Blog

Question de vie ou de mort

Semaine du 11 au 17 février 2019

Le hasard de la vie a voulu qu’en nous installant dans le Lot-et-Garonne, nous rejoignîmes la patrie d’une très bonne copine de Paris, et devînmes voisins avec ses grands-parents. Cette semaine commença par une triste nouvelle, celle du décès de ce grand-père, auquel nous rendions de temps à temps visite, et qui nous avait autorisé à faire usage d’une parcelle boisée pour nos besoins de chauffage. Ancien arboriculteur mordu d’aéronautique, il avait construit un avion de ses propres mains. Il s’enthousiasmait pour tous les sujets, et racontait volontiers l’agriculture d’autrefois, j’adorais. J’en garderais le souvenir d’un fort personnage, une figure du Sud-Ouest: une regard d’aigle, toujours partant pour la blague ; une tête d’ingénieur sur de grandes paluches de terrien ; droit dans ses bottes ; investi d’un sérieux visionnaire, mais malicieux comme ceux qui ont connu un temps où les maisons étaient toujours pleines de monde et où on savait faire la fête.

Oui, la vie est une drôle de chose: un jour plus tard, je semais des graines. C’était une nouvelle vie, éphémère, certes: du basilic, d’abord, dans un mélange de terre, de sable et de colombine, vieille fiente récupérée dans le pigeonnier d’un voisin, et supposée très concentrée en azote. Je faisais un test en prévision d’une production régulière au printemps de plants d’aromatiques en pot. Plus tard, je semais des oignons de Trébons, de Lescure et Aginel, trois variétés dénichées chez Françoise et Henri Barbot. Ce couple de maraîchers que j’allais bientôt retrouver sur le marché de Villeneuve-sur-Lot me convainquirent de lancer moi-même mes semis d’oignon, lequel, plutôt rustique, n’aurait pas à souffrir de l’absence d’une serre, et reviendrait trop cher à faire élever ailleurs. Le poireau, en revanche, restait une culture rentable si on en achetait le plant. Je passais donc commande (au lycée agricole Fazanis de Tonneins) et m’ôtait quelques soucis.

Le roue de la vie continuait à tourner: ces poireaux en gestation succéderaient aux poireaux que je récoltais ces jours-ci pour une clientèle du voisinage. Ceux-là avaient été plantés dans des mauvaises conditions et la mouche du poireau ainsi que les mulots (ou les taupes) s’en étaient donnés à cœur joie. Résultat: une récolte-préparation fort longue, mais quelques jolies caisses vendues à vil prix à des clients doublement satisfaits. D’autres tâches champêtres nous occupèrent ces jours-ci: binage des fèves, et de l’ail après un petit apport potassique (Patentkali), début de désherbage des tunnels de culture en prévision des plantations du mois de mars. Arracher les touffes de ray-grass n’était pas une activité très enrichissante, au rendement limité, mais Laëtitia ne put refuser la corvée, car le temps pressait. Autre gros chantier dans les tunnels: y installer des ouvertures, et l’irrigation!

L’eau, c’est la vie! Je me rendais chez notre voisin Garonnais, maraîcher à la retraite, afin de mettre la main sur des montants métalliques, tuyaux de divers diamètres et asperseurs d’occasion. Je filais chez d’autres fournisseurs officiels, en quête d’éléments neufs: boulons et colliers de fixation, raccords et robinets, bâche plastique… Le chantier s’échelonna du lundi au samedi. On installa l’alimentation des asperseurs sous les tunnels, et au passage on redressa les arceaux et on tendit de nouvelles ficelles sur la bâche. On profita de la science de Garonnais pour installer des ouvertures déroulantes: des portes en plastique, quoi. Enfin, j’arrimais des dizaines de mètres de tuyau sur la façade sud des tunnels, en guise de nourrice pour chaque départ de ligne d’asperseurs et de gaines goutte-à-goutte. Ça prenait forme.

Pour un jardin, l’eau est une question de vie ou de mort. Hélas, la digue du lac n’ayant pas fait ses preuves, nous nous exposions au manque. Au moins pour cette saison. L’entrepreneur qui avait creusé l’ouvrage, s’étant déplacé pour en constater l’inefficacité, projeta une intervention: on pencha pour un remaniement de la digue, le bouchage d’éventuels drains oubliés, une bâche étanche (très chère), l’agrandissement pur et simple… Mais pour l’instant, l’état du terrain, encore humide de l’hiver, ne permettait pas d’intervenir. On croisa les doigts tandis qu’on s’apprêtait à mettre une touche finale à ce jardin menacé de sécheresse: l’installation d’une pompe flambant neuve. Autant continuer à se mouiller, hein? Ici, au village, on ne me surnomme pas Jean de Florette pour rien.

Pisser dans un violon

Semaine du 4 au 10 février 2019

Lundi, c’est jour de marché à Miramont-de-Guyenne. J’ambitionnais d’y installer mon étal car le label AB n’y fleurit guère. Mais à la mairie, on m’a dit que les maraîchers étaient déjà trop nombreux. Maussade, je restais pendu au téléphone fixe pour obtenir d’autres devis pour une pompe d’irrigation et ses accessoires pendant que Laëtitia s’occupait des courses, rendant notamment visite à notre voisine Karine de la ferme des Angiroux à Monbahus, éleveuse et productrice de fromages au lait de vache bio. L’après-midi, on faisait l’inverse: pendant que Laëtitia se plongeait dans les tâches administratives, je soignais les multiples plaies de rouille de la galerie de toit avant de me rendre à Fauillet et Clairac, pour y charger un rouleau de film plastique qui servira d’ouverture à nos 4 tunnels de culture, ainsi qu’un lot de colliers métalliques, accessoires des mêmes tunnels.

Perce-neige - Ferme de Videau
Perce-neige au pied du téléphone

Quant la santé va, TVA

Le lendemain, on rendait visite au dentiste qui nous diagnostiquait une dentition sans défaut mais proposait de revenir la semaine suivante pour un simple détartrage et une radio car on n’est jamais trop prudent. Le déficit de la Sécu et la fortune des mutuelles privées semblant devoir beaucoup à ce professionnel, nous changeâmes de crèmerie. Côté santé toujours, ma tendinite ne me faisant plus souffrir, je consacrais l’après-midi à l’aménagement des buttes de culture sous les tunnels, opération que j’avais laissé en plan au début de la crise. Laëtitia se rendait au domicile d’une nouvelle cliente pour un massage. Je remplissais ma déclaration de TVA, calculant celle payée sur les achats de biens et services en 2018 et 2017 (avant la création de l’entreprise agricole) et bénissais celui qui m’avait un jour conseillé de choisir ce statut fiscal, en vue d’une installation coûteuse en investissements.

Fumier humain

Mercredi, nous achevâmes à deux d’installer les barres de culture sous les tunnels. J’allais pouvoir mettre en place le réseau d’irrigation. L’après-midi, Laëtitia avait un autre rendez-vous massage (elle tournait à 4 prestations par semaine environ depuis quelques temps, c’était chouette), me laissant en compagnie du voisin Yves, lequel avait fait irruption dans le jardin armé d’un sécateur, car je lui avait demandé de me montrer comment tailler les rosiers. Au pied de ceux-ci, j’épandais le vieux compost de nos toilettes sèches (du fumier humain, en fait), mélangé à de la sciure de résineux, et me félicitais de cette boucle vertueuse de la matière organique en circuit très court. Je prenais garde à ne pas enterrer les jonquilles, presque bourgeonnantes, qui poussait déjà sous un des rosiers. Puis j’enchaînais par la taille d’un laurier-tin que je sculptais en boule, car sous mes dehors nouvelle agriculture, je suis très vieux jeu.

Jonquilles dans compost toilettes sèches - Ferme de Videau
Jonquilles dans fumier humain

Défilé d’automne-hiver

Jeudi, fut une journée de rendez-vous. Laëtitia avec une cliente pour un massage, évidemment. Puis défilèrent Mme la Maire et le responsable technique de la Communauté des Communes, venus constater les désordres occasionnés par le ruissellement et/ou la remontée d’eau souterraines depuis le champ du voisin vers notre grange. Il pourrait s’avérer nécessaire de creuser un simple fossé, au moins, et voir si cela avait un effet. Nous avions déjà aménagé un drain contre la maison pour lutter contre de similaires symptômes, sans grand résultat, et ne voulions pas gâcher notre énergie et nos économies une deuxième fois. Peu après, je recevais la visite d’une représentante de Groupama pour un devis d’assurance professionnelle, puis je me rendis chez le voisin Garonnais pour encore y charger du matériel d’occasion. Enfin, posément, je créais une version du flyer de Laëtitia vantant les vertus du massage Amma assis, qu’elle pourra distribuer sur les lieux de cette toute nouvelle prestation.

Sortie de groupe

Vendredi, blondinette replongeait dans la paperasse. Je la chargeais au passage de contacter EDF pour qu’ils relèvent la puissance de notre compteur électrique, en prévision de l’arrivée de la pompe d’irrigation que je venais de commander. Je me rendais toute la journée chez Louis, à Caubon-Saint-Sauveur, en compagnie d’autres membres de notre petit groupe de Maraîchers Petite Surface du Lot-et-Garonne. Nous visitâmes sa ferme, soit une grosse maison de village donnant miraculeusement sur un beau terrain de 3 hectares très vallonné. Louis démarrait une deuxième saison avec un bel équipement mais aussi l’expérience douloureuse d’une récolte perdue en 2018. Il semblait repartir plus fort que jamais, bien épaulé par son voisin Guillaume. Nous enviâmes tous leur proximité et les cafés du matin pour mieux planifier, à deux, leurs projets respectifs. Après l’apéro, le repas et l’ordre du jour échangés, j’étais ramené par Benjamin, installé à La-Sauvetat-du-Dropt. Une autre ferme, bucolique aussi, dont on reparlera ici, un jour.

Le yoyo du lac

Le week-end démarrait par un coup de main au voisin Garonnais, dont le tunnel de fraises n’attendait plus que la bâche plastique avant le début de la saison. J’avais une mauvaise nouvelle à colporter: notre lac qui s’était rempli en un clin d’œil après les 60mm tombés la semaine précédente était presque revenu à son niveau initial à cause d’une digue pas précisément étanche. Il restait encore un bon paquet de flotte, mais ce yoyo n’était pas bon signe, autant pisser dans un violon. Heureusement, j’avais aussi une bonne nouvelle: ma candidature au marché bio de Villeneuve-sur-Lot était acceptée! Et puis la campagne de financement participatif, qui était officiellement terminée mais engrangea quelques dons supplémentaires, était un autre motif de satisfaction. On commandait des pizzas (pas bio) pour fêter ça… et on remettait les soucis au lundi.

Le plein de bonnes nouvelles

Semaine du 28 janvier au 3 février 2019

Ça commençait par une visite au toubib pour ma tendinite. Je n’apprenais pas grand chose, mais j’avais désormais l’autorisation de me rendre chez un kiné et d’enfiler une attelle. J’étais toujours privé de travaux physiques pour la semaine, j”épluchais donc la liste toujours longue comme le bras des petites tâches d’ordre administratif, logistique ou purement cérébral, comme par exemple le visionnage sur YouTube d’une formation au maraîchage sol vivant par Laurent Welsch et Nathanaël Duranthon, passionnant exposé théorique et pratique qui allait m’aider à choisir l’itinéraire technique de mes légumes.

Laëtitia participait pour de vrai à la deuxième partie de sa formation de massage Amma assis. En son absence, je lançais l’ultime newsletter de relance de la campagne de financement participatif, qui se termine aujourd’hui dimanche avec 12300€ au compteur. On a vraiment été estomaqués par le nombre de soutiens que nous avons reçu ces dernières semaines. Les copains et les membres de la famille ont été au rendez-vous, ça fusait de partout, et nous recevions en plus des dons de chouettes messages d’encouragement qui nous mis en orbite pour la suite des événements. Merci, merci, merci! Dommage que la mayonnaise n’ait pas aussi bien pris au niveau local, malgré plusieurs relais grâce aux groupements d’agriculteurs, aux collectivités et à la presse régionale. Pas simple, quand on vient de faire irruption dans le paysage.

Retour mercredi, j’allais à Marmande y cueillir un sac de Patentkali (engrais potassique) pour l’ail, du terreau pour mes semis de basilic, et Laëtitia à la descente du train de Bordeaux. Le reste ne fut qu’une succession de rendez-vous manqués: avec le kiné, et avec la mairie de la commune voisine qui loue à Laëtitia une salle pour ses massages. Jeudi, Laëtitia retrouvait sa clientèle en manque de décontraction, dont la femme d’un couple venu spécialement d’Agen, à 1h de route. Je réclamais quelques devis: pompe et tuyaux pour l’irrigation, assurance pro et mutuelle. J’éclaircissais ma situation d’assuré social avec la MSA. Puis je filais récupérer des barres et des colliers en acier à destination des tunnels de culture. La pluie, qu’on attendait depuis un bail, commençait à dégringoler. Le lac allait pouvoir se remplir.

Vendredi, alertés par la montée soudaine du du niveau du lac, nous avons creusé, au péril de nos bottes, une tranchée de trop-plein qui soulagerait le poussif tuyau installé par l’entrepreneur du terrassement. Pas une mince affaire, de remuer cette glaise humide qui colle aux outils comme du fromage fondu. Toute la flotte du bassin versant a choisi de filer tout droit à travers le pré, pas assez enherbé pour éponger: c’est un véritable torrent de boue qui déborde l’inutile fossé de protection et file dans le lac. Malgré tout, c’est une bonne nouvelle. Depuis le temps qu’on attendait ça… Le lac est plein!

On enchaîna sur deux demi-journées d’installation des barres en acier sous les tunnels. Fixés d’un côté à l’autre des arceaux, elle deviendront le support des tuteurs à tomates, concombres et haricots, et de l’irrigation par aspersion. Travail du sol, fertilisation, irrigation… Tout devait être fin prêt avant la mi-mars pour les plantations, la pression commençait à monter. Ouf, on profitait volontiers d’une pause crêpes chez le voisin Yves, et on remettait ça le soir-même chez Sabine et Gildas. On lâchait du lest.

Et dimanche, on bronzait presque sous un soleil revenu, à tailler le cognassier qui fait traditionnellement office de borne à l’angle de la propriété. C’était du beau travail, puis je passais au buis. Je supprimais tous les rejets pour mettre le tronc en valeur, j’y allais un peu fort. Laëtitia en eut du chagrin. Mais enfin, on se réconciliait à l’idée de la glorieuse issue de notre campagne de financement participatif. L’achat de la pompe d’irrigation nous effrayait beaucoup moins. Il ne serait pas le seul investissement de ce début d’année, si l’on voulait récolter au printemps de beaux légumes. Beaux et généreux. Comme nos supporters, pardi. C’est bien le moins qu’on puisse faire pour leur prouver qu’ils avaient parié sur le bon cheval.

Sans précipitation

Semaine du 21 au 27 janvier

PLUS QUE 7 JOURS avant la fin de la campagne de financement participatif. Nous comptons encore sur votre générosité. Jusqu’ici, nous avons reçu un déluge de dons, il ne manque que quelques gouttes pour atteindre l’objectif. Rendez-vous sur https://bluebees.fr/fr/project/504

Cette semaine s’acheva par de belles averses, avec même quelques grêlons, et cette eau fût la bienvenue. Ce lac que nous avons fait creuser représentait un gros investissement et de lui allait dépendre la moitié de l’activité de la ferme. Or, la courbe des précipitations n’avait pas été, jusqu’ici, très habituelle pour la saison. Il fallait de l’eau! Même le toubib à qui je rendais visite pour ma tendinite au poignet (et qui s’avéra être le maire de Miramont-de-Guyenne, premier gros bourg du coin) accusa la sécheresse. Sécheresse de mon organisme (car je buvais peu), en partie responsable de l’inflammation. C’est que, pensais-je, un bon agriculteur ne devait pas permettre à l’eau du ciel de passer par son corps, pour qu’elle s’en aille plus rapidement à la terre.

Remplira, remplira pas?

Faute de grosses pluies, on ne manquait pas d’humidité. La livraison de fumier que j’espérait avant le début de la saison ne serait pas pour tout de suite, notre terrain comme celui de nos voisins restant impraticable. Je me jurais de ne plus jamais rater le coche des beaux jours. La leçon des agriculteurs locaux, sur ces coteaux argileux, je l’avais reçue plusieurs fois: en hiver point de travail du sol, ni de logistique possible. Comme les jours précédents, ce n’est qu’à l’abri des tunnels de culture qu’on put tranquillement travailler sans patauger. Il s’agissait d’installer les barres de cultures en acier, éléments horizontaux entre les arceaux d’une serre, qui supportent le palissage des tomates, concombres, etc. Il fallait être deux et le chantier fut interrompu par le départ de Laëtitia à la capitale, pour la deuxième partie de sa formation massage Amma assis.

Auparavant, nous trouvions aussi le temps d’installer un grand établi de menuisier sur roulettes acheté d’occasion, sur lequel je fixai un étau. En plus d’une déjà conséquente collection d’outils, l’ensemble complétait la panoplie de base du parfait bricoleur. Pour la panoplie du parfait maraîcher, je repasserais. La liste était encore longue. Mais j’avais finalement récupéré auprès du vendeur la moitié de la somme investie dans une balance poids/prix pour les marchés, parce que l’impression du ticket ne fonctionnait pas (chose que j’estimais réparable). Je me mettais justement à la recherche d’un emplacement sur les marchés locaux, où l’on trouvait déjà beaucoup de légumes, mais pas souvent bio et pas toujours locaux. Laëtitia surfait en quête d’une chaise de massage, la plus ergonomique possible.

À propos de légumes, je reposais mon poignet en achevant la planification de la saison de maraîchage et je ne résiste pas à l’envie de dresser ici la liste des cultures que j’ai prévu de lancer au printemps, par ordre d’arrivée dans le jardin:

  • Courgettes jaunes et vertes (4 variétés)
  • Melons charentais (4 variétés, toutes hybrides F1)
  • Tomates anciennes (10 variétés, dont brandywine, marmande, stripped german, auriga et carotina)
  • Poivrons (4 variétés, plus piments habanero et jalapeno)
  • Aubergines (3 variétés)
  • Choux pointus (variété caraflex F1)
  • Poireaux (3 variétés)
  • Salades (laitues beurre, batavias, feuilles de chêne)
  • Radis
  • Concombres (3 variétés)
  • Courges (7 variétés, dont potimarrons et courges spaghetti)
  • Tomates de plein champ (variétés ananas, cornue des Andes et roma pour les conserves)
  • Blettes (3 variétés)

Et quelques semis d’été:

  • Carottes (3 variétés, orange, blanche et rouge)
  • Betteraves (2 variétés)

Enfin, ce week-end, je me rendais tout seul, en l’absence de Laëtitia, à une réunion de jeunes habitants du coin chez Sabine, notre voisine agricultrice. Il fut question de la création d’un café associatif, ou tout au moins d’une association qui aurait vocation à organiser des événements dans nos communes. Dans l’assistance, il n’y eut bien sûr personne pour déplorer les nombreuses festivités gourmandes façon Sud-Ouest organisées aux beaux jours dans nos communes. Mais ici peu de bars et de cafés. Pas de cinéma, ni de théâtre. Nous manquions d’un lieu convivial et d’événements culturels, et les idées fusèrent: randonnées botaniques, contes pour enfant, jeux de société, concerts, projections, débats, rencontres… Il y avait du pain sur la planche, et je n’étais pas sûr qu’il soit raisonnable de nous lancer là-dedans à la veille d’une installation agricole. Les copains, bien qu’enthousiastes, avaient aux aussi un agenda bien rempli. À suivre, donc, mais sans précipitation.

Sale temps pour les tendons

Semaine du 14 au 20 janvier 2019

Toujours pas beaucoup de pluie cette semaine. Régulièrement, on jetait un coup d’œil au niveau du lac: ça ne montait pas, ça baissait! Et pourtant toujours cette ambiance humide, le sol qui colle aux basques et qui contrarie le travail au jardin, et ce front gris permanent qui fout le cafard. On pataugeait donc un peu en balançant dans les fèves quelques grammes d’anti-limace, à défaut d’avoir pu mettre en pratique les recommandations d’Hervé Coves. Heureusement, le temps restait sec sous les tunnels et je pus, armé d’une pelle et d’un cordeau, faire avancer pendant deux demi-journées l’aménagement de buttes de cultures en prévisions des première plantations en mars. Jusqu’à ce qu’une violente tendinite, peut⁻être liée à l’humidité, m’obligea à mettre mon poignet droit au repos forcé, sabordant mon bel agenda.

Rangs de fèves - Ferme de Videau
Beaux rangs de fèves malgré les limaces

Lundi, le charpentier vint retirer les étais qui soutenaient les poteaux de la grange. Les plots béton étaient secs, les voyants signalant le chantier gîte repassaient au vert. Je passais enfin commande de plants maraîchers, groupés avec ceux du voisin Garonnais qui, bien qu’à la retraite, se préparait à planter davantage de melons que moi. Laëtitia se rendait au domicile de deux clients. En tout, elle pratiqua une demi-douzaine de massages dans la semaine. Et consacra 51 heures à la garde d’enfants, ponctuées de ménages, chez un couple du voisinage. Nuit comprise. Je menais la grande vie de célibataire, débarquant mercredi soir à l’heure de la Suze chez le voisin Yves (bientôt 87 ans) qui sautait sur l’occasion pour m’inviter à dîner.

Handicapé du bras droit, je ne trouvais pas grand réconfort dans une séance en urgence chez un ostéopathe du coin, et je me consacrais sagement à l’animation de notre campagne de financement participatif dont la cagnotte avait dépassé les 10000€, essentiellement grâce à nos proches malgré une double publication dans les journaux locaux. Nous étions très chanceux, mais 15 jours nous séparaient encore de l’objectif et on pouvait faire encore mieux. Je m’attelais aussi, mais sans conviction, à la recherche sur Le Bon Coin de matériel de récolte d’occasion (caisses, brouettes…), et à l’établissement d’un devis pour la fourniture de barres de culture en acier pour les tunnels. Un autre devis, celui d’une pompe électrique pour l’irrigation, réclama ma présence à Marmande.

Au retour, je mettais la main sur une balance poids/prix qui m’accompagnerait sur les marchés, mais il s’avéra que l’impression du ticket était défectueuse. Je louais les joies de l’occasion, avec une pensée pour mon vieux motoculteur. Celui-ci était maintenant opérationnel, mais au prix de telles pétarades que je demandais à mon voisin mécano d’y jeter un œil. Il enleva d’office l’engin pour une révision complète.

Samedi, enfin, nous déchargeâmes nos esprits préoccupés par le casse-tête de la planification et l’accumulation des tracasseries à l’occasion d’un dîner chez nos amis Delphine et Nico à Saint-Eutrope-de-Born. Lui s’apprête à devenir paysan-boulanger, et ils vivent désormais dans une maison entièrement rénovée (parfois en chantier participatif, dont nous fûmes) avec des techniques écologiques: poêle de masse, isolation paille et ouate, enduits terre, etc. Un rêve de sophistication rustique que nous nous empressâmes de jalouser. Et de lever nos verres: à la santé de l’effondrement qui vient, cher au chercheur Pablo Servigne, et des façons de s’en accommoder, à nos projets intrépidement optimistes! Heureusement, malgré mon tendon douloureux, j’arrivais encore à lever le coude.

L’année de tous les trafics

Du 24 décembre 2018 au 13 janvier 2019

Il faut d’abord que je m’excuse auprès de chacun de nos lecteurs les plus fidèles pour cette entorse exceptionnelle à la précision hebdomadaire habituelle de cette chronique. Laëtitia et moi-même ne sommes pas insensibles à la trêve des confiseurs, et ne dédaignons pas non plus de rendre visite à la famille, éloignée depuis que nous avons choisi de nous installer dans le Sud-Ouest. Notre quotidien a donc été considérablement chamboulé par plusieurs déplacements, et c’est en pointillés que nous avons accompli les travaux en cours, surtout leur planification. Forcément, nous avons mis en veilleuse le récit de la vie à la ferme, mais voici quand même un résumé de ces 3 dernières semaines.

Exportation

Le 24 décembre, pour prouver notre bonne intégration, nous exportâmes d’excellents rouges de la cave de Beaupuy près de Marmande, un blanc moelleux de Chateau Larchère à Monbazillac et un foie gras fermier de Bourgougnague dans le Lot-et-Garonne, pour le réveillon de Noël à Poitiers. Les jours suivants, je naviguais entre un guide variétal légumes édité par la FNAB, le dernier catalogue du Biau Germe, le «Manuel d’agriculture biologique sur petite surface» de Jean-Martin Fortier et le support de cours d’une formation en planification pour préciser ma commande de plants potagers issus de pépinière, entamée la semaine précédente. Quelle densité? Quelles dates de plantation? J’allais pouvoir demander quelques devis. Juste à côté, Laëtitia potassait ses cours de massage Amma assis.

Convoyage

Le 27 décembre, retour à la ferme. Nous attendions la visite de Delphine, Andreas et leur petit bout. Pour les parisiens, on força l’alimentation du poêle, y compris au milieu de la nuit, parce que ça pelait, et on mis les chats dehors. En faisant frissonner les frileux, en chatouillant les allergiques, ce séjour rustique tenait un peu trop ses promesses! Le bébé prît son premier bain devant un feu de bois, dans une bassine tout juste assez grande pour lui. Et fît connaissance avec tout un bestiaire dans le voisinage: les vaches blondes d’Aquitaine de Pépito, les chèvres, chevaux et poules de Mag et Marianne. On faisait complètement relâche, sauf en cuisine où mijotèrent un poulet farci, une terrine de légumes et une panna cotta kiwi-physalis pour le réveillon. Nos invités avaient convoyé du Cognac. On digéra jusqu’en 2019.

Trafic d’influence

Le 3 janvier, on décollait pour le Sud-Est. Juste après avoir enregistré un petit film en guise de message de bonne année pour nos soutiens à la campagne de financement participatif. À 15 jours du terme, celle-ci s’épanouissait en direction du deuxième palier à 10000€. On était optimistes. Les messages d’encouragement que nous recevions étaient de puissants aiguillons. Mais il fallait faire connaître notre démarche au delà du cercle des amis et de la famille. Nous relaçâmes donc divers organismes, assos et collectivités, ainsi que la presse. Laëtitia répondit par téléphone aux questions de Radio 4 (qui nous traite comme des parisiens), je donnais une interview au Mag Farmitoo (qui nous voit comme des jardiniers du dimanche). L’hebdo Le Républicain publia un bel article à notre sujet. Pas sûr que cette influence nouvelle se transformerait en donations, mais la réputation de la ferme de Videau, bonne ou mauvaise, était certainement en marche!

Prohibition

J’aidais mes parents à soutirer dans leur garage un petit vin bio, issu d’une partie de la récolte de leur voisin vigneron. C’était une récompense pour leur participation aux vendanges, tout ce qu’il y a de plus illégal. On prenait ensuite de l’altitude chez Tam et Greg Pernix, producteurs de plantes aromatiques et médicinales en biodynamie, dont les eaux florales et les bougies d’oreille constituent une des contreparties au don du financement participatif. Je bravais le froid sec des contreforts du Ventoux pour creuser dans le tas pétrifié de fumier de mouton et en ramener quelques brouettes à destination du jardin paternel. Comme d’habitude, on était gâtés côté cadeaux: gelée de pétales de rose de Damas, abricots au jus de la Drôme, huile d’olive du Vaucluse. Cette fois, on allait faire dans l’importation. Quant à l’épaule d’agneau, on la mangeait sur place.

Brasserie Zymotik au marché de Cahors - Ferme de Videau
Avec la brasserie Zymotik au marché de Cahors

Main basse

Et puis on reprenait la route vers l’Ouest. Un tuyau nous amena dans une pépinière à l’abandon du côté d’Avignon. On fît discrètement main basse sur de la bâche tissée d’occasion, du filet anti-insecte, des barres de culture et des tuteurs en acier. Puis nous fîmes halte dans les Cévennes, où un Bernard sur le point de déménager d’un ancien presbytère soldait son jardin. Nous embarquâmes ainsi quelques pieds de groseillier, de myrtilliers, de fushsias et d’hortensias. À Cahors enfin, nous retrouvions nos vieux amis Aline et Florent, qui font pousser leurs projets respectifs depuis quelques années: sculptures et bijoux pour elle, brasserie artisanale pour lui. Il y a deux ans, ils nous hébergeaient déjà entre deux visites de propriété à vendre dans le Sud-Ouest. Notre petit périple, avant le retour définitif dans une maison congelée que deux jours de chauffage suffiraient tout juste à ranimer, s’achevait donc sur un pèlerinage. Et un lot de 24 bouteilles de bière!

En imper, Noël

Semaine du 17 au 23 décembre 2018

Lundi, alerte aux fèves! Au détour d’un contrôle visuel de routine sur les rangs tout juste éclos de légumineuses, je constatais qu’un sale animal avait déterré quelques plantules pour en bouffer la graine. Contrarié dans mon emploi du temps, je demandais conseil à notre voisin Garonnais qui désigna les corbeaux comme coupables idéals, et me procura des petits arceaux et un vieux voile de forçage. Je dus me dépêcher de mettre en place une protection, glissant, pataugeant, suant pour décoller de la pelle des mottes de terre humide. C’est qu’à 14h, j’avais rendez-vous à l’autre bout du département avec une bande de maraîchers petite surface, pour la première réunion d’un groupe qui avait décidé de se serrer les coudes et s’échanger les tuyaux. L’union fait la force, et les corbeaux, parmi les plus intelligents spécimens du règne animal, le savent bien. Maudits piafs!

Voile de forçage sur fèves - Ferme de Videau
Les fèves protégées des corbeaux

Pendant ce temps, Laëtitia se trouvait à Paris, pour la première partie d’une formation massage Amma assis. Cette formule a plusieurs avantages: la séance est courte (1/4 d’heure environ), on s’assied et on garde ses vêtements. Une efficace pause de relaxation qui rencontre beaucoup de succès dans les entreprises, et aussi sur les salons bio et bien-être, et une nouvelle corde à l’arc de mon amazone. De mon côté, je croyais me détendre en m’attaquant à la planification des cultures pour la saison prochaine: j’établissais un plan de rotation et listais les espèces sous tunnel pour lesquelles j’allais acheter des plants: aubergines, haricots à rame, concombres, courgettes, melons, poivrons, piments et tomates anciennes. Je décomposais ma liste en variétés: tomate Green Zebra, melon Cyrano, aubergine Black Beauty… en m’autorisant quelques hybrides F1, histoire d’amortir mes erreurs de débutant. Ne restait plus qu’à établir un calendrier de plantation, et j’allais avoir besoin de quelques conseils. À suivre.

L’invitation à dîner chez les amis de la Maison Forte à Monbalen tombait à pic pour me changer les idées. Outre Philippe et Bruno, parrains de ce journal, je sympathisais avec Juliette et Hugo, deux autres têtes bien faites, pleines de projets pour la revitalisation de leur coin de campagne. On portait un toast au changement, lequel transiterait forcément par ce point tellurique qu’est la Maison Forte. Ce lieu de rencontre dont, ami lecteur, je t’ai déjà parlé. Et où je t’engage à courir. Pour ton salut! À mon retour, je chargeais 28m de bâche plastique verte, dernière pièce d’un nouveau tunnel destiné à stocker du matériel. Rentrée de sa formation, Laëtitia m’aida à installer cette couverture, tendue par de la ficelles selon la même technique que pour les tunnels de culture. On commençait à avoir l’habitude! Ce nouveau hangar était promptement terminé et le déménagement du capharnaüm allait pouvoir commencer.

Tunnel de stockage - Ferme de Videau
Un nouveau tunnel de stockage

Laëtitia repartait aussitôt au charbon: rendez-vous massage à domicile chez d’anciens et de nouveaux clients, son agenda se remplissant plutôt bien pour un deuxième mois d’activité. Quelques commandes de bons cadeaux tombèrent. De mon côté, je commençais à aménager des buttes de culture sous les tunnels. Puis je rejoignais le voisin Yves à la haie d’acacias. J’abattais deux arbres et les débitais en quatre fûts à peu près rectilignes. La clôture du verger aux tulipes de Villebramar laissant à désirer, il fallait intervenir: le lendemain, Florent du CEN Aquitaine (à qui appartient le verger) et moi-même assistions Daniel, bûcheron de Verteuil, dans l’installation de ces quatre nouveaux poteaux en acacia. Daniel reviendrait pour les portails en bois. Et me livrerait une remorque de vieux fumier de ses vaches de race ancienne. Pour l’heure, un copieux déjeuner (soupe, plat, fromage, dessert) nous attendait chez Yves.

Côté grange, ça bougeait pas mal, dans le bon sens du terme. La toiture était complètement stabilisée suite à un fâcheux événement. Les poteaux étaient maintenant étayés et raccourcis, le charpentier avait ensuite coulé d’élégants plots béton de ciment blanc. En attendant que ça sèche, on digérait la facture. Le futur gîte n’existait encore que sur le papier, mais sa charpente en avait déjà fait notre premier poste de dépense. En cadeau, l’artisan me proposa d’utiliser son chariot élévateur pour mettre hors d’eau le tronc d’un douglas abattu dans le jardin. On suréleva sur des cales la bille de bois, que j’écorçais ensuite proprement, pour prévenir l’arrivée d’insectes xylophages. C’est qu’il flottait. Et c’est chaussés de bottes et en imper qu’on reçut pour ce week-end la visite de Christelle, amie parisienne rencontrée à la formation massage et en quête d’un coin de Sud-Ouest avec vue sur les Pyrénées pour un nouveau départ, et de Val et Samuel (et leurs enfants), sur la route des vacances. Des primo-arrivants à la ferme de Videau qui colporteront, on l’espère, notre devise hivernale dans le reste du monde: tant qu’il y a de la boue, y a de l’espoir!

Et justement, en cette veille de Noël, notre campagne de financement participatif a passé la barre des 6000€. Alléluia! On y croit, vous êtes formidables.

Boules de Noël

Semaine du 10 au 16 décembre 2018

Cette semaine, on a consacré pas mal de temps à la communication autour du financement participatif. Nous envoyâmes un email de remerciement à chacun de nos généreux donateurs. C’était aussi l’heure de la relance, via notre newsletter et sur Facebook, une dizaine de jours après que la campagne eut démarré sur les chapeaux de roue. Ne pas s’endormir sur ses lauriers, se rappeler au bon souvenir des copains. Ensuite, on s’adressa au voisinage en espérant toucher quelques cœurs sensibles à la pureté de nos motivations: j’expédiais un communiqué de presse à de nombreuses rédactions régionales, et m’adressais à diverses organisations: Agrobio, ADEAR, Chambre d’Agriculture, communauté des communes, Conservatoire National d’Aquitaine, etc.

Déshydratation

Avec la récolte de kakis d’il y a quinze jours, on avait du pain et des vitamines sur la planche. Inspirés par les fruits transformés de Sabine, on songea au séchage des kakis: émincés à la mandoline et étalés sur de vieilles claies à prunes au dessus du poêle, nous en obtînmes deux fournées de qualité inégale, qui nous firent réfléchir à l’emploi d’un déshydrateur électrique. De toute façon nous n’avions plus sous la main que des kakis mûrs, déjà trop mous pour la mandoline. On fît alors chauffer la marmite à confiture, et tant pis si l’astringence du kaki cuit n’est pas du goût de tout le monde: c’était une fin plus honorable que la poubelle. Une caisse entière de physalis (ces petits boules de Noël cachées dans un lampion chinois) de chez Sabine suivit le même chemin, avec en plus un soupçon d’agar-agar pour la gélification. Après cuisson il en restait peu, seulement une dizaine de pots, dont le contenu d’une belle couleur dorée et à l’odeur inimitable promettait cependant, cette fois, un beau potentiel commercial. À reproduire.

Locomotion

Laëtitia fût souvent de sortie: elle gardait les enfants et faisait les ménages d’un couple de Miramont. C’était sa nouvelle condition de travailleuse véhiculée à temps partiel. Des voisins et amis de Villebramar lui passèrent aussi commande de quelques bons cadeaux massages. Elle fît quelques prestations à domicile, dans des villages proches. Et une amie lui dégota un emplacement sur un salon bio pour le mois de mars, lequel devait coïncider avec sa future qualification de masseuse sur chaise (massage assis, ou Amma). En gros, ça bougeait dans le bon sens.

Organisation

Jeudi, je me procurais quelques piquets et empruntais la tarière chez notre voisin Garonnais. J’avais juste le temps, avant la nuit, d’installer la structure d’un tunnel, lequel une fois bâché deviendrait notre nouveau hangar, car la partie nord de la grange devenait un dangereux dédale encombré d’équipement, de vieux vélos, de matériaux de récupération, de meubles et d’outils divers et qu’il devenait urgent de lui redonner sa vocation initiale de garage/atelier en déménageant le matériel agricole dans un endroit approprié. Pour accompagner ce grand élan organisationnel, je mettais la main sur un établi en bois sur roulettes d’occasion, bricolé par un ancien menuisier et dont les dimensions mettaient à l’aise: 2,60m de long sur 1,10m de large. De quoi opérer un cheval, s’il le fallait.

Serre à matériel - Ferme de Videau
Le futur hangar

Régénération

Côté visites, je me rendais à une nouvelle rencontre organisée par l’ADEAR à la ferme bio du Chaudron Magique à Brugnac. Nous échangeâmes avec Raphaël, un des propriétaires de l’endroit, jeune repreneur de l’exploitation familiale dans laquelle il initia un tournant agronomique, introduisit la production céréalière et développa une activité meunière. Autre intervenant, le céréalier Stéphane Gatti entra dans les détails de la plantation d’arbres en agroforesterie et du semis direct sous couvert dont il est devenu un des spécialistes sur sa ferme pilote à Laplume. Avec son association CTV, il promeut une «agriculture de régénération» par laquelle le sol redevient vivant en étant toujours couvert et jamais travaillé. Et offre des rendements intacts, à long terme. Alain, de l’ADEAR, a souligné la supériorité technique de certains agriculteurs conventionnels (dont fait partie Stéphane) par rapport à ceux en bio sur ces sujets. On sentait émerger une volonté, de part et d’autre, d’échanger avec ses confrères en dépassant la frontière idéologique. D’autres rencontres s’imposaient!

Inspiration

Vendredi enfin, je visitais Marielle, maraîchère depuis quelques années sur la commune de Bazens. Sur une chouette prairie bordée de grands chênes, elle a patiemment aménagé des buttes de culture après avoir préparé ses parcelles en y épandant fumier, paille, recouverts d’une bâche d’ensilage pendant plusieurs mois, selon les méthodes de maraîchage sol vivant. Ses seuls outils, à l’exception de la tondeuse, sont manuels: la Campagnole, sorte de grelinette améliorée, le rateau et le croc. Marielle prépare des paniers pour des clients du coin et en AMAP. Ses conseils sont venus conforter mes résolutions pour la saison prochaine, saison que j’ai voulu préparer en allant à la rencontre, dès cet automne, de mes semblables. Son modèle a l’avantage de la sobriété et de l’élégance. Un idéal inspirant que je m’efforcerai d’atteindre.

Drame sous la grange

Semaine du 3 au 9 décembre 2018

Pour commencer, on faisait le ménage autour de la grange en prévision de la venue du charpentier. C’était un peu la zone, faut dire. Surtout à cause du tas de bois formé par l’ancien bardage et d’éléments issus du démontage de l’étable. On tronçonna ce qui pouvait servir de combustible pour le poêle, on fit un grand brasier avec le reste. D’habitude, les déchets du jardin (tontes, paille, résidus de culture, produits de la taille des arbres…) vont au compost ou directement à la terre, quand ils ne servent pas de paillis ou d’abri pour la microfaune. De cette façon, c’est dans le sol qu’on séquestre le carbone contenu dans ces «déchets verts», quand brûler ne ferait que le libérer dans l’atmosphère.

Tuyau d'évacuation PVC - Ferme de Videau
Des munitions pour la guerre des tranchées

Ensuite, on prenait la décision de s’occuper sérieusement de l’évacuation des eaux de pluie de la grange, destinées à rejoindre notre beau petit lac d’irrigation. Avec une telle surface de toiture, ce serait gâcher que de laisser toute cette flotte aux crapauds. D’abord, ils s’y noieraient. Ensuite, cette eau qui s’accumule au pied du bâtiment à chaque forte averse, infiltrant le sol et les murs, est une menace pour l’aménagement du gîte. Nous fîmes donc nos emplettes à Marmande, et le budget du mois en prît un sacré coup. On ramenait tout un tas de tuyaux et on laissait un chèque de caution pour la mini-pelle de location, et nous n’avions plus qu’à attendre le week-end en faisant des étirements: la guerre des tranchées arrivait.

Et puis, jeudi, il se produisit un événement grave qui nous obligea à déprogrammer ce chantier. Un événement qui faillit tourner au drame. À l’occasion des travaux du gîte, nous avions demandé au charpentier de refaire le soubassement de deux poteaux, mal protégés de l’humidité. L’artisan fît ce qui s’annonçait comme une opération de routine: il étaya patiemment les poteaux. Dans la soirée, Laëtitia fût d’abord  alertée par un grand bruit. Le charpentier débarqua tout d’un coup, blanc comme un linge: «j’ai fait une connerie», qu’il dit. Une connerie qui lui avait presque coûté la vie, oui. Un des deux poteaux, bien qu’étayé, s’était effondré sous une inattendue poussée latérale et avec lui une grosse poutre, à une poignée de cheveux de notre bonhomme, lequel n’avait dû son salut qu’à un bond de côté. La couverture de tuiles faisait maintenant une grande vague. La moitié du bâtiment menaçait de suivre le mouvement… Allait-il le suivre? Allions nous perdre notre grange? Notre homme sécurisa ce qui pouvait l’être, et revint le lendemain avec son chariot télescopique. Dans la journée, il remit d’aplomb notre belle charpente centimètre après centimètre. C’était un bon. Nous échappâmes à la procédure de sinistre avec assurance et tout et tout. Le chantier du gîte, encore une fois, prenait du retard. Mais le pire était évité, et notre charpentier bien vivant. Avec une histoire de plus à raconter à ses futurs petits enfants.

Accident de charpente - Ferme de Videau
Accident de charpente à Videau

Du coup, j’annulais ma visite chez Marielle, une maraîchère de Bazens, pour surveiller l’évolution de ce chantier. Mais j’avais eu le temps de participer à une visite de maraîchers-arboriculteurs organisée par l’ADEAR: je retrouvais avec plaisir le jardin de Jacques Barroux, qui a planté ses fruitiers au milieu de ses légumes, et rivalise d’ingéniosité en matière de lutte biologique. Je découvrais le verger de pruniers de Karina, un espace laissé presque sauvage, à peine perturbé par une taille très douce et l’unique tonte qui précède les récoltes. Des pratiques qui feraient bondir mon voisin Yves, l’homme qui a sauvé les tulipes de Villebramar, mais avec l’aide de la mécanique. Et puis, de retour à la maison, nous avons achevé de couvrir avec des bâches occultantes les buttes de culture aménagées cet automne et qui n’avaient pas reçu de couvert végétal. J’ai épandu deux brouettes de fumier sur les asperges, que j’occulterai à nouveau après la prochaine grosse pluie. Et nous avons, en deux temps, formé de beaux alignements avec le bois abattu l’hiver dernier chez nos amis de Seyches pour qu’il sèche. Pour finir, nous avons retrouvé Sabine et Gildas, de Tombebœuf, à une foire bio à Bergerac. Leur stand présentait des conserves de mouton et des fruits séchés qui déchirent: graines de courge, tomates, physalis, kakis. Nous rencontrâmes la créatrice de la revue le Citron dont je vous ai déjà parlé ici et qui, je l’espère, nous fera la faveur de lire un jour ces lignes.

Enfin, cette semaine c’était le lancement de la campagne de financement participatif sur la plateforme Blue Bees. Presque une semaine plus tard, quelle claque! Les premiers contributeurs ont joué le jeu en contribuant rapidement à coups de montants plutôt élevés, et nous approchons déjà les 5000 euros. Merci à vous tous qui avez participé, vous êtes nos anges-gardiens. Vous êtes nos bienfaiteurs. Vous allez changer la donne. Continuez à faire mousser notre projet, le chemin reste encore long jusqu’aux 25000 euros espérés, avec lesquels la saison de maraîchage 2019 aura l’air vraiment professionnelle, et les finitions du gîte plus brillantes que jamais. On y croit, pas vous?

Cours d’agriculture générale

Semaine du 26 novembre au 2 décembre 2018

Lundi, on démarrait sur les chapeaux de roue avec la couverture des tunnels de culture. Les bobines de film plastique attendaient sagement depuis deux jours une disponibilité de notre voisin Garonnais: celui-ci ramena quelques arceaux métalliques manquants sur son Manitou (en tant que maraîcher à la retraite, il est le fournisseur officiel de matériel d’occasion de la ferme de Videau), et nous procédâmes sous sa direction. Pour chaque tunnel, on planta la bobine sur une des fourches du Manitou, à 2m du sol, qu’on déroula jusqu’à l’autre extrémité de la série des arceaux. Puis notre professeur nous montra comment installer la ficelle entre les montants, par dessus le plastique, de façon à plaquer celui-ci sur les arceaux.

Dieux des tunnels

Il fallait faire vite puisque le vent menaçait de se lever et qu’une bâche mal fixée risquait de se transformer en incontrôlable parapente géant. Les dieux, qui étaient avec nous, retinrent la brise, et à la tombée de la nuit nous avions agrémenté le paysage de quatre chenilles translucides géantes, solidement arrimées. Pas un chef d’œuvre d’architecture, mais un outil précieux pour le revenu du maraîcher: ces petits tunnels de 25m sur 4,50m disposés dans le sens de la pente offriraient une bonne circulation de l’air et une meilleure précocité que des grands structures à haut plafond. De quoi allonger la saison des «ratatouilles» (tomate, poivron, courgette, aubergine), anticiper la production des primeurs (pomme de terre nouvelles, pois, haricots, carottes, radis…), et proposer davantage d’espèces en hiver (mâche, épinard, blette, salade…).

Tunnels de culture - Ferme de Videau
Apprendre à couvrir des tunnels, avec professeur

Friche d’affaire

450m2 de tunnels, ça restait très modeste. Je m’en rendais compte à l’issue d’une formation de deux jours, par deux professeurs, à la chambre d’agriculture d’Agen, intitulée «Planifier ses productions en maraîchage biologique». Nous utilisâmes un tableau Excel baptisé Légumix, en commençant par défricher les besoins: nombre de lieux de vente, quantité de légumes… Le chiffre d’affaire estimé, relatif à ma surface, ne s’avéra pas sensationnel, et je me cassais la tête pour caser un nombre raisonnable de légumes d’été dans mes petits tunnels. La nécessité de maintenir mon activité de graphiste pour cette année 2019 ne faisait plus aucun doute, sachant qu’en plus le temps consacré au jardin serait encore amputé par des travaux. En ce qui concernait le futur revenu agricole, Excel était catégorique: il faudrait au moins doubler la surface sous abri.

Les insectes sont nos amis

La question des rotations et des engrais verts fut largement abordée dans la formation, et même si je sortais déçu par l’organisation de ces deux journées je me félicitai d’être allé au contact de mes semblables. Et comme à l’occasion du Certiphyto, j’aimais bien retourner sur les bancs de l’école. D’ailleurs, j’assistais l’avant-veille à une autre formation intitulée «Identifier la biodiversité existante» et animée par Véronique Sarthou à Sainte-Livrade-sur-Lot. Ce fut un tour de reconnaissance exhaustif des bestioles qui vivent dans nos campagnes, à commencer par les vers de terre et les champignons mycorhiziens, et du bénéfice de leur présence: pollinisation tous azimuts et prédation des nuisibles: la coccinelle dévore les pucerons, le champignon «collet» piège les nématodes, le petit du faisan se nourrit d’insectes… La majorité des auxiliaires insectes sont des butineurs. Moralité: plantez des fleurs! On déplora la disparition de 75% des espèce cultivées depuis 1900, on milita pour la réintroduction des haies dans les parcelles. Et on programma une 2ème journée sur le terrain au mois de mai.

Plateau de kakis - Ferme de Videau
Des kakis encore verts

Feu vert pour la campagne

Et puis, quelques faits marquants en vrac: nous reçûmes la visite d’un correspondant local du journal Sud-Ouest pour un entrefilet sur la nouvelle activité de massage à domicile, nous récoltâmes plusieurs plateaux de kakis du voisinage, destinés à la confiture et au séchage, et j’invitais Laëtitia au restaurant la Tête d’ail de Cancon pour ses 33 ans: on croqua des pickles de gouttes de poivrons et des brins d’achillée millefeuille, et on sympathisa avec un staff sympa, aux appétits de produits originaux et locaux: je rêvais déjà d’une collaboration à base de colis de jeunes pousses et de piments des Caraïbes. Nous avions les tunnels pour ça! Enfin, nous avons mis une touche finale à notre campagne de financement participatif, avec un shooting photo rigolo dans le jardin et la mise au point des cadeaux de remerciement. Le lancement est prévu pour la semaine prochaine, et nous mettons de grands espoirs dans votre soutien. Notre projet, malgré tout le sérieux que nous y mettons au quotidien (sérieux dont, je l’espère, ce journal est le meilleur témoin) a vraiment besoin d’un coup de pouce financier… Pour que Videau devienne une ferme bio et écolo, un lieu pour vos vacances vertes. Aussi vert… que ces billets qui nous font défaut!