WWOOFeurs - Ferme de Videau

Les experts Villebramar

Du 16 septembre au 13 octobre 2019

Nous approchons de l’hiver mais la saison agricole n’en finit pas de finir. C’était encore un mois riche en développements qu’une équipe décuplée et sans cesse renouvelée de WWOOFeurs a rendu possibles. À l’étage, la chantier terre-paille a officiellement pris fin. Dans la cour, la totalité du bois que nous avions prévu de rentrer pour l’hiver a été joliment aligné. En cuisine, les nourritures les plus diverses ont été mises en conserve et expédiées à nos généreux donateurs de la campagne de financement. Le jardin, pour finir, a connu de nombreux changements. Mais notre ultime réussite, pendant ces quatre dernières semaines, a été d’atteindre un nouveau record de bonne humeur. Récit pas triste.

Chassé-croisé

Pour commencer, nouveau chassé-croisé. Le week-end, on reçut la visite d’Audrey et Cédric depuis le Médoc voisin. Cédric m’aida à installer une nouvelle ligne de micro-aspersion entre fraises et salades, mais je contactais le fournisseur car la portée était insuffisante. Le couple prit congé et Magdy, soudanais WWOOFeur malgré lui, repartit de son côté pour la Nièvre. Olivier avait pris un jour off à vélo et ne devait revenir que le lendemain. Je l’embauchais pour passer la grelinette à l’emplacement des aubergines arrachées et pour désherber les poireaux. Je voyageais en Gironde chez un confrère maraîcher par lequel transitait une commande groupée de semences d’ail. Mercredi, on embarqua pour un marché de Villeneuve-sur-Lot plutôt calme, où je dépensais une bonne partie de la recette en charcuterie bio de la ferme de Lou Cornal en prévision du rougail-saucisse du soir avec Christine et Michel, nos amis d’Agen, soutiens de toujours.

Juste une goutte

Amis qu’on retrouvait dès le lendemain, dans leur maison de famille à Seyches, autour d’une activité forestière: charrier le bois abattu et billonné deux ans plus tôt, de la benne-kangourou du tracteur à la remorque, puis jusqu’à Villebramar. Michel et Olivier accomplirent quelques allers-retours, et on retourna même au bois le surlendemain, mais une crise de goutte contraint notre WWOOFeur au repos. Et à la modération, car l’arrivée de nos amis Claudette et Maurice pour le déjeuner supposait nécessairement qu’on ouvre une bonne bouteille. Samedi avait lieu une journée portes-ouvertes à la maternité de Villeneuve-sur-Lot et Laëtitia y fit le plein d’échanges dans des ateliers yoga, ostéo, acupuncture, etc. pendant que je préférais semer quatre planches d’un engrais vert donné par le voisin Damien, un mélange de mil, vesce, moutarde et trèfle incarnat à l’emplacement des futurs oignons en prévision de la pluie qu’on annonçait pour dimanche.

Engrais vert - Ferme de Videau
Quelques gouttes pour l’engrais vert.

Mécanicien de père en fils

En effet, il plut. Et le marché de Pujols fut sans joie, même si Olivier, malgré une cheville endolorie par la goutte assura en bon WWOOFeur le supplément d’âme indispensable à l’agriculteur solitaire avec des idées d’aménagement de l’étal et un sourire très efficace. L’après-midi, je récupérais mon motoculteur, dont le système de lancement du moteur semblait sur le point de rendre l’âme, chez le voisin Éric, cette fois en état de marche. J’allais en avoir besoin pour préparer mes prochaines planches avant d’autres semis d’engrais vert, et la plantation de cultures d’hiver sous tunnel. Mais le lendemain, à nouveau impossible de démarrer l’animal, que je me décidais à confier au garage voisin, c’est à dire au propre père d’Éric. L’affaire restait donc en famille, mais je préférais désormais qu’elle occupe les heures de travail du paternel plutôt que le temps libre du fiston.

Premier stage sans ascenseur

Lundi, deux nouveaux personnages firent leur apparition. Anthony suivait un BPREA au lycée agricole de Sainte-Livrade et devenait mon stagiaire pour deux semaines. D’entrée, je lui faisais arracher les courgettes, pendant que je lançais un semis d’oignons blancs et de blettes pour l’hiver, en plaque, puis un semis direct de carottes sous tunnel, équipé d’une lampe frontale car la nuit tombait étonnament vite en cette saison. Loïs, lui, était un WWOOFeur parisien fraîchement installé à Castenaudary («la ville du cassoulet», paraît-il) mais avec un projet agricole dans le Lot-et-Garonne. Assisté d’Anthony, il rangea le bois ramené de Seyches. On récolta aussi un supplément de tomates chez l’amie Sabine, dont le quota de conserves était déjà largement atteint. Anthony fut ensuite cantonné à un travail d’écolier pour son rapport de stage, en compagnie de Laëtitia occupés à d’épineuses démarches auprès de la CAF que seule notre poussive connexion Internet égalait en souplesse.

Motoculteur passage rotavator - Ferme de Videau
Rare: un motoculteur en état de marche.

Alexandra, le retour

Mercredi, j’emmenais Anthony au marché de Villeneuve-sur-Lot pendant que Loïs faisait la grasse mat’. On reprit les travaux des champs: désherbage et préparation de nouvelles planches. Laëtitia passa du temps en cuisine, puisque j’avais été propulsé rôtisseur de poulets à l’occasion de la fête du golf de Tombebœuf par son propriétaire, et que je voulais augmenter le gain de la soirée avec quelques suppléments payants, dont des tomates à l’ail qu’il fallait désormais passer au four. Je récupérai le motoculteur dont la réparation ne me coûta finalement qu’un panier de légumes. Le fournisseur de matériel de micro-aspersion se déplaça carrément pour procéder à divers essais d’irrigation, on régla le problème de la portée dans les tunnels et pour les salades de plein champ. Enfin, ce fut le grand retour d’Alexandra, notre WWOOFeuse périgourdine du mois d’août, que de toute évidence la ferme de Videau démangeait encore. Elle allait donc pouvoir participer à la clôture d’un chantier dont elle avait connu le lancement: l’isolation terre-paille.

Complètement rôtis

Samedi matin, on bouclait les récoltes en équipe, assez tôt pour avoir le temps de rejoindre une partie de la famille d’Yves, notre voisin et papy national, impliqués dans la vendange annuelle de muscadelle dont notre ancien tirait son vin blanc moelleux. On fut tous invités à déjeuner, et largement abreuvés en récompense. Hélas, on était privé d’une sieste réparatrice puisqu’il fallait rallier le golf de Tombebœuf pour l’installation de notre rôtissoire avant l’arrivée du public. Loïs se révéla être si brillant assistant que je lui abandonnais le service et la caisse sous la pression d’une foule affamée pour découper à la chaîne des volailles qui partaient comme des petits pains (comme les tomates au four de blondinette, d’ailleurs). Le rangement et la vaisselle effectués, on fit la connaissance de deux nouveaux travailleurs volontaires, débarqués dans la soirée: Maximilien et Florent, de banlieue parisienne. Puis on profita du concert, on se coucha tard, et c’est quelque peu rôti, mais toujours flanqué d’un Lois increvable, que je foulais le pavé de Pujols, à 7h30, pour le dernier marché de la saison.

Vendanges - Ferme de Videau
Ça change des légumes.

Massages de l’estomac

Ce dimanche-là, Alexandra initia Max et Flo aux joies du chantier terre-paille pendant qu’au marché nous échangions 20kg de tomates (à ajouter aux 20kg de la semaine précédente) contre viande et fromage de la ferme de Lou Cornal, sans lesquels, il faut bien l’avouer, nous n’aurions presque que de la verdure à nous mettre sous la dent. C’est que nous mettions un point d’honneur à prendre soin de l’estomac de nos hôtes, et eux nous le rendaient bien en ingurgitant parfois d’impressionnantes quantités de nourriture. L’arrivée de Max et Flo allait confirmer cette habitude bien ancrée! Enfin, on fit une sieste bien méritée et Loïs obtint un lundi chômé. Le chantier terre-paille redoubla cependant d’intensité car l’équipe Alex, Max et Flo fonctionnait à merveille. Laëtitia prodigua un massage réflexologie plantaire + visage et crâne à Allemans-du-Dropt. C’était, compte tenu de sa grossesse, la seule prestation qu’elle proposait encore.

Cuves et bocaux

Les jours suivants, je confiais au stagiaire Anthony la taille des stolons de fraisiers plantés début septembre. Celui-ci fit un peu de zèle en supprimant quelques feuilles et ce n’était absolument pas nécessaire! Je mesurais le degré de surveillance que je devais exercer sur mon employé du mois. On passait ensuite au raccordement des cuves d’eau de pluie avec la descente située à l’extrémité de la grange. Puis on habillait ces cuves avec quelques rouleaux de canisses et des chutes de bâche plastique noire, car l’obscurité complète était la condition indispensable de la non-prolifération d’algues. On planta des salades. On pailla les allées entre planches de poireaux et d’engrais vert. On ramena le bois d’un chêne tombé près du lac en 2018. On récolta des courges, puis d’autres tomates chez la voisine Sabine. Laëtitia orchestra en cuisine une belle production de bocaux pour la vente sur les marchés, avec étiquette et tout, qu’avait notifiée dans notre contrat mon contrôleur bio de chez Ecocert.

Bocaux de confiture et sauce piment - Ferme de Videau
Pour se chauffer le bocal (photo M. Deletang).

Dans la ZAD

Entre temps était arrivée Sarah, qui venait de boucler cinq ans de vie professionnelle associative entre Mayotte et la Réunion. Les parents de Laëtitia firent une halte à la ferme. Ce jour-là, nous fûmes 9 à table! La production de bocaux de tomates reprit de plus belle. J’envoyais Flo récolter des graines de fleurs: cosmos, œillets d’Inde, belles de nuit. La récolte de haricots gros blancs de Soissons, par contre, ne tint aucune de ses promesses: grains minuscules, bouffés par les vers, témoignaient probablement d’une d’irrigation mal contrôlée. On se consolait avec l’arrivée de Déborah (milledieu, encore une parisienne!) et l’instauration par Max et Flo de coutumes qui firent exploser la dose de convivialité que nous essayions d’apporter au quotidien: jeux de société, musique à tous les étages, bivouac nocturne. Le campement des WWOOFeurs avait pris des allures de ZAD et l’essentiel de la vie en communauté, en dehors des heures de travail et de repas, s’y était déplacé. Max et Flo avaient réussi à polariser le groupe autour de leur tonitruant mode de vie. Ces deux-là déployaient une quantité considérable d’énergie dont je pensais qu’elle allait s’émousser avec le labeur, mais je me trompais. Avec une saison dans les jambes, nous commencions à accuser le coup, alors qu’eux pétaient la forme. Des experts, quoi.

Dernier pub avant la fin

Les deux loustics réclamèrent même une mission pour laquelle nous n’avions jusque là trouvé aucun forçat: le cassage de gravats, à coups de masse, pour combler les ornières du chemin communal… avec playlist hip-hop en bande son, bien sûr. Plus calme, on profita d’un dimanche sur un sentier balisé entre Villebramar, l’église de Cabannes, Montastruc et Tombebœuf, pour finir au bar du golf et y recevoir une invitation au tout nouveau pub british de Montignac-de-Lauzun. Une semaine plus tard, après un semis de radis, une plantation d’épinards, une récolte opportuniste de potirons rouges vifs d’Étampes chez Damien, la préparation et le conditionnement de sauce piment extra-fort, l’expédition de colis de victuailles aux donateur de notre campagne de financement participatif, le passage exceptionnel de Dominique, une vieille copine Martiniquaise venue spécialement dans le Sud-Ouest, l’inévitable paperasse et l’incessant chantier d’isolation terre-paille à l’étage, c’est finalement là-bas, dans cet authentique temple de la bière anglo-saxonne, que nous avons fêté le départ prochain de toute notre belle équipe.

Terre-paille et barbotine - Ferme de Videau
Le terre-paille, une passion.

Bénis WWOOFeurs

Max et Flo envolés vers Toulouse, la ferme de Videau sembla retombée en léthargie. Les tâches ne manquaient pourtant pas: on fit d’autres colis à destination des donateurs de la campagne, on démantela l’irrigation et on fit place nette là où poussaient les dernières courges, tomates et concombres de plein champ, car je voulais installer à la place trois tunnels supplémentaires. Dans ce but, j’allais chez le voisin Garonnais chercher 150 piquets métalliques et une tarière thermique pour les ficher dans le sol. Je passai le motoculteur sur 15 nouvelles planches et me fit livrer 12 tonnes de compost de déchets verts. Tout était prêt pour un important semis d’engrais vert avant la pluie. Autre bonne nouvelle, historique: le chantier terre-paille, expédié par nos trois WWOOFeuses elles aussi expertes, était officiellement terminé. Le moment de souffler un bon coup, crois-tu? Que nenni! L’isolation du futur gîte et du plafond des combles de la maison étaient encore au programme, avec l’aide, peut-être, d’autres volontaires. Volontaires bénis qui, non contents de participer à fond à la rénovation de la ferme de Videau, caressaient chaque jour, comme un gros chat qui ronronne, le moral et la détermination de ses propriétaires.

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