Question de vie ou de mort

Semaine du 11 au 17 février 2019

Le hasard de la vie a voulu qu’en nous installant dans le Lot-et-Garonne, nous rejoignîmes la patrie d’une très bonne copine de Paris, et devînmes voisins avec ses grands-parents. Cette semaine commença par une triste nouvelle, celle du décès de ce grand-père, auquel nous rendions de temps à temps visite, et qui nous avait autorisé à faire usage d’une parcelle boisée pour nos besoins de chauffage. Ancien arboriculteur mordu d’aéronautique, il avait construit un avion de ses propres mains. Il s’enthousiasmait pour tous les sujets, et racontait volontiers l’agriculture d’autrefois, j’adorais. J’en garderais le souvenir d’un fort personnage, une figure du Sud-Ouest: une regard d’aigle, toujours partant pour la blague ; une tête d’ingénieur sur de grandes paluches de terrien ; droit dans ses bottes ; investi d’un sérieux visionnaire, mais malicieux comme ceux qui ont connu un temps où les maisons étaient toujours pleines de monde et où on savait faire la fête.

Oui, la vie est une drôle de chose: un jour plus tard, je semais des graines. C’était une nouvelle vie, éphémère, certes: du basilic, d’abord, dans un mélange de terre, de sable et de colombine, vieille fiente récupérée dans le pigeonnier d’un voisin, et supposée très concentrée en azote. Je faisais un test en prévision d’une production régulière au printemps de plants d’aromatiques en pot. Plus tard, je semais des oignons de Trébons, de Lescure et Aginel, trois variétés dénichées chez Françoise et Henri Barbot. Ce couple de maraîchers que j’allais bientôt retrouver sur le marché de Villeneuve-sur-Lot me convainquirent de lancer moi-même mes semis d’oignon, lequel, plutôt rustique, n’aurait pas à souffrir de l’absence d’une serre, et reviendrait trop cher à faire élever ailleurs. Le poireau, en revanche, restait une culture rentable si on en achetait le plant. Je passais donc commande (au lycée agricole Fazanis de Tonneins) et m’ôtait quelques soucis.

Le roue de la vie continuait à tourner: ces poireaux en gestation succéderaient aux poireaux que je récoltais ces jours-ci pour une clientèle du voisinage. Ceux-là avaient été plantés dans des mauvaises conditions et la mouche du poireau ainsi que les mulots (ou les taupes) s’en étaient donnés à cœur joie. Résultat: une récolte-préparation fort longue, mais quelques jolies caisses vendues à vil prix à des clients doublement satisfaits. D’autres tâches champêtres nous occupèrent ces jours-ci: binage des fèves, et de l’ail après un petit apport potassique (Patentkali), début de désherbage des tunnels de culture en prévision des plantations du mois de mars. Arracher les touffes de ray-grass n’était pas une activité très enrichissante, au rendement limité, mais Laëtitia ne put refuser la corvée, car le temps pressait. Autre gros chantier dans les tunnels: y installer des ouvertures, et l’irrigation!

L’eau, c’est la vie! Je me rendais chez notre voisin Garonnais, maraîcher à la retraite, afin de mettre la main sur des montants métalliques, tuyaux de divers diamètres et asperseurs d’occasion. Je filais chez d’autres fournisseurs officiels, en quête d’éléments neufs: boulons et colliers de fixation, raccords et robinets, bâche plastique… Le chantier s’échelonna du lundi au samedi. On installa l’alimentation des asperseurs sous les tunnels, et au passage on redressa les arceaux et on tendit de nouvelles ficelles sur la bâche. On profita de la science de Garonnais pour installer des ouvertures déroulantes: des portes en plastique, quoi. Enfin, j’arrimais des dizaines de mètres de tuyau sur la façade sud des tunnels, en guise de nourrice pour chaque départ de ligne d’asperseurs et de gaines goutte-à-goutte. Ça prenait forme.

Pour un jardin, l’eau est une question de vie ou de mort. Hélas, la digue du lac n’ayant pas fait ses preuves, nous nous exposions au manque. Au moins pour cette saison. L’entrepreneur qui avait creusé l’ouvrage, s’étant déplacé pour en constater l’inefficacité, projeta une intervention: on pencha pour un remaniement de la digue, le bouchage d’éventuels drains oubliés, une bâche étanche (très chère), l’agrandissement pur et simple… Mais pour l’instant, l’état du terrain, encore humide de l’hiver, ne permettait pas d’intervenir. On croisa les doigts tandis qu’on s’apprêtait à mettre une touche finale à ce jardin menacé de sécheresse: l’installation d’une pompe flambant neuve. Autant continuer à se mouiller, hein? Ici, au village, on ne me surnomme pas Jean de Florette pour rien.

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