Sans précipitation

Semaine du 21 au 27 janvier

PLUS QUE 7 JOURS avant la fin de la campagne de financement participatif. Nous comptons encore sur votre générosité. Jusqu’ici, nous avons reçu un déluge de dons, il ne manque que quelques gouttes pour atteindre l’objectif. Rendez-vous sur https://bluebees.fr/fr/project/504

Cette semaine s’acheva par de belles averses, avec même quelques grêlons, et cette eau fût la bienvenue. Ce lac que nous avons fait creuser représentait un gros investissement et de lui allait dépendre la moitié de l’activité de la ferme. Or, la courbe des précipitations n’avait pas été, jusqu’ici, très habituelle pour la saison. Il fallait de l’eau! Même le toubib à qui je rendais visite pour ma tendinite au poignet (et qui s’avéra être le maire de Miramont-de-Guyenne, premier gros bourg du coin) accusa la sécheresse. Sécheresse de mon organisme (car je buvais peu), en partie responsable de l’inflammation. C’est que, pensais-je, un bon agriculteur ne devait pas permettre à l’eau du ciel de passer par son corps, pour qu’elle s’en aille plus rapidement à la terre.

Remplira, remplira pas?

Faute de grosses pluies, on ne manquait pas d’humidité. La livraison de fumier que j’espérait avant le début de la saison ne serait pas pour tout de suite, notre terrain comme celui de nos voisins restant impraticable. Je me jurais de ne plus jamais rater le coche des beaux jours. La leçon des agriculteurs locaux, sur ces coteaux argileux, je l’avais reçue plusieurs fois: en hiver point de travail du sol, ni de logistique possible. Comme les jours précédents, ce n’est qu’à l’abri des tunnels de culture qu’on put tranquillement travailler sans patauger. Il s’agissait d’installer les barres de cultures en acier, éléments horizontaux entre les arceaux d’une serre, qui supportent le palissage des tomates, concombres, etc. Il fallait être deux et le chantier fut interrompu par le départ de Laëtitia à la capitale, pour la deuxième partie de sa formation massage Amma assis.

Auparavant, nous trouvions aussi le temps d’installer un grand établi de menuisier sur roulettes acheté d’occasion, sur lequel je fixai un étau. En plus d’une déjà conséquente collection d’outils, l’ensemble complétait la panoplie de base du parfait bricoleur. Pour la panoplie du parfait maraîcher, je repasserais. La liste était encore longue. Mais j’avais finalement récupéré auprès du vendeur la moitié de la somme investie dans une balance poids/prix pour les marchés, parce que l’impression du ticket ne fonctionnait pas (chose que j’estimais réparable). Je me mettais justement à la recherche d’un emplacement sur les marchés locaux, où l’on trouvait déjà beaucoup de légumes, mais pas souvent bio et pas toujours locaux. Laëtitia surfait en quête d’une chaise de massage, la plus ergonomique possible.

À propos de légumes, je reposais mon poignet en achevant la planification de la saison de maraîchage et je ne résiste pas à l’envie de dresser ici la liste des cultures que j’ai prévu de lancer au printemps, par ordre d’arrivée dans le jardin:

  • Courgettes jaunes et vertes (4 variétés)
  • Melons charentais (4 variétés, toutes hybrides F1)
  • Tomates anciennes (10 variétés, dont brandywine, marmande, stripped german, auriga et carotina)
  • Poivrons (4 variétés, plus piments habanero et jalapeno)
  • Aubergines (3 variétés)
  • Choux pointus (variété caraflex F1)
  • Poireaux (3 variétés)
  • Salades (laitues beurre, batavias, feuilles de chêne)
  • Radis
  • Concombres (3 variétés)
  • Courges (7 variétés, dont potimarrons et courges spaghetti)
  • Tomates de plein champ (variétés ananas, cornue des Andes et roma pour les conserves)
  • Blettes (3 variétés)

Et quelques semis d’été:

  • Carottes (3 variétés, orange, blanche et rouge)
  • Betteraves (2 variétés)

Enfin, ce week-end, je me rendais tout seul, en l’absence de Laëtitia, à une réunion de jeunes habitants du coin chez Sabine, notre voisine agricultrice. Il fut question de la création d’un café associatif, ou tout au moins d’une association qui aurait vocation à organiser des événements dans nos communes. Dans l’assistance, il n’y eut bien sûr personne pour déplorer les nombreuses festivités gourmandes façon Sud-Ouest organisées aux beaux jours dans nos communes. Mais ici peu de bars et de cafés. Pas de cinéma, ni de théâtre. Nous manquions d’un lieu convivial et d’événements culturels, et les idées fusèrent: randonnées botaniques, contes pour enfant, jeux de société, concerts, projections, débats, rencontres… Il y avait du pain sur la planche, et je n’étais pas sûr qu’il soit raisonnable de nous lancer là-dedans à la veille d’une installation agricole. Les copains, bien qu’enthousiastes, avaient aux aussi un agenda bien rempli. À suivre, donc, mais sans précipitation.

Sale temps pour les tendons

Semaine du 14 au 20 janvier 2019

Toujours pas beaucoup de pluie cette semaine. Régulièrement, on jetait un coup d’œil au niveau du lac: ça ne montait pas, ça baissait! Et pourtant toujours cette ambiance humide, le sol qui colle aux basques et qui contrarie le travail au jardin, et ce front gris permanent qui fout le cafard. On pataugeait donc un peu en balançant dans les fèves quelques grammes d’anti-limace, à défaut d’avoir pu mettre en pratique les recommandations d’Hervé Coves. Heureusement, le temps restait sec sous les tunnels et je pus, armé d’une pelle et d’un cordeau, faire avancer pendant deux demi-journées l’aménagement de buttes de cultures en prévisions des première plantations en mars. Jusqu’à ce qu’une violente tendinite, peut⁻être liée à l’humidité, m’obligea à mettre mon poignet droit au repos forcé, sabordant mon bel agenda.

Rangs de fèves - Ferme de Videau
Beaux rangs de fèves malgré les limaces

Lundi, le charpentier vint retirer les étais qui soutenaient les poteaux de la grange. Les plots béton étaient secs, les voyants signalant le chantier gîte repassaient au vert. Je passais enfin commande de plants maraîchers, groupés avec ceux du voisin Garonnais qui, bien qu’à la retraite, se préparait à planter davantage de melons que moi. Laëtitia se rendait au domicile de deux clients. En tout, elle pratiqua une demi-douzaine de massages dans la semaine. Et consacra 51 heures à la garde d’enfants, ponctuées de ménages, chez un couple du voisinage. Nuit comprise. Je menais la grande vie de célibataire, débarquant mercredi soir à l’heure de la Suze chez le voisin Yves (bientôt 87 ans) qui sautait sur l’occasion pour m’inviter à dîner.

Handicapé du bras droit, je ne trouvais pas grand réconfort dans une séance en urgence chez un ostéopathe du coin, et je me consacrais sagement à l’animation de notre campagne de financement participatif dont la cagnotte avait dépassé les 10000€, essentiellement grâce à nos proches malgré une double publication dans les journaux locaux. Nous étions très chanceux, mais 15 jours nous séparaient encore de l’objectif et on pouvait faire encore mieux. Je m’attelais aussi, mais sans conviction, à la recherche sur Le Bon Coin de matériel de récolte d’occasion (caisses, brouettes…), et à l’établissement d’un devis pour la fourniture de barres de culture en acier pour les tunnels. Un autre devis, celui d’une pompe électrique pour l’irrigation, réclama ma présence à Marmande.

Au retour, je mettais la main sur une balance poids/prix qui m’accompagnerait sur les marchés, mais il s’avéra que l’impression du ticket était défectueuse. Je louais les joies de l’occasion, avec une pensée pour mon vieux motoculteur. Celui-ci était maintenant opérationnel, mais au prix de telles pétarades que je demandais à mon voisin mécano d’y jeter un œil. Il enleva d’office l’engin pour une révision complète.

Samedi, enfin, nous déchargeâmes nos esprits préoccupés par le casse-tête de la planification et l’accumulation des tracasseries à l’occasion d’un dîner chez nos amis Delphine et Nico à Saint-Eutrope-de-Born. Lui s’apprête à devenir paysan-boulanger, et ils vivent désormais dans une maison entièrement rénovée (parfois en chantier participatif, dont nous fûmes) avec des techniques écologiques: poêle de masse, isolation paille et ouate, enduits terre, etc. Un rêve de sophistication rustique que nous nous empressâmes de jalouser. Et de lever nos verres: à la santé de l’effondrement qui vient, cher au chercheur Pablo Servigne, et des façons de s’en accommoder, à nos projets intrépidement optimistes! Heureusement, malgré mon tendon douloureux, j’arrivais encore à lever le coude.

L’année de tous les trafics

Du 24 décembre 2018 au 13 janvier 2019

Il faut d’abord que je m’excuse auprès de chacun de nos lecteurs les plus fidèles pour cette entorse exceptionnelle à la précision hebdomadaire habituelle de cette chronique. Laëtitia et moi-même ne sommes pas insensibles à la trêve des confiseurs, et ne dédaignons pas non plus de rendre visite à la famille, éloignée depuis que nous avons choisi de nous installer dans le Sud-Ouest. Notre quotidien a donc été considérablement chamboulé par plusieurs déplacements, et c’est en pointillés que nous avons accompli les travaux en cours, surtout leur planification. Forcément, nous avons mis en veilleuse le récit de la vie à la ferme, mais voici quand même un résumé de ces 3 dernières semaines.

Exportation

Le 24 décembre, pour prouver notre bonne intégration, nous exportâmes d’excellents rouges de la cave de Beaupuy près de Marmande, un blanc moelleux de Chateau Larchère à Monbazillac et un foie gras fermier de Bourgougnague dans le Lot-et-Garonne, pour le réveillon de Noël à Poitiers. Les jours suivants, je naviguais entre un guide variétal légumes édité par la FNAB, le dernier catalogue du Biau Germe, le «Manuel d’agriculture biologique sur petite surface» de Jean-Martin Fortier et le support de cours d’une formation en planification pour préciser ma commande de plants potagers issus de pépinière, entamée la semaine précédente. Quelle densité? Quelles dates de plantation? J’allais pouvoir demander quelques devis. Juste à côté, Laëtitia potassait ses cours de massage Amma assis.

Convoyage

Le 27 décembre, retour à la ferme. Nous attendions la visite de Delphine, Andreas et leur petit bout. Pour les parisiens, on força l’alimentation du poêle, y compris au milieu de la nuit, parce que ça pelait, et on mis les chats dehors. En faisant frissonner les frileux, en chatouillant les allergiques, ce séjour rustique tenait un peu trop ses promesses! Le bébé prît son premier bain devant un feu de bois, dans une bassine tout juste assez grande pour lui. Et fît connaissance avec tout un bestiaire dans le voisinage: les vaches blondes d’Aquitaine de Pépito, les chèvres, chevaux et poules de Mag et Marianne. On faisait complètement relâche, sauf en cuisine où mijotèrent un poulet farci, une terrine de légumes et une panna cotta kiwi-physalis pour le réveillon. Nos invités avaient convoyé du Cognac. On digéra jusqu’en 2019.

Trafic d’influence

Le 3 janvier, on décollait pour le Sud-Est. Juste après avoir enregistré un petit film en guise de message de bonne année pour nos soutiens à la campagne de financement participatif. À 15 jours du terme, celle-ci s’épanouissait en direction du deuxième palier à 10000€. On était optimistes. Les messages d’encouragement que nous recevions étaient de puissants aiguillons. Mais il fallait faire connaître notre démarche au delà du cercle des amis et de la famille. Nous relaçâmes donc divers organismes, assos et collectivités, ainsi que la presse. Laëtitia répondit par téléphone aux questions de Radio 4 (qui nous traite comme des parisiens), je donnais une interview au Mag Farmitoo (qui nous voit comme des jardiniers du dimanche). L’hebdo Le Républicain publia un bel article à notre sujet. Pas sûr que cette influence nouvelle se transformerait en donations, mais la réputation de la ferme de Videau, bonne ou mauvaise, était certainement en marche!

Prohibition

J’aidais mes parents à soutirer dans leur garage un petit vin bio, issu d’une partie de la récolte de leur voisin vigneron. C’était une récompense pour leur participation aux vendanges, tout ce qu’il y a de plus illégal. On prenait ensuite de l’altitude chez Tam et Greg Pernix, producteurs de plantes aromatiques et médicinales en biodynamie, dont les eaux florales et les bougies d’oreille constituent une des contreparties au don du financement participatif. Je bravais le froid sec des contreforts du Ventoux pour creuser dans le tas pétrifié de fumier de mouton et en ramener quelques brouettes à destination du jardin paternel. Comme d’habitude, on était gâtés côté cadeaux: gelée de pétales de rose de Damas, abricots au jus de la Drôme, huile d’olive du Vaucluse. Cette fois, on allait faire dans l’importation. Quant à l’épaule d’agneau, on la mangeait sur place.

Brasserie Zymotik au marché de Cahors - Ferme de Videau
Avec la brasserie Zymotik au marché de Cahors

Main basse

Et puis on reprenait la route vers l’Ouest. Un tuyau nous amena dans une pépinière à l’abandon du côté d’Avignon. On fît discrètement main basse sur de la bâche tissée d’occasion, du filet anti-insecte, des barres de culture et des tuteurs en acier. Puis nous fîmes halte dans les Cévennes, où un Bernard sur le point de déménager d’un ancien presbytère soldait son jardin. Nous embarquâmes ainsi quelques pieds de groseillier, de myrtilliers, de fushsias et d’hortensias. À Cahors enfin, nous retrouvions nos vieux amis Aline et Florent, qui font pousser leurs projets respectifs depuis quelques années: sculptures et bijoux pour elle, brasserie artisanale pour lui. Il y a deux ans, ils nous hébergeaient déjà entre deux visites de propriété à vendre dans le Sud-Ouest. Notre petit périple, avant le retour définitif dans une maison congelée que deux jours de chauffage suffiraient tout juste à ranimer, s’achevait donc sur un pèlerinage. Et un lot de 24 bouteilles de bière!

En imper, Noël

Semaine du 17 au 23 décembre 2018

Lundi, alerte aux fèves! Au détour d’un contrôle visuel de routine sur les rangs tout juste éclos de légumineuses, je constatais qu’un sale animal avait déterré quelques plantules pour en bouffer la graine. Contrarié dans mon emploi du temps, je demandais conseil à notre voisin Garonnais qui désigna les corbeaux comme coupables idéals, et me procura des petits arceaux et un vieux voile de forçage. Je dus me dépêcher de mettre en place une protection, glissant, pataugeant, suant pour décoller de la pelle des mottes de terre humide. C’est qu’à 14h, j’avais rendez-vous à l’autre bout du département avec une bande de maraîchers petite surface, pour la première réunion d’un groupe qui avait décidé de se serrer les coudes et s’échanger les tuyaux. L’union fait la force, et les corbeaux, parmi les plus intelligents spécimens du règne animal, le savent bien. Maudits piafs!

Voile de forçage sur fèves - Ferme de Videau
Les fèves protégées des corbeaux

Pendant ce temps, Laëtitia se trouvait à Paris, pour la première partie d’une formation massage Amma assis. Cette formule a plusieurs avantages: la séance est courte (1/4 d’heure environ), on s’assied et on garde ses vêtements. Une efficace pause de relaxation qui rencontre beaucoup de succès dans les entreprises, et aussi sur les salons bio et bien-être, et une nouvelle corde à l’arc de mon amazone. De mon côté, je croyais me détendre en m’attaquant à la planification des cultures pour la saison prochaine: j’établissais un plan de rotation et listais les espèces sous tunnel pour lesquelles j’allais acheter des plants: aubergines, haricots à rame, concombres, courgettes, melons, poivrons, piments et tomates anciennes. Je décomposais ma liste en variétés: tomate Green Zebra, melon Cyrano, aubergine Black Beauty… en m’autorisant quelques hybrides F1, histoire d’amortir mes erreurs de débutant. Ne restait plus qu’à établir un calendrier de plantation, et j’allais avoir besoin de quelques conseils. À suivre.

L’invitation à dîner chez les amis de la Maison Forte à Monbalen tombait à pic pour me changer les idées. Outre Philippe et Bruno, parrains de ce journal, je sympathisais avec Juliette et Hugo, deux autres têtes bien faites, pleines de projets pour la revitalisation de leur coin de campagne. On portait un toast au changement, lequel transiterait forcément par ce point tellurique qu’est la Maison Forte. Ce lieu de rencontre dont, ami lecteur, je t’ai déjà parlé. Et où je t’engage à courir. Pour ton salut! À mon retour, je chargeais 28m de bâche plastique verte, dernière pièce d’un nouveau tunnel destiné à stocker du matériel. Rentrée de sa formation, Laëtitia m’aida à installer cette couverture, tendue par de la ficelles selon la même technique que pour les tunnels de culture. On commençait à avoir l’habitude! Ce nouveau hangar était promptement terminé et le déménagement du capharnaüm allait pouvoir commencer.

Tunnel de stockage - Ferme de Videau
Un nouveau tunnel de stockage

Laëtitia repartait aussitôt au charbon: rendez-vous massage à domicile chez d’anciens et de nouveaux clients, son agenda se remplissant plutôt bien pour un deuxième mois d’activité. Quelques commandes de bons cadeaux tombèrent. De mon côté, je commençais à aménager des buttes de culture sous les tunnels. Puis je rejoignais le voisin Yves à la haie d’acacias. J’abattais deux arbres et les débitais en quatre fûts à peu près rectilignes. La clôture du verger aux tulipes de Villebramar laissant à désirer, il fallait intervenir: le lendemain, Florent du CEN Aquitaine (à qui appartient le verger) et moi-même assistions Daniel, bûcheron de Verteuil, dans l’installation de ces quatre nouveaux poteaux en acacia. Daniel reviendrait pour les portails en bois. Et me livrerait une remorque de vieux fumier de ses vaches de race ancienne. Pour l’heure, un copieux déjeuner (soupe, plat, fromage, dessert) nous attendait chez Yves.

Côté grange, ça bougeait pas mal, dans le bon sens du terme. La toiture était complètement stabilisée suite à un fâcheux événement. Les poteaux étaient maintenant étayés et raccourcis, le charpentier avait ensuite coulé d’élégants plots béton de ciment blanc. En attendant que ça sèche, on digérait la facture. Le futur gîte n’existait encore que sur le papier, mais sa charpente en avait déjà fait notre premier poste de dépense. En cadeau, l’artisan me proposa d’utiliser son chariot élévateur pour mettre hors d’eau le tronc d’un douglas abattu dans le jardin. On suréleva sur des cales la bille de bois, que j’écorçais ensuite proprement, pour prévenir l’arrivée d’insectes xylophages. C’est qu’il flottait. Et c’est chaussés de bottes et en imper qu’on reçut pour ce week-end la visite de Christelle, amie parisienne rencontrée à la formation massage et en quête d’un coin de Sud-Ouest avec vue sur les Pyrénées pour un nouveau départ, et de Val et Samuel (et leurs enfants), sur la route des vacances. Des primo-arrivants à la ferme de Videau qui colporteront, on l’espère, notre devise hivernale dans le reste du monde: tant qu’il y a de la boue, y a de l’espoir!

Et justement, en cette veille de Noël, notre campagne de financement participatif a passé la barre des 6000€. Alléluia! On y croit, vous êtes formidables.

Boules de Noël

Semaine du 10 au 16 décembre 2018

Cette semaine, on a consacré pas mal de temps à la communication autour du financement participatif. Nous envoyâmes un email de remerciement à chacun de nos généreux donateurs. C’était aussi l’heure de la relance, via notre newsletter et sur Facebook, une dizaine de jours après que la campagne eut démarré sur les chapeaux de roue. Ne pas s’endormir sur ses lauriers, se rappeler au bon souvenir des copains. Ensuite, on s’adressa au voisinage en espérant toucher quelques cœurs sensibles à la pureté de nos motivations: j’expédiais un communiqué de presse à de nombreuses rédactions régionales, et m’adressais à diverses organisations: Agrobio, ADEAR, Chambre d’Agriculture, communauté des communes, Conservatoire National d’Aquitaine, etc.

Déshydratation

Avec la récolte de kakis d’il y a quinze jours, on avait du pain et des vitamines sur la planche. Inspirés par les fruits transformés de Sabine, on songea au séchage des kakis: émincés à la mandoline et étalés sur de vieilles claies à prunes au dessus du poêle, nous en obtînmes deux fournées de qualité inégale, qui nous firent réfléchir à l’emploi d’un déshydrateur électrique. De toute façon nous n’avions plus sous la main que des kakis mûrs, déjà trop mous pour la mandoline. On fît alors chauffer la marmite à confiture, et tant pis si l’astringence du kaki cuit n’est pas du goût de tout le monde: c’était une fin plus honorable que la poubelle. Une caisse entière de physalis (ces petits boules de Noël cachées dans un lampion chinois) de chez Sabine suivit le même chemin, avec en plus un soupçon d’agar-agar pour la gélification. Après cuisson il en restait peu, seulement une dizaine de pots, dont le contenu d’une belle couleur dorée et à l’odeur inimitable promettait cependant, cette fois, un beau potentiel commercial. À reproduire.

Locomotion

Laëtitia fût souvent de sortie: elle gardait les enfants et faisait les ménages d’un couple de Miramont. C’était sa nouvelle condition de travailleuse véhiculée à temps partiel. Des voisins et amis de Villebramar lui passèrent aussi commande de quelques bons cadeaux massages. Elle fît quelques prestations à domicile, dans des villages proches. Et une amie lui dégota un emplacement sur un salon bio pour le mois de mars, lequel devait coïncider avec sa future qualification de masseuse sur chaise (massage assis, ou Amma). En gros, ça bougeait dans le bon sens.

Organisation

Jeudi, je me procurais quelques piquets et empruntais la tarière chez notre voisin Garonnais. J’avais juste le temps, avant la nuit, d’installer la structure d’un tunnel, lequel une fois bâché deviendrait notre nouveau hangar, car la partie nord de la grange devenait un dangereux dédale encombré d’équipement, de vieux vélos, de matériaux de récupération, de meubles et d’outils divers et qu’il devenait urgent de lui redonner sa vocation initiale de garage/atelier en déménageant le matériel agricole dans un endroit approprié. Pour accompagner ce grand élan organisationnel, je mettais la main sur un établi en bois sur roulettes d’occasion, bricolé par un ancien menuisier et dont les dimensions mettaient à l’aise: 2,60m de long sur 1,10m de large. De quoi opérer un cheval, s’il le fallait.

Serre à matériel - Ferme de Videau
Le futur hangar

Régénération

Côté visites, je me rendais à une nouvelle rencontre organisée par l’ADEAR à la ferme bio du Chaudron Magique à Brugnac. Nous échangeâmes avec Raphaël, un des propriétaires de l’endroit, jeune repreneur de l’exploitation familiale dans laquelle il initia un tournant agronomique, introduisit la production céréalière et développa une activité meunière. Autre intervenant, le céréalier Stéphane Gatti entra dans les détails de la plantation d’arbres en agroforesterie et du semis direct sous couvert dont il est devenu un des spécialistes sur sa ferme pilote à Laplume. Avec son association CTV, il promeut une «agriculture de régénération» par laquelle le sol redevient vivant en étant toujours couvert et jamais travaillé. Et offre des rendements intacts, à long terme. Alain, de l’ADEAR, a souligné la supériorité technique de certains agriculteurs conventionnels (dont fait partie Stéphane) par rapport à ceux en bio sur ces sujets. On sentait émerger une volonté, de part et d’autre, d’échanger avec ses confrères en dépassant la frontière idéologique. D’autres rencontres s’imposaient!

Inspiration

Vendredi enfin, je visitais Marielle, maraîchère depuis quelques années sur la commune de Bazens. Sur une chouette prairie bordée de grands chênes, elle a patiemment aménagé des buttes de culture après avoir préparé ses parcelles en y épandant fumier, paille, recouverts d’une bâche d’ensilage pendant plusieurs mois, selon les méthodes de maraîchage sol vivant. Ses seuls outils, à l’exception de la tondeuse, sont manuels: la Campagnole, sorte de grelinette améliorée, le rateau et le croc. Marielle prépare des paniers pour des clients du coin et en AMAP. Ses conseils sont venus conforter mes résolutions pour la saison prochaine, saison que j’ai voulu préparer en allant à la rencontre, dès cet automne, de mes semblables. Son modèle a l’avantage de la sobriété et de l’élégance. Un idéal inspirant que je m’efforcerai d’atteindre.

Drame sous la grange

Semaine du 3 au 9 décembre 2018

Pour commencer, on faisait le ménage autour de la grange en prévision de la venue du charpentier. C’était un peu la zone, faut dire. Surtout à cause du tas de bois formé par l’ancien bardage et d’éléments issus du démontage de l’étable. On tronçonna ce qui pouvait servir de combustible pour le poêle, on fit un grand brasier avec le reste. D’habitude, les déchets du jardin (tontes, paille, résidus de culture, produits de la taille des arbres…) vont au compost ou directement à la terre, quand ils ne servent pas de paillis ou d’abri pour la microfaune. De cette façon, c’est dans le sol qu’on séquestre le carbone contenu dans ces «déchets verts», quand brûler ne ferait que le libérer dans l’atmosphère.

Tuyau d'évacuation PVC - Ferme de Videau
Des munitions pour la guerre des tranchées

Ensuite, on prenait la décision de s’occuper sérieusement de l’évacuation des eaux de pluie de la grange, destinées à rejoindre notre beau petit lac d’irrigation. Avec une telle surface de toiture, ce serait gâcher que de laisser toute cette flotte aux crapauds. D’abord, ils s’y noieraient. Ensuite, cette eau qui s’accumule au pied du bâtiment à chaque forte averse, infiltrant le sol et les murs, est une menace pour l’aménagement du gîte. Nous fîmes donc nos emplettes à Marmande, et le budget du mois en prît un sacré coup. On ramenait tout un tas de tuyaux et on laissait un chèque de caution pour la mini-pelle de location, et nous n’avions plus qu’à attendre le week-end en faisant des étirements: la guerre des tranchées arrivait.

Et puis, jeudi, il se produisit un événement grave qui nous obligea à déprogrammer ce chantier. Un événement qui faillit tourner au drame. À l’occasion des travaux du gîte, nous avions demandé au charpentier de refaire le soubassement de deux poteaux, mal protégés de l’humidité. L’artisan fît ce qui s’annonçait comme une opération de routine: il étaya patiemment les poteaux. Dans la soirée, Laëtitia fût d’abord  alertée par un grand bruit. Le charpentier débarqua tout d’un coup, blanc comme un linge: «j’ai fait une connerie», qu’il dit. Une connerie qui lui avait presque coûté la vie, oui. Un des deux poteaux, bien qu’étayé, s’était effondré sous une inattendue poussée latérale et avec lui une grosse poutre, à une poignée de cheveux de notre bonhomme, lequel n’avait dû son salut qu’à un bond de côté. La couverture de tuiles faisait maintenant une grande vague. La moitié du bâtiment menaçait de suivre le mouvement… Allait-il le suivre? Allions nous perdre notre grange? Notre homme sécurisa ce qui pouvait l’être, et revint le lendemain avec son chariot télescopique. Dans la journée, il remit d’aplomb notre belle charpente centimètre après centimètre. C’était un bon. Nous échappâmes à la procédure de sinistre avec assurance et tout et tout. Le chantier du gîte, encore une fois, prenait du retard. Mais le pire était évité, et notre charpentier bien vivant. Avec une histoire de plus à raconter à ses futurs petits enfants.

Accident de charpente - Ferme de Videau
Accident de charpente à Videau

Du coup, j’annulais ma visite chez Marielle, une maraîchère de Bazens, pour surveiller l’évolution de ce chantier. Mais j’avais eu le temps de participer à une visite de maraîchers-arboriculteurs organisée par l’ADEAR: je retrouvais avec plaisir le jardin de Jacques Barroux, qui a planté ses fruitiers au milieu de ses légumes, et rivalise d’ingéniosité en matière de lutte biologique. Je découvrais le verger de pruniers de Karina, un espace laissé presque sauvage, à peine perturbé par une taille très douce et l’unique tonte qui précède les récoltes. Des pratiques qui feraient bondir mon voisin Yves, l’homme qui a sauvé les tulipes de Villebramar, mais avec l’aide de la mécanique. Et puis, de retour à la maison, nous avons achevé de couvrir avec des bâches occultantes les buttes de culture aménagées cet automne et qui n’avaient pas reçu de couvert végétal. J’ai épandu deux brouettes de fumier sur les asperges, que j’occulterai à nouveau après la prochaine grosse pluie. Et nous avons, en deux temps, formé de beaux alignements avec le bois abattu l’hiver dernier chez nos amis de Seyches pour qu’il sèche. Pour finir, nous avons retrouvé Sabine et Gildas, de Tombebœuf, à une foire bio à Bergerac. Leur stand présentait des conserves de mouton et des fruits séchés qui déchirent: graines de courge, tomates, physalis, kakis. Nous rencontrâmes la créatrice de la revue le Citron dont je vous ai déjà parlé ici et qui, je l’espère, nous fera la faveur de lire un jour ces lignes.

Enfin, cette semaine c’était le lancement de la campagne de financement participatif sur la plateforme Blue Bees. Presque une semaine plus tard, quelle claque! Les premiers contributeurs ont joué le jeu en contribuant rapidement à coups de montants plutôt élevés, et nous approchons déjà les 5000 euros. Merci à vous tous qui avez participé, vous êtes nos anges-gardiens. Vous êtes nos bienfaiteurs. Vous allez changer la donne. Continuez à faire mousser notre projet, le chemin reste encore long jusqu’aux 25000 euros espérés, avec lesquels la saison de maraîchage 2019 aura l’air vraiment professionnelle, et les finitions du gîte plus brillantes que jamais. On y croit, pas vous?

Cours d’agriculture générale

Semaine du 26 novembre au 2 décembre 2018

Lundi, on démarrait sur les chapeaux de roue avec la couverture des tunnels de culture. Les bobines de film plastique attendaient sagement depuis deux jours une disponibilité de notre voisin Garonnais: celui-ci ramena quelques arceaux métalliques manquants sur son Manitou (en tant que maraîcher à la retraite, il est le fournisseur officiel de matériel d’occasion de la ferme de Videau), et nous procédâmes sous sa direction. Pour chaque tunnel, on planta la bobine sur une des fourches du Manitou, à 2m du sol, qu’on déroula jusqu’à l’autre extrémité de la série des arceaux. Puis notre professeur nous montra comment installer la ficelle entre les montants, par dessus le plastique, de façon à plaquer celui-ci sur les arceaux.

Dieux des tunnels

Il fallait faire vite puisque le vent menaçait de se lever et qu’une bâche mal fixée risquait de se transformer en incontrôlable parapente géant. Les dieux, qui étaient avec nous, retinrent la brise, et à la tombée de la nuit nous avions agrémenté le paysage de quatre chenilles translucides géantes, solidement arrimées. Pas un chef d’œuvre d’architecture, mais un outil précieux pour le revenu du maraîcher: ces petits tunnels de 25m sur 4,50m disposés dans le sens de la pente offriraient une bonne circulation de l’air et une meilleure précocité que des grands structures à haut plafond. De quoi allonger la saison des «ratatouilles» (tomate, poivron, courgette, aubergine), anticiper la production des primeurs (pomme de terre nouvelles, pois, haricots, carottes, radis…), et proposer davantage d’espèces en hiver (mâche, épinard, blette, salade…).

Tunnels de culture - Ferme de Videau
Apprendre à couvrir des tunnels, avec professeur

Friche d’affaire

450m2 de tunnels, ça restait très modeste. Je m’en rendais compte à l’issue d’une formation de deux jours, par deux professeurs, à la chambre d’agriculture d’Agen, intitulée «Planifier ses productions en maraîchage biologique». Nous utilisâmes un tableau Excel baptisé Légumix, en commençant par défricher les besoins: nombre de lieux de vente, quantité de légumes… Le chiffre d’affaire estimé, relatif à ma surface, ne s’avéra pas sensationnel, et je me cassais la tête pour caser un nombre raisonnable de légumes d’été dans mes petits tunnels. La nécessité de maintenir mon activité de graphiste pour cette année 2019 ne faisait plus aucun doute, sachant qu’en plus le temps consacré au jardin serait encore amputé par des travaux. En ce qui concernait le futur revenu agricole, Excel était catégorique: il faudrait au moins doubler la surface sous abri.

Les insectes sont nos amis

La question des rotations et des engrais verts fut largement abordée dans la formation, et même si je sortais déçu par l’organisation de ces deux journées je me félicitai d’être allé au contact de mes semblables. Et comme à l’occasion du Certiphyto, j’aimais bien retourner sur les bancs de l’école. D’ailleurs, j’assistais l’avant-veille à une autre formation intitulée «Identifier la biodiversité existante» et animée par Véronique Sarthou à Sainte-Livrade-sur-Lot. Ce fut un tour de reconnaissance exhaustif des bestioles qui vivent dans nos campagnes, à commencer par les vers de terre et les champignons mycorhiziens, et du bénéfice de leur présence: pollinisation tous azimuts et prédation des nuisibles: la coccinelle dévore les pucerons, le champignon «collet» piège les nématodes, le petit du faisan se nourrit d’insectes… La majorité des auxiliaires insectes sont des butineurs. Moralité: plantez des fleurs! On déplora la disparition de 75% des espèce cultivées depuis 1900, on milita pour la réintroduction des haies dans les parcelles. Et on programma une 2ème journée sur le terrain au mois de mai.

Plateau de kakis - Ferme de Videau
Des kakis encore verts

Feu vert pour la campagne

Et puis, quelques faits marquants en vrac: nous reçûmes la visite d’un correspondant local du journal Sud-Ouest pour un entrefilet sur la nouvelle activité de massage à domicile, nous récoltâmes plusieurs plateaux de kakis du voisinage, destinés à la confiture et au séchage, et j’invitais Laëtitia au restaurant la Tête d’ail de Cancon pour ses 33 ans: on croqua des pickles de gouttes de poivrons et des brins d’achillée millefeuille, et on sympathisa avec un staff sympa, aux appétits de produits originaux et locaux: je rêvais déjà d’une collaboration à base de colis de jeunes pousses et de piments des Caraïbes. Nous avions les tunnels pour ça! Enfin, nous avons mis une touche finale à notre campagne de financement participatif, avec un shooting photo rigolo dans le jardin et la mise au point des cadeaux de remerciement. Le lancement est prévu pour la semaine prochaine, et nous mettons de grands espoirs dans votre soutien. Notre projet, malgré tout le sérieux que nous y mettons au quotidien (sérieux dont, je l’espère, ce journal est le meilleur témoin) a vraiment besoin d’un coup de pouce financier… Pour que Videau devienne une ferme bio et écolo, un lieu pour vos vacances vertes. Aussi vert… que ces billets qui nous font défaut!

Viande rouge et gilets jaunes

Semaine du 19 au 25 novembre 2018

Cette semaine, nous avons créé une page pour le lancement prochain de notre campagne de financement participatif, prévu de longue date. À ce stade, notre budget travaux est presque épuisé, mais l’aménagement du gîte rural et l’équipement de maraîchage, préalables au démarrage de nos activités professionnelles, nécessitent encore une mise de fond importante. Il a donc fallu réunir de nombreuses photos et rédiger une belle présentation, puis mettre au point une liste de petits cadeaux, en contrepartie de la généreuse contribution des participants. Nous sommes dans les starting-blocks, nous espérons que nos fidèles soutiens le sont aussi. Par la même occasion, nous avons essayé de montrer au plus grand nombre notre petit film de la ferme, un survol en drone de mon cousin Alexandre Mauric, mis en musique par Clément Vallette et monté par mon frère Pascal, histoire de donner un aperçu concret de notre petit paradis et susciter un maximum d’empathie. Merci à eux!

On masse salarial

En marge d’une nouvelle série de rendez-vous plus ou moins encourageants avec des propriétaires de gîtes ruraux intéressés par une prestation massage bien-être dans leurs packs séjour, Laëtitia a vendu son premier abonnement pour 10 massages à une habitante de Montastruc. Mais deux messages sponsorisés sur Facebook et 1500 flyers plus tard, il faut bien reconnaître qu’à part ça la clientèle ne se bouscule pas au téléphone. Laëtitia s’est donc penchée sur les petites annonces pour baby-sitters en vue d’améliorer l’ordinaire d’une activité dont la réputation n’est pas encore faite, avec en ligne de mire la fin des droits au chômage. Sur fond de grogne sociale en gilet jaune, elle préférait miser sur la précarité du chèque emploi service et de nouveaux déplacements automobiles, là où un hypothétique poste salarié (mais notre département n’est pas précisément un bassin d’emploi), même à temps partiel, aurait trop contrarié le planning de son activité indépendante.

On masse cardiaque

En bons citoyens, nous nous rendîmes à une réunion d’information sur l’utilisation du défibrillateur municipal par deux pompiers volontaires de Tombebœuf. L’occasion de se rappeler les gestes qui sauvent: la mise en place des électrodes, le massage cardiaque… et la découpe du panetonne pour la collation. J’en profitais pour héler le peuple de Villebramar venu civiquement assister à cette réunion, dont les propriétaires du regretté restaurant Les Ganivelles, un fan de whisky et de Metallica, ainsi qu’une belle proportion d’anglais, et je nous présentais Laëtitia et moi, ainsi que les détails de notre projet.   

Faugétariens

Côté ventre, on inaugurait la cuisson longue sur le poêle d’un chili sin carne avec les légumes (navets, céleri branche, carottes) du voisin Garonnais et nos conserves de tomates. Mais, faux végétariens, on se précipitait aussi sur les merguez du couscous dominical, issues d’un lot de viande de brebis bio de notre copine Sabine Grossia à Tombebœuf que l’arrivée récente du congélateur nous autorisait à acheter. On ne touchait pas aux poireaux que j’avais planté assez tard pour la saison, et que j’achevais d’habiller pour l’hiver en les paillant d’un mélange de feuilles mortes de tilleul et de noisetier. Je constatais des dégâts causés sans doute par un parasite: la teigne du poireaux. Le mal était fait et les premiers froids avaient eu raison de la bestiole, j’espérais donc que mes légumes conserveraient suffisamment de vigueur jusqu’au printemps et les quelques premiers clients, parmi lesquels je comptais désormais officiellement la fille du voisin Yves. Je semais aussi, en jour fruit, 5kg de fèves. Un passage de grelinette et de rotavator sur l’ancien emplacement des courges me permit d’inaugurer la nouvelle bougie du motoculteur, officiellement compatible avec son moteur Lombardini, lequel se comporta à merveille. J’aimais désormais mon engin comme un frère.

Poireaux bio paillage feuilles mortes - Ferme de Videau
Les poireaux habillés pour l’hiver

Bons tuyaux, pas toujours écolos

Nous effectuâmes un aller-retour à Agen, chargés de panneaux isolant en laine de bois excédentaires à rendre au magasin (y a pas de petits profits), avec en poche la liste de courses des deux prochains chantiers: couronnes de tuyau PER pour la plomberie du gîte rural, rouleaux de film plastique pour la couverture des tunnels de culture. On sortait allègrement des matériaux naturels! Hélas, une estimation du coût du cuivre pour la plomberie, ajouté à mon ignorance totale en matière de brasage,  donnèrent l’avantage à la tuyauterie plastique. Par ailleurs, un alignement de serres vitrées eut été du plus bel effet au milieu du pré (quoiqu’un rien sensible aux intempéries), mais c’était un luxe absolu que mon inconscient même ne me permettait pas de voir en rêve. C’est pourtant une serre de ce genre que je visitais chez les Barbot, un couple de maraîchers bio près de la retraite à Fongrave auxquels je rendis visite en fin de semaine. Un couple adorable d’origine bretonne dont j’écoutais le récit des débuts dans le métier, dont je notais les utiles recommandations et dont j’admirais la conscience écolo: mazette, les tuyaux des radiateurs en fonte de récup, du chauffe-eau domestique et de la serre à semis raccordés à la cuisinière à bois! Découvrir cette saine énergie et ce paisible engagement, encore une fois, me réconfortèrent: les paysans, ces gens biens!  

Semaine creuse et cartons pleins

Semaine du 12 au 18 novembre 2018

Une semaine creuse, principalement consacrée au déménagement de la maison des grands parents de Laëtitia du côté d’Avignon, soit quelques jours de chargement et d’aller-retour par la route. Une partie du mobilier ira dans notre futur gîte: meubles de cuisine, de salle de bains, armoires en pagaille pas tous assortis à notre intérieur minimalo-champêtre, que les réjouissantes assiduités d’un chantier ponçage et peinture rendront méconnaissables (oui, j’ai toujours su que le relooking meuble me donnerait grande satisfaction). Autre héritage, une caisse à outils bien garnie et des rangements en tout genre, de quoi mieux équiper encore un provisoire atelier bricolage et mécanique. Enfin, un congélateur et une tondeuse à gazon.

Après un tel inventaire, et pour ne pas céder à l’embourgeoisement, je me retroussais les manches à notre retour et décidais de pailler les poireaux pour l’hiver selon la méthode décrite par Dominique Soltner dans son Guide du Nouveau Jardinage. J’avisais les nombreuses feuilles mortes des tilleuls des environs. Après quelques voyages en brouette, je couvrais la moitié de la planche de 50m de poireaux d’une bonne couche de feuilles, obstacle à la poussée d’adventices et protection de la vie du sol, et c’est seulement après que je me rendais chez le voisin Yves pour lui annoncer que j’avais violé sa propriété à la recherche de feuilles mortes. Comme attendu, j’y restais pour l’apéro.

Le week-end était déjà là, il fallut se rendre au village voisin avec le comité des fêtes de Villebramar dont nous faisons partie, pour les préparatifs de l’annuel loto dans cette autre salle des fêtes, plus vaste que la nôtre. Demi-chevreuils, rôtis, poulets, saucisses, entrecôtes… Des cartons pleins à faire frémir d’horreur un végétarien. À la buvette, on atteignit la rupture de boissons et de crêpes, ce qui était bon signe. Il fut annoncé que des voisins attendent un bébé. On nous titilla un peu à ce sujet, évidemment. Mais quoi, on d’autres projets dans l’immédiat, comme de boucler une petite vidéo aérienne de la ferme, ainsi qu’une campagne de financement participatif avant la fin du mois, histoire de soutenir la métamorphose de Videau en petit paradis. Ami lecteur, te voilà prévenu!

Sciences occultes

Semaine du 5 au 11 novembre 2018

Lundi, Laëtitia mettait un point final au chantier d’isolation sous rampants en laine de bois de l’ancienne l’étable, flanquée de deux équipières: Christine et Marie, la mère et la fille, l’une et l’autre moins bien sapées qu’à l’accoutumée pour d’évidentes raisons. Michel, le père, ne faisait qu’un saut pour le lunch et nous épargnait un probable menu végétarien en ramenant quelques confits de canard maison et un chouette Côtes de Gascogne rouge du domaine Guillaman. Je digérais tranquillement devant l’ordinateur, au chevet du futur site sous WordPress d’une agence d’architecture bioclimatique, puis j’allais épandre de l’engrais organique en prévision de la plantation d’ail bio Thérador.

L’ail, ça repousse

Mardi, ça n’est pas très scientifique mais nous étions en jour racine du calendrier biodynamique et je m’en souciais. Hélas, nous plantâmes dans des conditions qu’on ne saurait qualifier autrement que de dégueulasses. Leçon pour l’an prochain, même si ça pousse bien: planter plus tôt, en octobre, avant la pluie et dans un sol plus sec, ou au moins sous abri. Laëtitia prodigua deux massages à de nouveaux clients puis, l’après midi, changement de décor: maintenant que l’isolation sous rampants du futur gîte à cet endroit, très en retard pour cause de malfaçon dans la réfection de la toiture, était enfin terminée, on allait pouvoir y faire place nette. Jusqu’au soir, j’arrachais donc le plafond de l’ancienne étable.

Rénovation grange avant/après - Ferme de Videau
L’étable a disparu comme par magie

Mercredi, nouveau massage à domicile. Après les avoir déposées, nous stockâmes ensuite les planches en bon état, ainsi que les poutres, de l’ancien plafond: tant de bois, ça ne se jette pas, ça se recycle. J’achevais par le démontage de la séparation entre l’étable (où allaient les vaches) et la grange (où allaient le foin et la paille). Dans cet assemblage en tenon-mortaise, une série de planches verticales à claire-voie. Et parmi ces planches, certaines découpées pour permettre au bétail de passer le cou vers sa nourriture. Ce sont les «crèches» en bois, si caractéristiques et en assez bon état, qu’on s’est promis de transformer en éléments décoratifs de la future rénovation. Je stockais le tout après les avoir scientifiquement numérotées.

On touche du bois

Jeudi, nous continuâmes à démolir ce qui devait l’être: le muret de soutènement des crèches en bois, empilage approximatif de briques plates et de parpaings coulés dans le béton sur les anciennes fondations en tuf. Après, il fallut déblayer tous ces gravats. Un charpentier vint se rendre compte de l’état des poteaux qui soutiennent la toiture: il faudra les étayer (c’est pas de la tarte, on réserve ça aux scientifiques) et couler un poteau béton tout neuf. Puis Patrice vint couper le bois pour l’hiver à la ferme de notre voisin Yves. On laissait tout en plan pour l’aider à charger 6 stères de chêne et de charme sur la remorque, que nous déchargeâmes derrière la maison, 150m plus loin. Contre quelques gros billets, nous avions en principe une réserve suffisante (moins que l’année précédente, mais nous avions fait main basse sur quantité de vieux éléments de charpente, et abattus quelques arbres depuis).

Bâche d'occultation sur asperges - Ferme de Videau
Cachez ces asperges que je ne saurais voir

Vendredi, le déblaiement n’était pas encore terminé. Nous profitâmes d’un retour du soleil pour nous livrer à une science occulte. Si l’année précédente j’avais désherbé les asperges (environ 15m hérités des anciens proprios) en catastrophe au printemps, je voulais faire mieux cette saison. Entre un rang de belles asperges vertes et une prairie qui a repris ses droits, il faut choisir. Je scalpais donc rapidement l’herbe qui avait envahi la planche, je fauchais la partie aérienne des asperges, laissant tout sur place, et nous recouvrîmes d’une bâche occultante. Je remplaçais donc le couvert naturel par un autre artificiel, afin de ne pas laisser le sol nu pour l’hiver: c’est une règle fondamentale en agriculture de conservation.

L’occultation, c’est pas sorcier

Sous la bâche, le processus de digestion des restes de culture allait être favorisé, et les nouvelles levées d’herbe contrariées par l’absence de lumière. Au printemps, après avoir retiré la bâche, seul une opération de griffage superficiel pour incorporer un peu d’engrais devrait précéder la récolte dans un sol «propre». Nous étendîmes cette méthode à d’autres buttes de culture. Après tous ces gravats et vieux débris, la promesse d’une terre vierge et productive tombait à pic. Faire du neuf avec du vieux, voilà une devise.