Goldoni, t’es maudit

Semaine du 15 au 21 octobre 2018

Aurélie et Laurent, rencontrés au Vietnam au printemps dernier, nous ont fait la joie d’honorer leur promesse de rallier ce trou paumé depuis la bonne ville de Fribourg en Suisse. Pas bégueules, ils ont réclamé du boulot pour leurs vacances, le genre de boulot qu’on réserve aux gens de la ville: crasseux, ingrat, mais dans un grand air frais d’automne qui donne de belles couleurs aux joues. Ainsi s’organisa la taille radicale d’un bout de haie au Sud de la maison: un érable champêtre, un frêne, des prunelliers et aubépines rabattus à 2m à coup de tronçonneuse et de sécateur produisirent une quantité non-négligeable de bois de chauffe et laissèrent pénétrer les rayons déclinant du soleil. Aurélie eut le privilège de visiter la déchetterie locale à la tête d’un convoi de ferraille, Laurent m’aida à divers bricolages, puis manifesta son intérêt pour la mécanique. ensemble, nous remplaçâmes la bougie du motoculteur Goldoni, en panne depuis deux jours. Celui-ci péta au premier coup de manivelle, augurant un bel avenir agricole (enfumé, mais agricole quand même). Puis on s’attaqua à l’épineuse question du différentiel. Qui permet normalement aux roues, comme son nom l’indique, de tourner à des vitesses différentes, idéal pour facilement négocier les virages. Jusque-là, le mécanisme paraissait inefficace, et il fallait peser de tout son poids sur l’engin pour réussir à virer de bord. J’avais lancé un appel à l’aide sur un forum spécialisé, glané quelques pistes et un manuel d’utilisation. Le cerveau de Laurent fît le reste. Nous retendîmes un câble de commande et le différentiel disparu revint aussitôt. Tout ça était vraiment chouette et je nous voyais sortis d’un sombre épisode mécanique. Mais je me trompais.

Découpage regard béton à la disqueuse - Ferme de Videau
Laurent à la disqueuse

C’est un autre genre de bougie qu’Aurélie souffla pour ses 32 ans, au-dessus d’un gâteau d’anniversaire lâchement pompé sur Internet mais ultra-locavore puisque composé en majeure partie des noix de Videau, précédé d’un foie gras, car on se fout pas de la gueule du monde, surtout quand il vient de Suisse. Je délaissais un peu nos amis pour accomplir mon devoir de webdesigner à mi-temps, devant ma bécane et aussi en rendez-vous d’affaires. Le vendredi, nous troquâmes les suisses, échappés vers Bordeaux, pour une bande de copains agriculteurs du coin. Il fut notamment question de la revue Le Citron, qui vous invite à chausser des bottes à la découverte du monde paysan avec des photos canons, du cidre local ramené par Gildas et des physalis dont Sabine fait une spécialité et qu’elle glisse séchés dans son mélange apéro. De la bouffe, toujours de la bouffe… et encore de la bouffe avec le repas de baptème du petit Gabin, dimanche, au cours duquel je rencontrais un couple de maraîchers des Landes pas avares en conseils.

Mais tout cela suffit à peine à réchauffer l’atmosphère. Je ne parle pas des deux ou trois couches que la brume matinale nous oblige désormais à enfiler jusque tard dans la journée, mais de la frustration qu’engendrèrent plusieurs rendez-vous ratés avec l’efficacité à cause d’ennuis mécaniques. Pire, le sentiment d’être maudit: le Goldoni retomba en rade au bout de quelques dizaines de mètres de fraisage, et le chantier des tunnels de culture dut attendre la réparation par soudure d’un outil. La préparation de la saison prochaine prenait encore du retard, alors que la fenêtre de tir pour le travail du sol arrive à son terme. Là-dessus, nouveau coup du sort: il fallut emmener un chat chez le véto pour soigner un œil ulcéré rouge et brillant comme une cerise. Un coup à devenir superstitieux, je vous dis. D’où ce vibrant appel: les copains, campagnards, citadins, suisses, français ou d’ailleurs, n’oubliez pas d’adresser une prière à une divinité agricole quelconque: Cérès, Gaïa, ou Dionysos, si ça vous chante, histoire de défaire la malédiction. Pensez à nous!

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