son tracteur. Je chargeais ensuite Marie et François d’y épandre du fumier, dont il restait quelques monticules ci et là. J’étais devenu un véritable contremaître, lançant les ordres sous le soleil avant de retourner à l’ombre de mon bureau. C’est que j’avais le site web d’un lycée parisien à livrer, et que démarrait le chantier d’électricité et d’isolation paille des murs de l’étage. On planifia l’achat de câbles, de boîtiers électriques, de tasseaux et autres chevilles à frapper… Après avoir visité le jardin dans tous ses recoins, nos deux WWOOFeurs passèrent aux combles, où les attendaient le nettoyage de la charpente, passablement mitée par les capricornes et les vrillettes, et qu’il fallait traiter avec un insecticide. On leur permit cependant de revoir le soleil à l’occasion de l’annuelle foire bio de Villeneuve-sur-Lot, organisée par Agrobio47, où chacun reçut un massage de Laëtitia qui y représentait l’espace bien-être avec sa chaise de massage Amma assis.

Marché nocturne Laparade - Ferme de Videau
Sortie en famille

Le lendemain, Laëtitia se rendait à la fête de Moulinet, et connaissait un succès mitigé avec ses massages de réflexologie plantaire. C’était mon deuxième marché de Pujols, où je vendais moultes tomates anciennes, quelques melons, de l’ail et des pommes de terre nouvelles, entre autres. Je gagnais haut la main une sieste devant l’ascension du Tourmalet, car la veille j’avais réussi à arrondir les fins de mois en jouant jusqu’à tard les assistants barbecue à une soirée musicale du golf de Tombebœuf. Après presque 120 côtes de porc, j’y passais un peu de bon temps avec les copains du groupe Märs et nos WWOOFeurs attablés. Avec le marché nocturne de Laparade, c’était la deuxième fois que nous sortions, pour ainsi dire, en famille, car cette vie commune à la ferme nous réussissait visiblement si bien, même pendant les heures de travail — travail que chacun, au fond, était venu trouver ici pour son besoin personnel — que nous n’hésitions pas à prolonger cette complicité dans les fêtes de village… dont ce pays regorge littéralement. Et dont on vous a souvent parlé ici. Une raison de plus pour venir… rejoindre la famille!

40 bougies, et autres statistiques

Du 17 juin au 7 juillet

Aucun doute, le tube de l’été se danse sur un rythme endiablé. Déjà trois semaines depuis notre dernière publication, les journées filant à la vitesse d’une courte sieste à l’ombre, à tel point qu’on se demande si on n’a pas rêvé. Et pourtant, notre carnet de bord atteste d’une activité intense, véritablement frénétique: des récoltes parfois pléthoriques et éreintantes pour le couche-tard imprudent, de colossaux stocks de concombres pour lesquels il a fallu trouver preneur, des plantations, des semis et des arrosages, des salons bien-être, et l’arrivée de deux WWOOFeurs et de nombreux autres visiteurs. En toile de fond: la préparation d’une fête d’anniversaire à la ferme, occasion d’un grand nettoyage. Tant de choses à raconter ici, que je me contenterai de résumer avec des nombres, sous forme de statistiques. Quelques chiffres ne valent-ils pas un long discours?

Semis et plantations

Plantation poireau d'hiver - Ferme de Videau
1500 poireaux sous la douche
1500

Poireaux

45

Concombres

50

Courgettes

30

Tomates

Impeccablement épaulé par Laëtitia et nos deux WWOOFeurs Marine et François, venus renifler l’air de la ferme, nous avons lancé quelques cultures d’arrière saison et laborieusement planté à la main les poireaux d’hiver. Les tomates (non-bio) de la voisine Huguette ne seront pas commercialisées mais fourniront des semences pour l’année prochaine. Celles-là ont bien démarré. Mais pas les salades, souffrant de la chaleur et ayant tendance à monter à graine, que je cessais de vendre pour un petit moment. En cause, une irrigation mal proportionnée. Je ratais un semis de carottes pour la même raison. Mais on allait pas s’envoyer le moral dans les chaussettes pour quelques bottes.

Récoltes

Ail Therador - Ferme de Videau
L’ail de Videau, c’est le plus beau
255

Concombres (kg)

70

Ail (kg)

68

Haricots vert (kg)

45

Choux pointus

Certes, la reprise de certaines plantation (melons, poivrons) a été difficile. Erreur bien avouable: c’est le métier qui rentre! En revanche, j’étais submergé de concombres. Je réussissais bien à refourguer quelques colis en magasin bio, à l’épicerie du coin, chez un grossiste… Mais faute de pouvoir stocker en chambre froide, je jetais encore beaucoup. J’abandonnais mes clients du samedi à Tombebœuf, à qui je proposais désormais des paniers à la ferme, pour me rendre au marché plus touristique de Pujols. Sans trop de remords, puisque j’y battais mon record de recette dès le premier jour, donnant enfin un débouché convenable au boum de production de l’été. Enfin, on stockait à l’ombre, pour séchage, un ail magnifique bien que mangé par la rouille.

La fête

Fête 40 ans - Ferme de Videau
Rock à la casbah
75

Participants

130

Litres de bière

20

Kilos de frites

4500

Herbe tondue (m2)

5

Piqûres de tiques

40

Bougies pour Pierre

Nous cherchions un moyen de réunir à la ferme à la fois les vieux et les nouveaux copains, les frères et les cousins, venus de loin ou d’à côté, le temps d’une soirée privée. De nombreuses bonnes volontés facilitèrent la tenue de l’événement pourtant programmé en pleine saison agricole. Trois formations de gros rock relevèrent in extremis le pari de descendre depuis Paris pour faire vibrer nos vieilles pierres. On installa une douche d’été, on se fit prêter d’autres toilettes sèches pour le camping, on évacua gravats et autres tas de bois. «Rien de tel qu’une fête pour faire un grand ménage». Sous les lampions d’une cour propre et nivelée, on but, on mangea, on s’agglutina, on se rencontra. Pendant trois jours magiques, notre vie fût toute chamboulée. Si vous n’y étiez pas, on le refera. Quant au poids des années… bah, seulement quelques chiffres!

Superproduction

Du 3 au 16 juin 2019

Après les fèves, la semaine débuta par un super épisode de surproduction: j’avais eu la main leste en semant le basilic, et sans doute surestimé le pouvoir de séduction de ces pourtant si mignons et odorants petits buissons verts dans leur pot, prêts à planter, que je n’arrivais pas à écouler. Je décidais de broyer le tout, en y ajoutant la tome de vache bio de la ferme des Angiroux à Monbahus, pour un pesto maison qui aurait plus de succès. Mais, faute de temps et parce que mon contrat de certification Ecocert ne portait pas encore sur les produits transformés, je renonçais. Les essais de recettes allèrent dans un plat de pâtes, le reste des plants finiraient tôt ou tard au congélateur. D’un autre côté, une saison favorable faisant crouler le pays sous les cerises, je n’arrivais pas davantage à vendre les délicates barquettes de bigarreaux que nous préparions les veilles de marché, au prix de quelques acrobaties et d’un laborieux tri des fruits abîmés. Il aurait fallu expédier à Bordeaux, mais nous n’avions qu’un arbre et une devise «petit et local» contraire à cette idée. Les vers et les oiseaux se régalèrent donc bien plus que nous.

Plants de basilic - Ferme de Videau
Plants de basilic : superproduction… ou surproduction?

Après les cerises, à nouveau les fèves, dont on soldait le compte de la culture avec une dernière grosse récolte avant arrachage de 145kg. Mardi, j’en avais opportunément livré 4kg à l’excellent restaurant La Tête d’Ail de Cancon, et je me réjouissais de cette pourtant maigre collaboration, mais qui en annonçait peut-être d’autres. Je creusais quelques pistes pour écouler le stock restant mais les magasins bio rechignaient faute de demande et les grossistes que je contactais trop tard n’en voulaient plus le lendemain. On congèlerait donc aussi, pour notre consommation personnelle, ce qui ne partirait pas dans la semaine. Car au marché bio de Villeneuve-sur-Lot, comme au golf de Tombebœuf, j’avais tout de même quelques amateurs inconditionnels de cette légumineuse. En attendant, j’avais d’autres chats à fouetter: plantation d’une énième série de melons, couverts d’un filet contre les oiseaux qui les protégea enfin efficacement d’un péril mortel, nouvelle plantation de courges (bleues de Hongrie), de poivrons et d’une partie du basilic que je vendrais dorénavant en botte.

Laëtitia consacra une bonne partie de son temps à la paperasse, au démarchage de son activité, au recrutement de nos futurs WWOOFeurs pour l’été et à l’organisation d’une petite fête en juillet. En prévision de cet événement, on réquisitionnait les anciennes barriques à vin du voisin Yves, des bordelaises de 225 litres chacune. Il fallut d’abord arroser généreusement le bois des barriques pour qu’il se dilate et face pression sur le cerclage. On humidifierait trois fois par semaine, jusqu’au jour J, et grâce au prêt d’un Kärcher équipé de kit sablage, on allait tenter de redonner une seconde jeunesse à ces tonneaux qui serviraient de mange-debout et de piliers de bar. Notre amie Claudette, de Feugarolles, résolvait le problème des couverts en nous confiant des piles de vaisselle. En outre, Laëtitia prodigua 6 massages dans la semaine, dont un sur réservation de dernière minute, pour remplacer au pied levé dans un gîte de Seyches une pro pas si pro, puisqu’elle avait planté son rendez-vous. Cette urgence se transformait en opportunité et la blondinette masseuse de Videau de tisser un nouveau fil sur son réseau.

Cerises - Ferme de Videau
C’est toujours ça que les oiseaux n’auront pas.

Inauguré par la fête à Coulx, le cycle des réjouissances qui annonçait l’été en prolongeant les soirées continua avec le tournoi de tennis de Tombebœuf, prétexte aux non-initiés de ce sport pour un soirée buvette-repas quotidienne pendant la semaine que dure l’événement. On y passa le mercredi soir. Et puis, quel pot! L’ami Sandie, passée me rendre visite au marché bio de Villeneuve-sur-Lot, proposa un ciné-club de plein air avec les copains où l’on fit un barbecue, où l’on devisa bière artisanale, agriculture et foot féminin, et qui fut parfaitement réussi si le film que j’eus l’honneur de choisir, un Woody Allen un peu longuet, n’avait endormi l’auditoire. Peu importe, l’occasion était trop belle de nous mêler à nos semblables (et de faire filer les cerises dans un gâteau), d’autant que malgré l’intervention du technicien de chez Orange pour le remplacement du vieux fil de téléphone par un plus moderne et le camouflage de celui-ci au jardin dans une gaine enterrée, nous étions à nouveau privés d’Internet!

Le temps de butter (pour la deuxième fois) les patates, tailler les tomates, semer courgettes et concombres d’extérieur, et rempoter quelques plantes d’ornement, et lundi on remettait ça pour les 10 ans de la ferme de Lou Cornal où, d’une part, Laëtitia proposait ses massages Amma assis et où, compte tenu de la sympathie que nous avons pour les membres de cette équipe, il était impossible que je ne me rende pas malgré une bonne heure de route de distance. Mais quelle récompense! Poulet bio abattu et rôti sur place, frites maison et ambiance champêtre sous la guinguette. Je repartais sans Laëtitia, car elle avait été embauchée pour masser les organisateurs les jours suivants. À son retour, Internet était à nouveau opérationnel, puis Sabine et Gildas nous soufflèrent de suivre un match des bleues contre la Norvège, autour de pizzas, ce que nous fîmes à la maison. Des faux airs de relâchement, alors que le rythme des récoltes et des horaires de vente n’était pas tout à fait rôdé, que les massages allaient bon train, que j’avais deux créations de site web en attente et que l’organisation de notre propre petite fête épiçait le planning.

Laëtitia massage Amma assis - Ferme de Videau
Les massages vont bon train

Enfin fini d’arracher les fèves, je taillais à nouveau tomates, concombres et aubergines, je pulvérisais pour la 3ème fois une décoction de prêle des champs contre les maladies cryptogamique (le mildiou, notamment) car le temps était changeant, parfois trop frais et trop pluvieux pour un mois de juin, surtout du point de vue des tomates de plein champ. Je préparais des poteaux à partir de branches d’acacias, lesquels iraient dans la construction d’une douche d’été, ainsi que du matériel d’irrigation pour la relier à nos cuves d’eau. Laëtitia revint d’un rendez-vous avec une «concierge d’entreprise» qui s’engageait à démarcher pour elle, puis filait pour le week-end à un salon de bien-être à Pujols, qu’au premier coup d’œil elle identifia comme un traquenard pour lequel aucune publicité n’avait été faite. Je lui conseillais de prendre un bouquin. De mon côté, je fêtais mon premier panier de légumes à retirer à la ferme, composé des tout premiers concombres, de courgettes, salades, blettes, fèves et un chou pointu. D’autres locaux semblaient motivés. Je collectais des adresses emails, je pensais marketing, ajustement de l’offre. Agriculture digitale. Je passais de la surproduction… à la superproduction.

Déconnectés

Du 20 mai au 2 juin 2019

La semaine démarrait sagement par diverses activités d’intérieur: déclaration commune d’impôts, fabrication de lessive. Laëtitia digérait un dimanche passé au salon du bien-être de Miramont-de-Guyenne à guetter des visiteurs qui ne vinrent jamais. Le lancement de son activité de masseuse méritait de nombreuses heures de présence à des événements professionnels, à condition que ces événements soient organisés de façon sérieuse. Puis le bureau fut submergé de cartes postales éditées par nos soins, que Laëtitia adressait aux donateurs de notre campagne de financement participatif avec un mot de remerciement. C’était une matinée un peu déconnectée et j’étais heureux de retourner à mes semis: laitues et courges, ces dernières envoyées par mon semencier habituel pour compenser les mauvais résultats du semis précédent. Puis je plantais des fleurs au milieu des tomates, des concombres et des melons, je mettais en place un grillage de clôture qui servirait de tuteur aux haricots de Soissons.

Récolte de fèves d'Aguadulce - Ferme de Videau
Des fèves, encore des fèves

Mercredi, c’était mon deuxième jour de marché à Villeneuve-sur-Lot. J’enrichissais l’étal d’une quinzaine de bottes de radis en plus d’un gros stock de fèves d’Aguadulce. Un début timide, mais qui me permettait d’organiser la logistique en douceur. Au passage, je livrais un colis de fèves (j’en produisais des montagnes) à un magasin bio, pendant que Laëtitia faisait imprimer quelques flyers annonçant la vente de légumes du samedi au golf de Tombebœuf. L’après-midi, on attaquait le grand ménage sous le porche de la grange, encombré d’une pile d’éléments de charpente, de gravats et autres déchets divers, en vue du passage d’un tuyau, du creusement d’un drain… et l’organisation de festivités. En bref, on faisait place nette pour une buvette. Les jours suivants, nous tirions le tuyau d’adduction vers le futur gîte depuis le compteur d’eau. Du coup je déplaçais le robinet qui se trouvait là, départ du tuyau d’arrosage vers le jardin, devant la maison, 50m plus bas. Je rebouchais la tranchée. J’installais des prises électriques sous le porche et rétablissais la lumière. La buvette devenait coquette.

Laëtitia passait la débroussailleuse, dont elle devenait experte, puis revenait à ses massages. Il lui fallait aussi préparer une session d’étirement à destination des golfeurs. Le samedi, alors que je tenais mon étal devant le golf de Tombebœuf, où je retrouvais mes fidèles clients et faisais connaissance avec quelques nouveaux qui me prenaient toutes mes bottes de radis, eut lieu une petite Ryder’s Cup, compétition opposant les joueurs membres européens aux autres membres de nationalité anglaise. Laëtitia donna sa petite leçon d’étirements, avant de filer dépanner nos voisines pour un baby-sitting en urgence. J’annulais la sieste pour la taille des concombres qui commençaient à devenir de belles plantes, pour un nouveau semis de radis et de quelques belles de nuit car celles que j’avais semés en direct avaient été gobées par les limaces. Autres indésirables, des pucerons sur les courgettes et sur le houblon. Je notais de recourir à une recette qui a fait ses preuves: savon noir et alcool à brûler. Enfin, je mettais en service un canon anti-oiseaux apporté par le voisin Garonnais, ultime élément de l’arsenal dressé contre la sauvagine du tunnel n°4, dont les melons étaient toujours régulièrement la cible.

Débroussaillage - Ferme de Videau
Experte en débroussaillage

Dimanche, on votait aux européennes, et Laëtitia scrutait la chose en sa qualité d’assesseur, dans la petite mairie de Villebramar où tout le monde se connaît. Puis on retenait pour le café Christelle et Patrice et leurs enfants, venus voir la vigne du papy Yves, notre voisin, dont ils avaient désormais la responsabilité. Le vin blanc liquoreux de Videau restait donc une histoire de famille. Et la famille, c’est de la main d’œuvre! La notre devenait un peu moins hypothétique avec la création par Laëtitia d’un profil sur le site de WWOOF France. Au départ, l’idée de recruter de la main d’œuvre gratuite au-delà des copains et de la famille me mettait mal à l’aise, mais les demandes spontanées que nous avions reçues de travailleurs volontaires désireux de troquer gîte et couvert contre une vie déconnectée de saisonnier avaient éloigné mes scrupules. Notre projet attirait, nous en profiterions donc un peu. Mais en attendant, on écossait des fèves en petit comité, car la production était supérieure à nos capacités de vente et il fallait congeler de quoi nourrir nos futurs invités.

Lundi, je participais à la deuxième journée d’une formation consacrée à la biodiversité, et animée par une agricultrice-enseignante au savoir encyclopédique: Mme Sarthou. On en remit une couche sur l’importance de faire une place aux fleurs dans nos parcelles, lesquelles attiraient aussi bien les insectes pollinisateurs que les parasitoïdes, prédateurs des pucerons. On visita deux fermes, avec un arrêt prolongé le long d’une haie champêtre, relevant quelques pièges à insectes, détaillant les essences et commentant l’intérêt écologique et climatique de l’ensemble. J’avais hâte que la commission d’attribution des subventions se prononce en faveur de mon propre projet de plantation! À cette même heure, Laëtitia complétait les revenus de son activité par de la garde d’enfants, lesquels lui laissaient peu de marge de manœuvre pour profiter d’un wifi providentiel. Providentiel? Internet avait complètement cessé de fonctionner à la maison et nous étions déconnectés depuis 5 jours. Nous attendîmes l’intervention d’un technicien sans manifester de signes d’addiction, en bons néo-ruraux ayant retrouvé le goût de la simplicité, mais avec un soupçon d’impatience quand même.

Chou pointu - Ferme de Videau
Le chou, c’est pointu

À part ça, on vivait une presque routine au jardin, rythmée par les récoltes et l’arrosage. Une routine un peu dérangée par l’arrivé de plants de poivrons et de piments, la perspective d’organiser une matinée de plantation groupée avec la dernière série de melons, ainsi que par la nécessité d’installer un arrosage goutte-à-goutte dans l’ail car le temps était à la chaleur estivale et que les bulbes déjà gros ne devaient pas manquer d’eau. Je passais la débroussailleuse, je binais l’ail et les oignons. Au marché bio de Villeneuve-sur-Lot (mon 3ème), j’emmenais des plants de basilic. L’étal prenait de l’importance. Mais le samedi, je dépliais carrément, pour la première fois, la grande table en aluminium afin de présenter les cerises bigarreau récoltées devant la maison par Laëtitia, les plateaux de merises et des bouquets d’arums livrés gracieusement par notre plus fervente supportrice Bernadette, des plants de basilic et des œillets d’Inde, des choux pointus, des radis, des laitues et encore des fèves… Hélas, la recette ne fit pas honneur à l’esthétique de l’ensemble, faute de fréquentation en ce long week-end de l’ascension.

Samedi toujours, le compteur des massages affichait 5 prestations pour la semaine, dont quatre nouveaux clients. De mon côté je bricolais un couvercle à des bidons de 200L, qu’on peindrait en noir et qui deviendraient de rustiques chauffe-eau solaires pour une douche d’extérieur qu’il nous fallait encore construire. Puis on reçut pour dîner un oncle et une tante sur le chemin de Pau: on mangea des fèves, bien sûr, et un clafoutis aux merises. Le lendemain, avant leur départ, ils nous félicitèrent pour notre courage, sans doute émus par l’aspect soufflé de la cour, car un entrepreneur venait de refermer des tranchées contenant l’évacuation des eaux de toiture de la grange, ainsi qu’un drain pour protéger son porche du ruissellement. Ce nouveau chantier achevé était un nouvel encouragement s’ajoutant à ceux de nos hôtes. Le temps était au beau fixe, les récoltes augmentaient, nous arrivions à maîtriser à peu près le planning, à défaut de maîtriser la caisse-enregistreuse. Quant à Internet, c’était enfin rétabli. Et ce blog de repartir de plus belle, dans la joie et la bonne humeur.

La fève du samedi soir

Du 29 avril au 19 mai 2019

Depuis le dernier épisode, le calendrier s’est emballé. À cause du rythme de travail au jardin, votre serviteur n’a pu suivre la cadence imposée par ce blog. Cependant, nous avons consciencieusement tenu notre carnet de bord quotidien et rien de ce qui s’est produit ces trois dernières semaines ne vous sera épargné, dussé-je pratiquer le style télégraphique.

À minuit, les nuisibles

En filigrane de ce nouveau chapitre de la vie à la ferme, il faut se figurer la régularité des attaques menées contre les occupants du tunnel n°4, celui des concombres et melons, dévorés les uns après les autres. Renseignements pris auprès de nos voisins et sur Internet, nous avons tenté diverses parades: les piments séchés déplairaient aux mulots, la cendre repousserait les limaces, le tourteau de ricin éloignerait la larve du taupin, une boîte de conserve enterrée piégerait les courtilières… Phosphate de fer, appâts et tapettes à souris complétèrent l’arsenal. J’effectuais même une ronde à la lueur de la lampe torche sur les coups de minuit. Mais à défaut d’identifier un seul de ces nuisibles, je les rencontrais tous! Car chaque espèce mordit à l’hameçon, tôt ou tard. Les attaques diminuèrent, puis reprirent avec la plantation d’une nouvelle série de melons à l’emplacement de la défunte série précédente. On renouvelait et multipliait les pièges et, se demandant quelle divinité nous avions pu à ce point froisser, on croisait les doigts.

Dalle béton - Ferme de Videau
Ça change un peu du jardin

Pause travaux

Côté bébêtes, encore, on recevait la visite d’un expert en insecte xylophages. L’isolation en laine de bois à l’étage allait recevoir un parement en plaque de plâtre mais d’inquiétants bruits de mastication ayant rendu notre sommeil léger, nous avions besoin d’être éclairés sur la nécessité de traiter la charpente contre cet autre type de sauvagine avant les travaux qui rendraient l’opération impossible. Diagnostic: pas de danger véritable pour la «résistance mécanique» du bois, mais une infestation de vrillettes et capricornes bien réelle, à laquelle on nous conseilla de remédier en badigeonnant la partie visible des poutres, pannes et autres chevrons. L’isolation pouvait donc rester en place, ouf! Le même jour, on reformait avec blondinette notre équipe de choc dédiée aux travaux de maçonnerie, en guise de pause dans ceux du jardin. Dans la matinée, on coulait une modeste mais épaisse dalle béton, sur laquelle reposeraient 4 cuves de récupération d’eau de pluie.

Larrons en foire

La semaine précédente, une acheteuse de mes bottes de radis devant le golf de Tombebœuf m’avait appris que se tiendrait une foire aux plantes et un vide-grenier dans la même commune, et me conseillait de m’y greffer. Il fallût confectionner une enseigne de fortune, améliorer mon étal, et surtout me procurer quelques légumes supplémentaires car mes propres récoltes tardaient encore! Comme de coutume, le voisin Garonnais me sauva en me permettant de disposer de ses magnifiques carottes, et je retournais chez Sandie et Damien pour quelques poireaux et oignons. Nous nous trouvions donc fort occupés, à préparer cet événement pour le week-end en plus d’un autre événement annoncé: la venue de mes cousins et leurs compagnes respectives depuis leur lointaine contrée, lesquels animèrent ces deux jours passés ensemble, dispensant la bonne chère, bien sûr, et me rendant visite le dimanche à mon étal de Tombebœuf, où je distribuais peu de flyers annonçant ma présence au golf tous les samedis, mais où je vendais tout mon stock.

Motoculteur Goldoni - Ferme de Videau
Un nouvel outil pour la plantation des patates

Du purin pour rien

Les cousins repartis, le week-end fini, on confiait le fourgon et son pneu crevé au garage du coin. Ce bahut constituait évidemment le nerf de la guerre et devait rester opérationnel en toute circonstance. Cantonné au jardin, j’en profitais pour suivre le planning: plantation de pommes de terre, tant espérée mais contrariée par la pluie. Les plants de patate avaient donc eu tout loisir de germer à la maison. Plantation d’oignons de conservation, plus quelques oignons de Trébons qu’un couple de maraîchers de Fongrave m’avait procuré mais dont les graines avaient extrêmement mal levé. Début de la taille et du palissage des tomates, et des haricots à rames sur des tuteurs en bambou. L’amie Sandie me confiait gracieusement un bidon de son impeccable purin d’ortie que je pulvérisais peu après, dilué à 10%, sur la plupart des cultures en engrais foliaire.

Aboule la friche

On arrosait, on débroussaillait. Je décidais de la destruction du mélange vesce-avoine semé à l’automne 2018 et dont l’impressionnant volume cachait presque le puits devant la maison. Laëtitia se chargea de piétiner à l’aide d’une planche toute cette biomasse. Je pariais sur un quadruple bénéfice: fixation dans le sol de l’azote de l’air grâce à la vesce; étouffement des autres espèces (ortie, potentille et autres «mauvaises herbes»); travail du sol grâce aux racines nombreuses de l’avoine; paillage du sol après destruction. Manière de ne pas laisser en friche cet emplacement qui deviendrait un jour jardin d’aromatiques. Il y eu d’autres plantations à l’extérieur avec Laëtitia, car si la météo n’était pas toujours épatante l’hiver était définitivement un lointain souvenir: courges sur bâche tissée et tomates (plus quelques godétias roses, tagètes, cosmos et phacélie) avec un paillage inespéré offert par le fauchage au gyrobroyeur du voisin Yves dans notre pré de luzerne envahi d’indésirables.

Destruction d'engrais vert - Ferme de Videau
L’engrais vert piétiné sans merci

Néons ruraux

On traversait un pic d’activité au jardin, et ce besoin en main d’œuvre pesait sur les projets de Laëtitia. En dehors de quelques massages et des tâches quotidiennes, elle avait un mal fou à se ménager du temps pour accomplir ses démarches de relance auprès des entreprises, gîtes et événements bien-être… Pour moi aussi, difficile aussi de troquer les habits de jardinier contre une tenue de ville. Je m’échappais quand même pour Port-Sainte-Marie où j’investissais dans du matériel de marché et de récolte digne de ce nom: tables en aluminium, sachets, étiquettes, paniers et brouette de récolte. Je réalisais un petit boulot de graphisme. Le week-end du 11 mai, nous nous rendîmes à Poitiers pour les 60 ans de belle-maman, l’occasion de nous extraire de ce remuant quotidien pour un chaleureux sommet familial d’une vaisselle d’exception, d’un gâteau inoubliable et d’un soleil opportun, au moins pour le café. La journée s’acheva par une sortie au bowling, grand moment d’exotisme sous les néons pour les ruraux que nous sommes devenus.

Pneus bio

Et puis, ça redémarrait sur les chapeaux de roue. Celles du fourgon, dont le pneu crevé mais réparé se révéla être toujours aussi crevé, renvoyant l’engin au garage car se profilait un double événement d’importance: la première récolte de fèves, en vue du premier jour de marché à Villeneuve-sur-Lot! De l’épais buisson de légumineuses, je tirais environ 35kg de gousses, seule production du moment que j’exhibais cependant fièrement sous la halle du marché bio de notre sous-préfecture, et dont je vendais près des trois-quarts. Au retour, j’étais contraint de mettre la roue de secours, car le pneu crevé, réparé deux fois, était à nouveau plat. On allait devoir investir dans la gomme, ce qui n’arrangeait pas notre budget. Laëtitia s’en fut à Toulouse pour la troisième partie de sa formation énergétique pendant qu’un entrepreneur taillait à coup de pelleteuse un nouveau chemin dans le jardin, et dans notre budget qui s’arrangeait encore moins. Je semais des haricots, j’en binais d’autres, je réparais le réseau de goutte-à-goutte, et palissais le houblon et les concombres.

La fève au village

Le samedi suivant sur le parking du golf de Tombebœuf, faute de salades qui étaient encore trop petites mais avec en plus quelques bottes de radis tous frais, je m’enflammais en retentant le coup des fèves. Avec beaucoup moins de succès. La rencontre avec les locaux s’avérait plus difficile qu’avec les Villeneuvois, en tous cas sur le bord de la route. Car le soir venu à la fête de Coulx, première de l’année dans une longue liste d’animations de village, notre intégration ne faisait plus aucun doute, tant nous croisâmes des visages connus et fîmes table commune avec de nombreux amis. C’était un bienvenu chahut de circonstance, une bonne fièvre du samedi soir, qui me fait donc, encore une fois, boucler cette chronique et ses déboires par un moment de bonheur et de convivialité. Le Sud-Ouest, ça vous dit quelque chose?