La vie de famille

Du 8 au 21 juillet 2019

Lundi, c’était le jour d’après. Le début d’une nouvelle ère. Nous reprenions une vie normale après une semaine d’intense préparation et trois jours de chahut à la ferme. Une belle fête d’anniversaire pour laquelle nous avions mobilisé pas mal d’énergie, avec le concours de nos deux WWOOFeurs, Marine et François. En récompense, ces deux-là s’envolèrent quelques jours, l’un vers l’océan pour y faire la planche, l’autre vers le lac de Tombebœuf pour une paisible retraite. La maisonnée retrouva son calme habituel, mais c’était désormais assez inhabituel, et nous nous sentîmes, blondinette et moi-même, presque esseulés. N’empêche, la routine reprît son cours, avec un peu moins d’efficacité. Nous étions maintenant amputés des deux membres, et aussi un peu fatigués de nos exploits. Il fallait continuer à prévoir l’avenir: je préparais une commande de plants de fraisiers, et me mettais en quête de compost à épandre sur les futures planches de culture.

À part ça, la semaine s’écoula à un rythme décontracté, entre nettoyage du site et rangement du matériel: chaises, tables, sono, fûts de bières, gobelets, barnum et congélateur furent restitués à leurs propriétaires. J’accomplissais la corvée quotidienne de récolte et d’arrosage, et me rendais au marché. Pour la première fois de ma vie, je foulais le pavé médiéval de la bonne cité de Pujols, et y déchargeais ma marchandise. Je battais d’entrée mon record de vente, sans doute avantagé par une belle récolte de haricots verts, mais aussi par le fait que j’étais le premier et unique maraîcher bio de l’endroit! Une opportunité que je ne regrettais pas d’avoir saisie, après que Cathy de la ferme de Nicoy et Seb de la ferme de Lou Cornal, eux-même habitués de Pujols, me l’eurent soufflée à l’oreille. Je gardais bien sûr dans le cœur une place pour mes fidèles de la vente au golf de Tombebœuf, que j’avais sacrifiée pour Pujols à cause du trop grand nombre d’invendus, en espérant qu’ils se rabattent sur les paniers à la ferme.

Légumes bio au marché de Pujols - Ferme de Videau
Un étal assorti au t-shirt

La semaine suivante, retour de Marine et François. La première, pas au mieux de sa forme, prit rendez-vous chez le toubib après avoir largement contribué à pailler les pommes de terre. Verdict: une otite et du repos forcé, retour à la villégiature. La confrérie se disloquait à nouveau, il y eut un peu moins d’ambiance à l’heure du repas. Avec François, nous binâmes les oignons, nous détruisîmes une planche de carottes dont j’avais raté le semis faute d’un système d’irrigation efficace, et nous palissâmes les concombres de plein champ sur grille (pour éviter que la plante et les futurs fruits ne s’abîment au contact du sol). Le savoyard m’accompagna aussi au marché de Villeneuve-sur-Lot, et planta une demi-planche de basilic vert et rouge. Le métier rentrait à toute vitesse, pour lui comme pour moi. Le jeudi, Marine était guérie et nous avions davantage de compagnie en la personne de Marie, descendue pour les vacances de la banlieue parisienne avec sa fille Nina. Ensemble, elle se mirent rapidement aux fourneaux et, la panse bien garnie (d’un fameux caviar d’aubergine et d’un moelleux au chocolat noir, notamment), on décida de les y laisser.

Jeudi, notre voisin Garonnais vint préparer, à l’emplacement des fraisiers, quelques planches de culture avec une butteuse attelée derrière son tracteur. Je chargeais ensuite Marie et François d’y épandre du fumier, dont il restait quelques monticules ci et là. J’étais devenu un véritable contremaître, lançant les ordres sous le soleil avant de retourner à l’ombre de mon bureau. C’est que j’avais le site web d’un lycée parisien à livrer, et que démarrait le chantier d’électricité et d’isolation paille des murs de l’étage. On planifia l’achat de câbles, de boîtiers électriques, de tasseaux et autres chevilles à frapper… Après avoir visité le jardin dans tous ses recoins, nos deux WWOOFeurs passèrent aux combles, où les attendaient le nettoyage de la charpente, passablement mitée par les capricornes et les vrillettes, et qu’il fallait traiter avec un insecticide. On leur permit cependant de revoir le soleil à l’occasion de l’annuelle foire bio de Villeneuve-sur-Lot, organisée par Agrobio47, où chacun reçut un massage de Laëtitia qui y représentait l’espace bien-être avec sa chaise de massage Amma assis.

Marché nocturne Laparade - Ferme de Videau
Sortie en famille

Le lendemain, Laëtitia se rendait à la fête de Moulinet, et connaissait un succès mitigé avec ses massages de réflexologie plantaire. C’était mon deuxième marché de Pujols, où je vendais moultes tomates anciennes, quelques melons, de l’ail et des pommes de terre nouvelles, entre autres. Je gagnais haut la main une sieste devant l’ascension du Tourmalet, car la veille j’avais réussi à arrondir les fins de mois en jouant jusqu’à tard les assistants barbecue à une soirée musicale du golf de Tombebœuf. Après presque 120 côtes de porc, j’y passais un peu de bon temps avec les copains du groupe Märs et nos WWOOFeurs attablés. Avec le marché nocturne de Laparade, c’était la deuxième fois que nous sortions, pour ainsi dire, en famille, car cette vie commune à la ferme nous réussissait visiblement si bien, même pendant les heures de travail — travail que chacun, au fond, était venu trouver ici pour son besoin personnel — que nous n’hésitions pas à prolonger cette complicité dans les fêtes de village… dont ce pays regorge littéralement. Et dont on vous a souvent parlé ici. Une raison de plus pour venir… rejoindre la famille!

40 bougies, et autres statistiques

Du 17 juin au 7 juillet

Aucun doute, le tube de l’été se danse sur un rythme endiablé. Déjà trois semaines depuis notre dernière publication, les journées filant à la vitesse d’une courte sieste à l’ombre, à tel point qu’on se demande si on n’a pas rêvé. Et pourtant, notre carnet de bord atteste d’une activité intense, véritablement frénétique: des récoltes parfois pléthoriques et éreintantes pour le couche-tard imprudent, de colossaux stocks de concombres pour lesquels il a fallu trouver preneur, des plantations, des semis et des arrosages, des salons bien-être, et l’arrivée de deux WWOOFeurs et de nombreux autres visiteurs. En toile de fond: la préparation d’une fête d’anniversaire à la ferme, occasion d’un grand nettoyage. Tant de choses à raconter ici, que je me contenterai de résumer avec des nombres, sous forme de statistiques. Quelques chiffres ne valent-ils pas un long discours?

Semis et plantations

Plantation poireau d'hiver - Ferme de Videau
1500 poireaux sous la douche
1500

Poireaux

45

Concombres

50

Courgettes

30

Tomates

Impeccablement épaulé par Laëtitia et nos deux WWOOFeurs Marine et François, venus renifler l’air de la ferme, nous avons lancé quelques cultures d’arrière saison et laborieusement planté à la main les poireaux d’hiver. Les tomates (non-bio) de la voisine Huguette ne seront pas commercialisées mais fourniront des semences pour l’année prochaine. Celles-là ont bien démarré. Mais pas les salades, souffrant de la chaleur et ayant tendance à monter à graine, que je cessais de vendre pour un petit moment. En cause, une irrigation mal proportionnée. Je ratais un semis de carottes pour la même raison. Mais on allait pas s’envoyer le moral dans les chaussettes pour quelques bottes.

Récoltes

Ail Therador - Ferme de Videau
L’ail de Videau, c’est le plus beau
255

Concombres (kg)

70

Ail (kg)

68

Haricots vert (kg)

45

Choux pointus

Certes, la reprise de certaines plantation (melons, poivrons) a été difficile. Erreur bien avouable: c’est le métier qui rentre! En revanche, j’étais submergé de concombres. Je réussissais bien à refourguer quelques colis en magasin bio, à l’épicerie du coin, chez un grossiste… Mais faute de pouvoir stocker en chambre froide, je jetais encore beaucoup. J’abandonnais mes clients du samedi à Tombebœuf, à qui je proposais désormais des paniers à la ferme, pour me rendre au marché plus touristique de Pujols. Sans trop de remords, puisque j’y battais mon record de recette dès le premier jour, donnant enfin un débouché convenable au boum de production de l’été. Enfin, on stockait à l’ombre, pour séchage, un ail magnifique bien que mangé par la rouille.

La fête

Fête 40 ans - Ferme de Videau
Rock à la casbah
75

Participants

130

Litres de bière

20

Kilos de frites

4500

Herbe tondue (m2)

5

Piqûres de tiques

40

Bougies pour Pierre

Nous cherchions un moyen de réunir à la ferme à la fois les vieux et les nouveaux copains, les frères et les cousins, venus de loin ou d’à côté, le temps d’une soirée privée. De nombreuses bonnes volontés facilitèrent la tenue de l’événement pourtant programmé en pleine saison agricole. Trois formations de gros rock relevèrent in extremis le pari de descendre depuis Paris pour faire vibrer nos vieilles pierres. On installa une douche d’été, on se fit prêter d’autres toilettes sèches pour le camping, on évacua gravats et autres tas de bois. «Rien de tel qu’une fête pour faire un grand ménage». Sous les lampions d’une cour propre et nivelée, on but, on mangea, on s’agglutina, on se rencontra. Pendant trois jours magiques, notre vie fût toute chamboulée. Si vous n’y étiez pas, on le refera. Quant au poids des années… bah, seulement quelques chiffres!

Superproduction

Du 3 au 16 juin 2019

Après les fèves, la semaine débuta par un super épisode de surproduction: j’avais eu la main leste en semant le basilic, et sans doute surestimé le pouvoir de séduction de ces pourtant si mignons et odorants petits buissons verts dans leur pot, prêts à planter, que je n’arrivais pas à écouler. Je décidais de broyer le tout, en y ajoutant la tome de vache bio de la ferme des Angiroux à Monbahus, pour un pesto maison qui aurait plus de succès. Mais, faute de temps et parce que mon contrat de certification Ecocert ne portait pas encore sur les produits transformés, je renonçais. Les essais de recettes allèrent dans un plat de pâtes, le reste des plants finiraient tôt ou tard au congélateur. D’un autre côté, une saison favorable faisant crouler le pays sous les cerises, je n’arrivais pas davantage à vendre les délicates barquettes de bigarreaux que nous préparions les veilles de marché, au prix de quelques acrobaties et d’un laborieux tri des fruits abîmés. Il aurait fallu expédier à Bordeaux, mais nous n’avions qu’un arbre et une devise «petit et local» contraire à cette idée. Les vers et les oiseaux se régalèrent donc bien plus que nous.

Plants de basilic - Ferme de Videau
Plants de basilic : superproduction… ou surproduction?

Après les cerises, à nouveau les fèves, dont on soldait le compte de la culture avec une dernière grosse récolte avant arrachage de 145kg. Mardi, j’en avais opportunément livré 4kg à l’excellent restaurant La Tête d’Ail de Cancon, et je me réjouissais de cette pourtant maigre collaboration, mais qui en annonçait peut-être d’autres. Je creusais quelques pistes pour écouler le stock restant mais les magasins bio rechignaient faute de demande et les grossistes que je contactais trop tard n’en voulaient plus le lendemain. On congèlerait donc aussi, pour notre consommation personnelle, ce qui ne partirait pas dans la semaine. Car au marché bio de Villeneuve-sur-Lot, comme au golf de Tombebœuf, j’avais tout de même quelques amateurs inconditionnels de cette légumineuse. En attendant, j’avais d’autres chats à fouetter: plantation d’une énième série de melons, couverts d’un filet contre les oiseaux qui les protégea enfin efficacement d’un péril mortel, nouvelle plantation de courges (bleues de Hongrie), de poivrons et d’une partie du basilic que je vendrais dorénavant en botte.

Laëtitia consacra une bonne partie de son temps à la paperasse, au démarchage de son activité, au recrutement de nos futurs WWOOFeurs pour l’été et à l’organisation d’une petite fête en juillet. En prévision de cet événement, on réquisitionnait les anciennes barriques à vin du voisin Yves, des bordelaises de 225 litres chacune. Il fallut d’abord arroser généreusement le bois des barriques pour qu’il se dilate et face pression sur le cerclage. On humidifierait trois fois par semaine, jusqu’au jour J, et grâce au prêt d’un Kärcher équipé de kit sablage, on allait tenter de redonner une seconde jeunesse à ces tonneaux qui serviraient de mange-debout et de piliers de bar. Notre amie Claudette, de Feugarolles, résolvait le problème des couverts en nous confiant des piles de vaisselle. En outre, Laëtitia prodigua 6 massages dans la semaine, dont un sur réservation de dernière minute, pour remplacer au pied levé dans un gîte de Seyches une pro pas si pro, puisqu’elle avait planté son rendez-vous. Cette urgence se transformait en opportunité et la blondinette masseuse de Videau de tisser un nouveau fil sur son réseau.

Cerises - Ferme de Videau
C’est toujours ça que les oiseaux n’auront pas.

Inauguré par la fête à Coulx, le cycle des réjouissances qui annonçait l’été en prolongeant les soirées continua avec le tournoi de tennis de Tombebœuf, prétexte aux non-initiés de ce sport pour un soirée buvette-repas quotidienne pendant la semaine que dure l’événement. On y passa le mercredi soir. Et puis, quel pot! L’ami Sandie, passée me rendre visite au marché bio de Villeneuve-sur-Lot, proposa un ciné-club de plein air avec les copains où l’on fit un barbecue, où l’on devisa bière artisanale, agriculture et foot féminin, et qui fut parfaitement réussi si le film que j’eus l’honneur de choisir, un Woody Allen un peu longuet, n’avait endormi l’auditoire. Peu importe, l’occasion était trop belle de nous mêler à nos semblables (et de faire filer les cerises dans un gâteau), d’autant que malgré l’intervention du technicien de chez Orange pour le remplacement du vieux fil de téléphone par un plus moderne et le camouflage de celui-ci au jardin dans une gaine enterrée, nous étions à nouveau privés d’Internet!

Le temps de butter (pour la deuxième fois) les patates, tailler les tomates, semer courgettes et concombres d’extérieur, et rempoter quelques plantes d’ornement, et lundi on remettait ça pour les 10 ans de la ferme de Lou Cornal où, d’une part, Laëtitia proposait ses massages Amma assis et où, compte tenu de la sympathie que nous avons pour les membres de cette équipe, il était impossible que je ne me rende pas malgré une bonne heure de route de distance. Mais quelle récompense! Poulet bio abattu et rôti sur place, frites maison et ambiance champêtre sous la guinguette. Je repartais sans Laëtitia, car elle avait été embauchée pour masser les organisateurs les jours suivants. À son retour, Internet était à nouveau opérationnel, puis Sabine et Gildas nous soufflèrent de suivre un match des bleues contre la Norvège, autour de pizzas, ce que nous fîmes à la maison. Des faux airs de relâchement, alors que le rythme des récoltes et des horaires de vente n’était pas tout à fait rôdé, que les massages allaient bon train, que j’avais deux créations de site web en attente et que l’organisation de notre propre petite fête épiçait le planning.

Laëtitia massage Amma assis - Ferme de Videau
Les massages vont bon train

Enfin fini d’arracher les fèves, je taillais à nouveau tomates, concombres et aubergines, je pulvérisais pour la 3ème fois une décoction de prêle des champs contre les maladies cryptogamique (le mildiou, notamment) car le temps était changeant, parfois trop frais et trop pluvieux pour un mois de juin, surtout du point de vue des tomates de plein champ. Je préparais des poteaux à partir de branches d’acacias, lesquels iraient dans la construction d’une douche d’été, ainsi que du matériel d’irrigation pour la relier à nos cuves d’eau. Laëtitia revint d’un rendez-vous avec une «concierge d’entreprise» qui s’engageait à démarcher pour elle, puis filait pour le week-end à un salon de bien-être à Pujols, qu’au premier coup d’œil elle identifia comme un traquenard pour lequel aucune publicité n’avait été faite. Je lui conseillais de prendre un bouquin. De mon côté, je fêtais mon premier panier de légumes à retirer à la ferme, composé des tout premiers concombres, de courgettes, salades, blettes, fèves et un chou pointu. D’autres locaux semblaient motivés. Je collectais des adresses emails, je pensais marketing, ajustement de l’offre. Agriculture digitale. Je passais de la surproduction… à la superproduction.

Déconnectés

Du 20 mai au 2 juin 2019

La semaine démarrait sagement par diverses activités d’intérieur: déclaration commune d’impôts, fabrication de lessive. Laëtitia digérait un dimanche passé au salon du bien-être de Miramont-de-Guyenne à guetter des visiteurs qui ne vinrent jamais. Le lancement de son activité de masseuse méritait de nombreuses heures de présence à des événements professionnels, à condition que ces événements soient organisés de façon sérieuse. Puis le bureau fut submergé de cartes postales éditées par nos soins, que Laëtitia adressait aux donateurs de notre campagne de financement participatif avec un mot de remerciement. C’était une matinée un peu déconnectée et j’étais heureux de retourner à mes semis: laitues et courges, ces dernières envoyées par mon semencier habituel pour compenser les mauvais résultats du semis précédent. Puis je plantais des fleurs au milieu des tomates, des concombres et des melons, je mettais en place un grillage de clôture qui servirait de tuteur aux haricots de Soissons.

Récolte de fèves d'Aguadulce - Ferme de Videau
Des fèves, encore des fèves

Mercredi, c’était mon deuxième jour de marché à Villeneuve-sur-Lot. J’enrichissais l’étal d’une quinzaine de bottes de radis en plus d’un gros stock de fèves d’Aguadulce. Un début timide, mais qui me permettait d’organiser la logistique en douceur. Au passage, je livrais un colis de fèves (j’en produisais des montagnes) à un magasin bio, pendant que Laëtitia faisait imprimer quelques flyers annonçant la vente de légumes du samedi au golf de Tombebœuf. L’après-midi, on attaquait le grand ménage sous le porche de la grange, encombré d’une pile d’éléments de charpente, de gravats et autres déchets divers, en vue du passage d’un tuyau, du creusement d’un drain… et l’organisation de festivités. En bref, on faisait place nette pour une buvette. Les jours suivants, nous tirions le tuyau d’adduction vers le futur gîte depuis le compteur d’eau. Du coup je déplaçais le robinet qui se trouvait là, départ du tuyau d’arrosage vers le jardin, devant la maison, 50m plus bas. Je rebouchais la tranchée. J’installais des prises électriques sous le porche et rétablissais la lumière. La buvette devenait coquette.

Laëtitia passait la débroussailleuse, dont elle devenait experte, puis revenait à ses massages. Il lui fallait aussi préparer une session d’étirement à destination des golfeurs. Le samedi, alors que je tenais mon étal devant le golf de Tombebœuf, où je retrouvais mes fidèles clients et faisais connaissance avec quelques nouveaux qui me prenaient toutes mes bottes de radis, eut lieu une petite Ryder’s Cup, compétition opposant les joueurs membres européens aux autres membres de nationalité anglaise. Laëtitia donna sa petite leçon d’étirements, avant de filer dépanner nos voisines pour un baby-sitting en urgence. J’annulais la sieste pour la taille des concombres qui commençaient à devenir de belles plantes, pour un nouveau semis de radis et de quelques belles de nuit car celles que j’avais semés en direct avaient été gobées par les limaces. Autres indésirables, des pucerons sur les courgettes et sur le houblon. Je notais de recourir à une recette qui a fait ses preuves: savon noir et alcool à brûler. Enfin, je mettais en service un canon anti-oiseaux apporté par le voisin Garonnais, ultime élément de l’arsenal dressé contre la sauvagine du tunnel n°4, dont les melons étaient toujours régulièrement la cible.

Débroussaillage - Ferme de Videau
Experte en débroussaillage

Dimanche, on votait aux européennes, et Laëtitia scrutait la chose en sa qualité d’assesseur, dans la petite mairie de Villebramar où tout le monde se connaît. Puis on retenait pour le café Christelle et Patrice et leurs enfants, venus voir la vigne du papy Yves, notre voisin, dont ils avaient désormais la responsabilité. Le vin blanc liquoreux de Videau restait donc une histoire de famille. Et la famille, c’est de la main d’œuvre! La notre devenait un peu moins hypothétique avec la création par Laëtitia d’un profil sur le site de WWOOF France. Au départ, l’idée de recruter de la main d’œuvre gratuite au-delà des copains et de la famille me mettait mal à l’aise, mais les demandes spontanées que nous avions reçues de travailleurs volontaires désireux de troquer gîte et couvert contre une vie déconnectée de saisonnier avaient éloigné mes scrupules. Notre projet attirait, nous en profiterions donc un peu. Mais en attendant, on écossait des fèves en petit comité, car la production était supérieure à nos capacités de vente et il fallait congeler de quoi nourrir nos futurs invités.

Lundi, je participais à la deuxième journée d’une formation consacrée à la biodiversité, et animée par une agricultrice-enseignante au savoir encyclopédique: Mme Sarthou. On en remit une couche sur l’importance de faire une place aux fleurs dans nos parcelles, lesquelles attiraient aussi bien les insectes pollinisateurs que les parasitoïdes, prédateurs des pucerons. On visita deux fermes, avec un arrêt prolongé le long d’une haie champêtre, relevant quelques pièges à insectes, détaillant les essences et commentant l’intérêt écologique et climatique de l’ensemble. J’avais hâte que la commission d’attribution des subventions se prononce en faveur de mon propre projet de plantation! À cette même heure, Laëtitia complétait les revenus de son activité par de la garde d’enfants, lesquels lui laissaient peu de marge de manœuvre pour profiter d’un wifi providentiel. Providentiel? Internet avait complètement cessé de fonctionner à la maison et nous étions déconnectés depuis 5 jours. Nous attendîmes l’intervention d’un technicien sans manifester de signes d’addiction, en bons néo-ruraux ayant retrouvé le goût de la simplicité, mais avec un soupçon d’impatience quand même.

Chou pointu - Ferme de Videau
Le chou, c’est pointu

À part ça, on vivait une presque routine au jardin, rythmée par les récoltes et l’arrosage. Une routine un peu dérangée par l’arrivé de plants de poivrons et de piments, la perspective d’organiser une matinée de plantation groupée avec la dernière série de melons, ainsi que par la nécessité d’installer un arrosage goutte-à-goutte dans l’ail car le temps était à la chaleur estivale et que les bulbes déjà gros ne devaient pas manquer d’eau. Je passais la débroussailleuse, je binais l’ail et les oignons. Au marché bio de Villeneuve-sur-Lot (mon 3ème), j’emmenais des plants de basilic. L’étal prenait de l’importance. Mais le samedi, je dépliais carrément, pour la première fois, la grande table en aluminium afin de présenter les cerises bigarreau récoltées devant la maison par Laëtitia, les plateaux de merises et des bouquets d’arums livrés gracieusement par notre plus fervente supportrice Bernadette, des plants de basilic et des œillets d’Inde, des choux pointus, des radis, des laitues et encore des fèves… Hélas, la recette ne fit pas honneur à l’esthétique de l’ensemble, faute de fréquentation en ce long week-end de l’ascension.

Samedi toujours, le compteur des massages affichait 5 prestations pour la semaine, dont quatre nouveaux clients. De mon côté je bricolais un couvercle à des bidons de 200L, qu’on peindrait en noir et qui deviendraient de rustiques chauffe-eau solaires pour une douche d’extérieur qu’il nous fallait encore construire. Puis on reçut pour dîner un oncle et une tante sur le chemin de Pau: on mangea des fèves, bien sûr, et un clafoutis aux merises. Le lendemain, avant leur départ, ils nous félicitèrent pour notre courage, sans doute émus par l’aspect soufflé de la cour, car un entrepreneur venait de refermer des tranchées contenant l’évacuation des eaux de toiture de la grange, ainsi qu’un drain pour protéger son porche du ruissellement. Ce nouveau chantier achevé était un nouvel encouragement s’ajoutant à ceux de nos hôtes. Le temps était au beau fixe, les récoltes augmentaient, nous arrivions à maîtriser à peu près le planning, à défaut de maîtriser la caisse-enregistreuse. Quant à Internet, c’était enfin rétabli. Et ce blog de repartir de plus belle, dans la joie et la bonne humeur.

La fève du samedi soir

Du 29 avril au 19 mai 2019

Depuis le dernier épisode, le calendrier s’est emballé. À cause du rythme de travail au jardin, votre serviteur n’a pu suivre la cadence imposée par ce blog. Cependant, nous avons consciencieusement tenu notre carnet de bord quotidien et rien de ce qui s’est produit ces trois dernières semaines ne vous sera épargné, dussé-je pratiquer le style télégraphique.

À minuit, les nuisibles

En filigrane de ce nouveau chapitre de la vie à la ferme, il faut se figurer la régularité des attaques menées contre les occupants du tunnel n°4, celui des concombres et melons, dévorés les uns après les autres. Renseignements pris auprès de nos voisins et sur Internet, nous avons tenté diverses parades: les piments séchés déplairaient aux mulots, la cendre repousserait les limaces, le tourteau de ricin éloignerait la larve du taupin, une boîte de conserve enterrée piégerait les courtilières… Phosphate de fer, appâts et tapettes à souris complétèrent l’arsenal. J’effectuais même une ronde à la lueur de la lampe torche sur les coups de minuit. Mais à défaut d’identifier un seul de ces nuisibles, je les rencontrais tous! Car chaque espèce mordit à l’hameçon, tôt ou tard. Les attaques diminuèrent, puis reprirent avec la plantation d’une nouvelle série de melons à l’emplacement de la défunte série précédente. On renouvelait et multipliait les pièges et, se demandant quelle divinité nous avions pu à ce point froisser, on croisait les doigts.

Dalle béton - Ferme de Videau
Ça change un peu du jardin

Pause travaux

Côté bébêtes, encore, on recevait la visite d’un expert en insecte xylophages. L’isolation en laine de bois à l’étage allait recevoir un parement en plaque de plâtre mais d’inquiétants bruits de mastication ayant rendu notre sommeil léger, nous avions besoin d’être éclairés sur la nécessité de traiter la charpente contre cet autre type de sauvagine avant les travaux qui rendraient l’opération impossible. Diagnostic: pas de danger véritable pour la «résistance mécanique» du bois, mais une infestation de vrillettes et capricornes bien réelle, à laquelle on nous conseilla de remédier en badigeonnant la partie visible des poutres, pannes et autres chevrons. L’isolation pouvait donc rester en place, ouf! Le même jour, on reformait avec blondinette notre équipe de choc dédiée aux travaux de maçonnerie, en guise de pause dans ceux du jardin. Dans la matinée, on coulait une modeste mais épaisse dalle béton, sur laquelle reposeraient 4 cuves de récupération d’eau de pluie.

Larrons en foire

La semaine précédente, une acheteuse de mes bottes de radis devant le golf de Tombebœuf m’avait appris que se tiendrait une foire aux plantes et un vide-grenier dans la même commune, et me conseillait de m’y greffer. Il fallût confectionner une enseigne de fortune, améliorer mon étal, et surtout me procurer quelques légumes supplémentaires car mes propres récoltes tardaient encore! Comme de coutume, le voisin Garonnais me sauva en me permettant de disposer de ses magnifiques carottes, et je retournais chez Sandie et Damien pour quelques poireaux et oignons. Nous nous trouvions donc fort occupés, à préparer cet événement pour le week-end en plus d’un autre événement annoncé: la venue de mes cousins et leurs compagnes respectives depuis leur lointaine contrée, lesquels animèrent ces deux jours passés ensemble, dispensant la bonne chère, bien sûr, et me rendant visite le dimanche à mon étal de Tombebœuf, où je distribuais peu de flyers annonçant ma présence au golf tous les samedis, mais où je vendais tout mon stock.

Motoculteur Goldoni - Ferme de Videau
Un nouvel outil pour la plantation des patates

Du purin pour rien

Les cousins repartis, le week-end fini, on confiait le fourgon et son pneu crevé au garage du coin. Ce bahut constituait évidemment le nerf de la guerre et devait rester opérationnel en toute circonstance. Cantonné au jardin, j’en profitais pour suivre le planning: plantation de pommes de terre, tant espérée mais contrariée par la pluie. Les plants de patate avaient donc eu tout loisir de germer à la maison. Plantation d’oignons de conservation, plus quelques oignons de Trébons qu’un couple de maraîchers de Fongrave m’avait procuré mais dont les graines avaient extrêmement mal levé. Début de la taille et du palissage des tomates, et des haricots à rames sur des tuteurs en bambou. L’amie Sandie me confiait gracieusement un bidon de son impeccable purin d’ortie que je pulvérisais peu après, dilué à 10%, sur la plupart des cultures en engrais foliaire.

Aboule la friche

On arrosait, on débroussaillait. Je décidais de la destruction du mélange vesce-avoine semé à l’automne 2018 et dont l’impressionnant volume cachait presque le puits devant la maison. Laëtitia se chargea de piétiner à l’aide d’une planche toute cette biomasse. Je pariais sur un quadruple bénéfice: fixation dans le sol de l’azote de l’air grâce à la vesce; étouffement des autres espèces (ortie, potentille et autres «mauvaises herbes»); travail du sol grâce aux racines nombreuses de l’avoine; paillage du sol après destruction. Manière de ne pas laisser en friche cet emplacement qui deviendrait un jour jardin d’aromatiques. Il y eu d’autres plantations à l’extérieur avec Laëtitia, car si la météo n’était pas toujours épatante l’hiver était définitivement un lointain souvenir: courges sur bâche tissée et tomates (plus quelques godétias roses, tagètes, cosmos et phacélie) avec un paillage inespéré offert par le fauchage au gyrobroyeur du voisin Yves dans notre pré de luzerne envahi d’indésirables.

Destruction d'engrais vert - Ferme de Videau
L’engrais vert piétiné sans merci

Néons ruraux

On traversait un pic d’activité au jardin, et ce besoin en main d’œuvre pesait sur les projets de Laëtitia. En dehors de quelques massages et des tâches quotidiennes, elle avait un mal fou à se ménager du temps pour accomplir ses démarches de relance auprès des entreprises, gîtes et événements bien-être… Pour moi aussi, difficile aussi de troquer les habits de jardinier contre une tenue de ville. Je m’échappais quand même pour Port-Sainte-Marie où j’investissais dans du matériel de marché et de récolte digne de ce nom: tables en aluminium, sachets, étiquettes, paniers et brouette de récolte. Je réalisais un petit boulot de graphisme. Le week-end du 11 mai, nous nous rendîmes à Poitiers pour les 60 ans de belle-maman, l’occasion de nous extraire de ce remuant quotidien pour un chaleureux sommet familial d’une vaisselle d’exception, d’un gâteau inoubliable et d’un soleil opportun, au moins pour le café. La journée s’acheva par une sortie au bowling, grand moment d’exotisme sous les néons pour les ruraux que nous sommes devenus.

Pneus bio

Et puis, ça redémarrait sur les chapeaux de roue. Celles du fourgon, dont le pneu crevé mais réparé se révéla être toujours aussi crevé, renvoyant l’engin au garage car se profilait un double événement d’importance: la première récolte de fèves, en vue du premier jour de marché à Villeneuve-sur-Lot! De l’épais buisson de légumineuses, je tirais environ 35kg de gousses, seule production du moment que j’exhibais cependant fièrement sous la halle du marché bio de notre sous-préfecture, et dont je vendais près des trois-quarts. Au retour, j’étais contraint de mettre la roue de secours, car le pneu crevé, réparé deux fois, était à nouveau plat. On allait devoir investir dans la gomme, ce qui n’arrangeait pas notre budget. Laëtitia s’en fut à Toulouse pour la troisième partie de sa formation énergétique pendant qu’un entrepreneur taillait à coup de pelleteuse un nouveau chemin dans le jardin, et dans notre budget qui s’arrangeait encore moins. Je semais des haricots, j’en binais d’autres, je réparais le réseau de goutte-à-goutte, et palissais le houblon et les concombres.

La fève au village

Le samedi suivant sur le parking du golf de Tombebœuf, faute de salades qui étaient encore trop petites mais avec en plus quelques bottes de radis tous frais, je m’enflammais en retentant le coup des fèves. Avec beaucoup moins de succès. La rencontre avec les locaux s’avérait plus difficile qu’avec les Villeneuvois, en tous cas sur le bord de la route. Car le soir venu à la fête de Coulx, première de l’année dans une longue liste d’animations de village, notre intégration ne faisait plus aucun doute, tant nous croisâmes des visages connus et fîmes table commune avec de nombreux amis. C’était un bienvenu chahut de circonstance, une bonne fièvre du samedi soir, qui me fait donc, encore une fois, boucler cette chronique et ses déboires par un moment de bonheur et de convivialité. Le Sud-Ouest, ça vous dit quelque chose?

Plantades et étalages

Du 15 au 28 avril 2019

Si on se flatte ici régulièrement d’accomplir des progrès, c’est pour les garder en mémoire. Mais on aurait tort d’occulter les accidents de parcours. Souvent, on s’étale. Et ces deux dernières semaines ont été riches en plantades. À commencer par la situation préoccupante des melons et courgettes, plantés sous tunnels de culture selon une méthode éprouvée, apprise chez mes précédents employeurs: un bon arrosage au départ, puis le goutte-à-goutte ensuite. Hélas, la teneur élevée en argile de nos coteaux du Lot-et-Garonne est une difficulté que nous avons déjà approuvée par le passé et que seule la longue expérience de plusieurs saisons de maraîchage et ses déboires pourra permettre de surmonter. En l’occurrence, il eut été judicieux de surveiller la motte de terreau entourant le jeune plant qui ne cessa de se dessécher faute d’un arrosage ciblé. J’empoignais le tuyau d’arrosage avec une douchette au bout, et tentait de sauver ce qui pouvait l’être en mouillant régulièrement chaque plant. Finalement, je remplaçais près de la moitié des courgettes rabougries par de nouveaux plants issus de pépinière.

De la graine aux pépins

J’étais plus fataliste devant le spectacle d’un bon tiers de melons décapités, que l’anti-limace ne suffisait pas à protéger d’une attaque d’envergure. Je constatais les dégâts, la boule au ventre. Il fallait pourtant garder la tête froide devant les pépins, et se projeter dans l’avenir en songeant déjà aux prochaines plantations. Nouveau semis de laitue, car le précédent avait un peu trop séjourné dans l’entrée de la maison et les plantules avaient filé, c’est à dire que la tige s’étant allongée à la recherche de lumière, ces salades n’avaient plus une seule chance de se développer normalement. Hélas, je flinguais aussi ce nouveau semis en l’oubliant sous son plastique de protection, qu’en temps normal on retire au soleil pour éviter la surchauffe. Un semis de courges, effectué en famille, ne tint pas non plus ses promesses. L’amplitude entre le jour et la nuit (encore fraîche en avril, même sous abri) avait été encaissée de manière inégale. Vingt sur vingt pour le potimarron Green Hokkaido, mais zéro pointé pour la courge spaghetti. Peut-être un problème de germination? Le semencier, conciliant, promit de me renvoyer des graines gratuitement. Quoiqu’il en soit, je souhaitais vivement la réalisation d’une serre à semis digne de ce nom.

Poivrons bio sous abri - Ferme de Videau
Poivrons, petits mais pros

Semis pros

On réussissait tout de même une belle série dans ce mois d’avril riche en événements horticoles: plantation de poivrons et de courgettes sous abri, installation de ficelles pour le palissage des tomates dont les première fleurs pointaient. Semis de haricots verts «mécaniques» Calypso et gros blancs de Soissons, comme un pro. Plantation de blettes. J’empruntais son semoir Ebra à l’ami Damien de Coulx (producteur de semence pour le Biau Germe) mais c’est finalement à la main que je composais des lignes de radis, en guise de paillage, au milieu d’une plantation de laitues. Je comptais renouveler l’expérience tous les 15 jours, manière d’échelonner un arrivage frais de l’un et de l’autre légume. Le même Damien nous rendit visite et commenta fort savamment les dernières évolutions. On devisa engrais vert, on relativisa la situation de la luzerne pas si moche, et l’effrayant sorgho d’Alep s’avéra être… une repousse de vieux blé. Je me targuais d’avoir presque fini d’installer l’irrigation à l’extérieur. Planches de courges et d’oignons étaient prêtes à recevoir leurs locataires. Enfin, j’avais hérité de plants de piments d’Espelette par mon voisin, mais les habaneros (bien plus forts) commandés en pépinière tardaient toujours à cause d’un premier semis raté. Pas ma faute, cette fois!

Fan des musclés

Suite à une deuxième session d’une formation de pratique énergétique à Toulouse (dont elle me ramena une balance et un parasol de marché d’occaze), Laëtitia dut à nouveau découcher pour une dantesque opération bien-être à la ferme de Lou Cornal, collectif de paysans éleveurs. Soumis à rude épreuve par de nombreux vélages et un quotidien harassant, les organismes de cette troupe nombreuse furent soulagés par la présence rémunérée, en plus du gîte et du couvert, de la masseuse. Spécialiste des musclés et fan de charcuterie, Laëtitia goûta fort bien la bonne ambiance, mais revint en piteux état: s’employer à évacuer la tension de 11 personnes (en deux jours) n’est pas un travail de tout repos. Je m’employais moi-même à réaliser le coffrage d’une future dalle béton sous les cuves de récupération d’eau (attention, près d’1 tonne au mètre carré), avec l’aide de notre voisine Mag et sa scie circulaire pour la coupe des planches. Je vaquais à mes occupations au jardin. Seul aux commandes, je ne lambinais pas. Mais si blondinette m’avait laissé tomber comme une vieille asperge, je ne manquais pas de fêter nos retrouvailles avec un dessert aux fraises de chez le voisin Garonnais, après un risotto… aux pointes d’asperges.

Producteur local légumes bio - Ferme de Videau
Premier client pour les radis (photo S. Robinson)

À coup de bottes de radis

Le lendemain, Laëtitia honorait un massage prévu de longue date chez Sandie, et cette dernière me rappela que le nécessaire éclaircissage des radis semence qui était leur lot pouvait me permettre de constituer quelques belles bottes. Je passais un coup de fil au golf de Tombebœuf où je voulais installer mon étalage, prenais quelques dispositions, et fonçais faire ma toute première récolte de radis bio. Une fois le butin réuni, on me reçut à la table familiale des propriétaires, et dans cette chaleureuse ambiance paysanne je dégustais ce qui me parut être le meilleur confit de canard de toute mon existence. Le jour suivant, je posais fièrement au regard des automobilistes, moins pour écouler mon stock que pour mener une opération de com’. Malgré la faible fréquentation, soutenu par les proprios du golf, je remettais le couvert le samedi suivant avec quelques poireaux en plus, issus de chez Sandie et Damien. Qui sait lequel, du flashy des panneaux à la bombe estampillés «producteur local», ou de la pitié inspirée par mon parasol solitaire sous une pluie battante, produisit le plus d’effet? Les clients, un peu plus nombreux que la fois précédente, déboulèrent de nulle part et entendirent à coup sûr le message: on pourrait compter sur moi cette saison, et pas qu’avec des bottes de radis.

Dans le gaz, con!

Pour finir, nous retiendrons ce presque fait divers qui toucha le voisin Yves, quand un boîtier électrique prit feu sous les yeux de ses enfants, heureusement présents ce jour-là pour rénover l’isolant dans des combles habituellement inoccupés. Un miracle, en quelque sorte. Moins chanceux, ce blaireau retrouvé raide sur le bord de la route, que j’eus le bizarre réflexe de charger dans le fourgon avant de lui offrir une sépulture dans un coin du jardin, creusant pour l’occasion un trou bien plus grand que ceux habituellement nécessaires aux cadavres de taupes et de loirs laissés par les chats. Ainsi s’écrit la dure loi de la campagne, qui scelle la vie des bêtes en un claquement de griffe ou de pare-choc. Plus gai, la visite de Marie-Anne depuis Toulouse nous donna l’occasion de faire encore découvrir notre domaine, d’être plus nombreux à la table bien garnie de nos voisins, et de participer à l’opération «De ferme en ferme» avec une halte dégustation à la brasserie Natural Mystik et le vignoble de la famille Bielle à Bazens. Toujours la dure loi de la campagne, qui résout généralement une fin de semaine dans le gaz en un claquement de convivialité gasconne.

On paye en nature

Du 1er au 14 avril 2019

C’est le printemps! Les bourgeons s’ouvrent, les insectes bourdonnent, le soleil réchauffe la couenne. Les jours s’allongent et les tâches se bousculent dans l’agenda. Le calendrier est impitoyable, nous avons du pain sur la planche. Mais le hasard fait bien les choses: après le départ des beaux-parents, débarquèrent alors deux WWOOFeurs. Eux-même suivis par deux autres beaux-parents. Et les beaux-parents, c’est pas moche, car c’est utile. Il en faudrait plus. Mais ça nous faisait déjà pas mal de main d’œuvre, qu’il n’est pas si facile d’employer à bon escient. Vous verrez que nous relevâmes brillamment ce défi.

Un WWOOF de soulagement

Présentons nos valeureux WWOOFfeurs cyclistes, Delphine et Lambert, dont la traversée du continent américain à vélo depuis le mois de septembre 2017 méritait à ce point un blog qu’ils eurent justement cette idée: raconter leur périple. Habitués à soulager leur hôtes en échangeant la force de leurs bras contre gîte et couvert, ils allèrent aux champs comme les auvergnats vont au saucisson. Nous les embauchâmes au saut de la selle, pour ainsi dire, car le beau temps nous était compté avant la pluie annoncée. Nous installâmes des asperseurs à l’extérieur, nous épandîmes de nombreuses brouettes de fumier fraîchement livré à domicile à l’emplacement des futures plantations, notamment les pommes de terre. Enfin, on faucha l’engrais vert (à la faux), qu’on broya (à la tondeuse), qu’on incorpora (au motoculteur) et qu’on couvrit d’une toile hors-sol pré-percée pour la plantation des courges en mai. Le voisin Yves vint gentiment passer le girobroyeur dans les grandes largeurs un jardin, lequel commençait à ressembler à une friche. Ouf, il pouvait pleuvoir.

La pluie, ça rouille

Et en effet, il plut. Nous attendions quelques gouttes, et nous nous étions dépêchés d’installer une ligne d’asperseurs supplémentaire pour copieusement mouiller l’engrais vert broyé. Mais les averses se succédèrent et le pluviomètre monta presque à 20mm. Qu’à cela ne tienne: la main d’œuvre c’est comme les outils, ça rouille si on ne s’en sert pas. Je sonnais l’ouverture de la chasse au sorgho d’Alep, une invasive à la sinistre réputation dont je voyais les chaumes proliférer au milieu de notre semis raté de luzerne. Puis je chargeais mes parents de rassembler en tas, de façon stratégique, les restes de taille d’arbustes qui seraient autant de refuges à insectes. À Tonneins, j’achetais une sauge originale (Wendy’s Wish), une oxalis à fleurs jaune et une plante grasse pour maman dont c’était l’anniversaire, et ramenait aussi une centaine de choux pointus, aussitôt plantés sous abri. Laëtitia restait au chaud pour démarcher des entreprises avec son massage Amma assis.

Épandage de fumier - Ferme de Videau
Cycliste s’essayant à la brouette

Le lendemain, elle se rendit à Toulouse pour assister à une formation de pratique énergétique. De mon côté, je faisais la navette entre deux infographies (site web du Golf de Tombebœuf et flyer pour toilettage canin, puisque vous voulez tout savoir) et les tunnels de culture où j’avais prévu d’installer des fils de fer, supports pour le palissage des tomates et concombres. Les beaux-parents rebouchaient la tranchée destinée aux bambous et canisses, mais sans barrière anti-rhyzome, donc creusée pour rien, sinon par amour du sport. Un gros rouleau de scotch plus tard, Delphine et Lambert raccommodaient aussi les petits accidents survenus dans les tunnels. Ah, ces deux-là allaient nous manquer. Pas seulement en leur qualité de forçats providentiels, mais aussi en tant que colocataires énergiques, de convives cultivés et d’amateurs de cuisine (Lambert fait tous les jours le pain d’un levain qui a traversé l’Amérique).

Grains du père, graines du Pérou

Nos deux cyclistes envolés pour le marais Poitevin, restait à occuper les beaux-parents avec, pour commencer, une nouvelle salve de plantations. Historique, la salve: les premières tomates sous serre de la ferme de Videau! Et une nouvelle série de melons. On semait aussi des courges, encore d’autres melons, des piments aji ramenés du Pérou, et des haricots verts Calypso en pleine terre. Le week-end, on profitait du soleil pour billonner un grand chêne que le voisin Pépito avait dégagé d’un chemin communal et laissé là à mon intention. Je tronçonnais, les parents chargeaient la remorque. On suait à grosses gouttes. Après ça, on se remettait de nos émotions en ouvrant une bouteille de grains du Luberon ramenée par mon père. Y avait de la soupe d’ortie dans l’assiette, et de la tisane d’ortie pour les plantes, en pulvérisation du soir.

Tomates sous serre - Ferme de Videau
Nos premières tomates sous serre

Laëtitia pratiquait ses trois massages hebdo sans forcer. Un nouvel événement allait peut-être lui permettre de gonfler son activité: une  «bourse aux dépliants» organisée à Lauzun lui donnait l’occasion de se présenter à de nombreux professionnels du tourisme. C’était chic et mondain, en tous cas davantage que le traitement contre la pyrale du buis, en bottes et gants latex, qu’il fallut effectuer à son retour. Ainsi va le récit d’une reconversion faite d’allers-retours entre deux ambiances, du projet d’entreprise, ses démarches administratives et son vernis commercial, aux contingences les plus campagnardes, récit auquel nous ajoutâmes un chapitre en répondant, entre deux passages de motoculteur, à une interview pour France Inter au téléphone, et en guidant la correspondante locale de la Dépêche du Midi (en espadrilles, mais qui en avait vu d’autres) au milieu des hautes herbes pour une session photo.

Je reçus la visite de mon contrôleur Ecocert, lequel ne vit pas d’objections au fait de me délivrer un certificat pour ma deuxième année de conversion en agriculture biologique, et me félicita pour le fichier Excel dans lequel je planifiais mon calendrier de culture, reflet excessivement rectiligne d’une réalité beaucoup plus aléatoire, dans laquelle les actions sur le terrain précèdent parfois leur inscription au programme, et où les imprévus sont légion.

Le retour du charpentier

La deuxième semaine s’acheva par une demi bonne nouvelle, celle du retour du charpentier, venu réparer les bévues du chantier de la grange, bâclé des mois auparavant, alors que nous envisagions des poursuites. Fidèle à lui-même, il abandonna à nouveau l’intervention à mi-course, mais son échafaudage laissé sur place nous permettait d’espérer. Les travaux des champs ne cessèrent pas, ils ne le feraient d’ailleurs pas avant longtemps: préparation des planches de culture, débroussaillage (avec une machine Honda flambant neuve), pose de paillages synthétiques et de filets anti-insectes. Les asperges donnaient plus que jamais, mais la première vraie botte alla illico à mon voisin Éric, qui avait l’immense mérite d’avoir révisé comme un pro mon antédiluvien motoculteur, et qui acceptait d’être payé en nature. Ce jour des asperges vertes serait à marquer d’une pierre blanche: c’était bien la première fois que je réglais mes dettes en légumes!

Microphone et flore: on est passés sur France Inter

Ici à la ferme, on écoute beaucoup la radio. Mais cette fois, nous sommes passés de l’autre côté du poste, quand Pierre a répondu à une interview pour l’émission Carnets de campagne animée par Philippe Bertrand sur France Inter. En déplacement dans le Lot-et-Garonne, l’émission nous a fait l’honneur et le plaisir d’ouvrir le micro à notre micro-ferme. Il a donc été question de notre départ de la grande ville, de l’excellent accueil qui nous a été donné ici à Villebramar, et de nos ambitions agricoles et touristiques. Vous verrez, c’est pas des paroles en l’air!

À réécouter ci-dessous.

Planter en beauté

Du 18 au 31 mars 2019

Une semaine historique, avec le début de la grande valse des plantations à la ferme de Videau. Nous avons mis en terre, sous tunnel, les premiers plants de courgettes, d’aubergines et de melons, commandés au début de l’hiver à différentes pépinières. Pour les courgettes, un démarrage poussif: arrosage insuffisant, soleil torride pour la saison ont fait se ratatiner les premières feuilles. Rien n’est perdu, mais ces bébés-là ont un peu souffert, on ne m’y reprendra plus. Melons et aubergines, au contraire, ont été correctement choyés et se portent comme un charme, merci pour eux. Hélas, la plantation des choux pointus, tomates et poivrons a été différée à une date ultérieure: malgré un mois de février carrément estival, les plants restaient un peu chétifs en pépinière. Ça sentait le travail mal fait, mais tant pis. Je rectifiais mon calendrier.

Du coup, je trouvais le temps de planter, dans mon bac en bois de récup’, les quelques arbustes donnés par un oncle: groseillier, myrtillier, cerisier et fuschia. On installait du goutte à goutte sous les tunnels, et de la bâche tissée. Puis je semais des laitues. Après tout, l’avoir fait pour les oignons et les fleurs ne m’avait pas trop compliqué la vie. J’avais récupéré quantité de plaques de semis chez le voisin Garonnais, j’avais des tunnels tous neufs et plusieurs centaines de mètres de voile d’hivernage en prévision des nuits fraîches. Du coup, revenant sur ma décision de semer plus tard en pleine terre (on parle de semis direct), ou de confier les opérations à une pépiniériste, je commandais rapidement des semences de courges et de melons et obtenais par un voisin des graines de piment aji péruvien dont j’élèverais moi-même le plant dans du terreau jusqu’à la plantation en mai.

Pire, je décidais de planter des pommes de terre! Je trouvais quelques plants bio dans une coopérative de Marmande, et commandais le reste chez Payzons ferme. Comme il me fallait un outil digne de ce nom pour cultiver les tubercules, je cassais à nouveau la tirelire du financement participatif pour des butteurs et une arracheuse de pomme de terres compatible avec le motoculteur. La voisine Huguette, après les plants de tomates de l’année précédente, me confia des cardons. Mais pour les mettre où? Et la consoude? Et les autres plantes, données par Bernadette, une autre voisine? Et quid de la haie occultante de bambous et canisses entre la maison et le futur gîte? Là, je creusais une longue tranchée de 60cm de profondeur, prévoyais une barrière anti-rhyzome qui ne soit pas en plastique, mais renonçais à recycler des tôles ondulées, qui ne feraient que se dégrader dans le sol. La tranchée, comme la question de cette haie et de tout le reste, restait finalement ouverte.

Paillage des poivrons en famille

En fin de première semaine arrivèrent les parents de Laëtitia, et automatiquement une foule de possibilités impliquant de la main d’œuvre se présenta à nous! Les talents de beau-papa s’exprimèrent dans diverses améliorations: mécanisme et joints de porte-fenêtre, entretien de tondeuse, meubles de cuisine. Toute la famille fût impliquée dans le paillage des futurs poivrons et le déménagement du matériel agricole depuis la grange jusqu’au hangar bâché, suivi d’une collecte de grande échelle à destination de la déchetterie, eut enfin lieu. Au jardin, la place était nette pour un passage de girobroyeur par notre papy national, le voisin Yves. La luzerne avait de la concurrence, parmi laquelle le redoutable sorgho d’Alep. La tonte commença autour des tunnels et on y voyait d’un coup plus clair, la toute dernière livraison de fumier bien en évidence.

Heureusement pour le bon déroulement de ce programme, Laëtitia se contenta de deux séances de garde d’enfants, et ne tournait qu’à un modeste rythme de 3 massages par semaine. Ça pouvait changer rapidement, avec la publication d’un entrefilet sur sa petite entreprise dans la Dépêche du Midi. Côté revenus, on se rassurait vraiment avec le premier acompte pour la réalisation en cours du site web du golf voisin, et un devis accepté pour un autre site web, celui d’un lycée parisien. Dans les tuyaux, j’avais encore deux illustrations (mais pas d’inspiration) et un flyer pour la voisine Mag et son toilettage canin. Et côté copinage, on se rendait à la Maison Forte, dont une équipe remaniée présentait ses projets pour 2019. De sérieux espoirs pour de grandes choses, suivis d’un apéro dînatoire impeccablement chaleureux, comme d’habitude.

Tulipe d'Agen à Villebramar - Ferme de Videau
Rarissime tulipe d’Agen

Je tentais de relayer sur Facebook un événement tout à fait local: comme chaque printemps, l’éclosion d’une espèce rare, la tulipe d’Agen, s’observe presque exclusivement dans un verger de Villebramar, derrière la ferme de Videau. Samedi matin, on découvrait d’abord des trucs pendant la rando commentée par Florent du CEN Aquitaine: ail et géranium sauvages, cardamine aux fleurs comestibles, renoncules et muscaris… puis un en-cas sorti du sac, augmenté de deux plaques de pizza subventionnées par la mairie, le vin et les grillades de l’ami Michel. L’après midi, conférence autour de la tulipe, et visite du verger proprement dit. Nous comptions bien faire grossir l’événement, en y ajoutant une visite de notre ferme dès l’année suivante. Les parents de Laëtitia levèrent le camp, et furent aussitôt remplacé par Delphine et Lambert, cyclotouristes et wwoofeurs revenus d’une traversée du continent américain. Là encore, une foule de possibilités impliquant de la main d’œuvre, etc.

En sol bineur

Du 4 au 17 mars 2019

Autant l’avouer tout de suite: notre cadence de publication a un poil ralenti. Désormais, c’est toutes les deux semaines que sera publié le compte-rendu de la vie à la Ferme de Videau, ses drames et ses merveilles. Deux semaines, ça fait plus d’événements à se remettre en tête et à résumer avec le risque de commettre un pavé indigeste, mais c’est un rythme plus supportable pour celui qui écrit, quand il démarre en parallèle sa première saison de maraîchage. Je vous assure, ça n’a rien d’une mauvaise excuse. Ces jours-ci ont vraiment été riches en événements. Il va falloir suivre, car c’est une toute autre mélodie.

Compostage obligatoire

Première semaine, nous partagions toujours notre ancien relais de chasse avec Stella, Clément et leurs trois enfants. Lesquels n’osèrent pas profiter totalement de leurs vacances en venant prêter main forte aux derniers préparatifs d’aménagement des tunnels de culture: on désherba, on pailla, j’épandais à la brouette le fumier de bovin plus ou moins composté ramené par Garonnais depuis une ferme voisine, ainsi qu’une dose non réglementaire de cendre de bois (pour la potasse). Ensuite, j’incorporais en la pulvérisant cette matière organique avec un passage de motoculteur. Mais je ne dérangeais la vie microscopique ni à l’emplacement des haricots, qui n’ont besoin de rien, ni à celui des aubergines et des choux, qui aiment le compost mûr et recevront un engrais du commerce.

Une bête histoire de joint

Laëtitia emmenait Clément à son cours de Qi gong, sa nouvelle activité du mardi, pendant que j’assistais à la première réunion de l’année pour le Comité des Fêtes de Villebramar, où on programmait de succulentes agapes. Idem à la maison: magret, crêpes et raclette. C’était encore un peu les vacances scolaire, ou pas? Clément, lui aussi maraîcher, me légua un bon paquet de graines, et j’en profitais pour relancer un semis d’oignons puisque le précédent, panaché des variétés locales de Trébons, Lescure et Aginel, avait fait long feu. Puis on revenait à nos histoires d’eau, la pompe hydraulique continuant de turbiner sur trois pattes. Armés de clés à griffe, on démontait et on remontait ce qui pouvait l’être. Mais ce n’est que le lendemain que je remarquais ce joint torique, tombé par terre. Les choses rentrèrent dans l’ordre. Quant à savoir qui, de ce joint oublié ou d’un insuffisant serrage des raccords, avait pu provoquer un appel d’air dans l’aspiration de la pompe, on pataugeait.

Semis d'oignons en alvéoles - Ferme de Videau
Semis d’oignons

Le melon se prend une bâche

Je poursuivais donc l’installation de l’irrigation par goutte-à-goutte dans les tunnels. Quelques couronnes de tuyau supplémentaire et un réducteur de pression achetés, je déroulais de quoi alimenter en eau du lac les planches de melons et de courgettes dont les plants arrivaient bientôt. Le voisin Garonnais, spécialiste du melon, craignait que le sol ne se réchauffe pas assez rapidement et suggéra de remplacer la paille par de la bâche noire. J’en avais un grand morceau, que je perçais selon une astuce de maraîcher démerdard: lampe à souder et boîte de conserve. Ça prenait forme. Le week-end, Laëtitia s’absenta deux jours à Agen, bien inspirée d’avoir répondu à l’invitation du salon Femmes Sages Femmes pour y proposer ses massages Amma assis, et je faisais des mondanités chez des voisins anglophones. Michael et son frère John promirent de venir visiter la ferme, et le firent.

Silence, ça pousse-pousse

À cette occasion, je repérais les deux premières asperges de l’année, sous la bâche d’occultation qui les avait protégées depuis le mois de novembre. C’était chouette, mais je retournais aussitôt à mon bureau car j’avais une commande d’illustrations à satisfaire. Et si une autre de mes illustrations, réalisée pour ce blog, intéressait un éditeur, j’en demandais apparemment trop cher. Puis, je cherchais des caisses et une brouette de récolte à prix cassé, des plants de pomme de terre, de nouveaux outils pour le motoculteur, je créais un nouveau flyer pour Laëtitia qui songeait à se délocaliser à Feugarolles, près d’Agen, une fois par semaine, démarchait les EPAD et étudiait un devis d’assurance pro pour nous deux. Enfin, côté courrier, nous recevions un lot de toiles hors-sol pré-percées pour pailler les légumes, un pousse-pousse tout neuf pour biner les cultures, et un abonnement à la revue le Citron pour mon anniversaire!

Asperge verte - Ferme de Videau
Les premières asperges

Le retour des affreux

On m’avait dit que nos coteaux argilo-calcaires convenaient à l’ail, je caressais cette idée en poussant mon nouvel engin de désherbage et en constatant qu’en effet, il se portait à merveille. Et puis je maniais la grelinette dans les tunnels car le sous-sol me parût, contre toute attente, tassé. Je suais à grosses gouttes, sous ce chapiteau de cirque. J’assemblais des planches de récup’ en guise de jauge pour quelques arbustes qu’on planterait définitivement à l’automne. Je semais dans des alvéoles les fleurs qui prendraient place au début des planches ou entre les légumes: capucine, souci, tagète, phacélie, cosmos. Et en pleine terre, au nord de la maison, des belles de nuit. Laëtitia poursuivait la mission de paillage entres les tunnels, et endossait le pulvérisateur parce qu’avec cet hiver doux, le retour des affreux était avancé: la chenille de la pyrale du buis pullulait déjà.

Allegro, ma non troppo

Je t’avais prévenu, lecteur, que ce résumé risquait d’être indigeste. Mais c’est à un tout autre rythme que se sont enchaînées les activités ces temps-ci, très différent de celui de nos laborieux chantiers de rénovation de 2018, un rythme plus difficile à mettre en musique. Jusque-là moderato, ça tournait allegro avec la réception des plants de courgettes en fin de semaine. Et pour finir, je rendais visite à Benjamin avec notre groupe de maraîchers bio petite surface. Là aussi, signes visibles d’une activité créatrice trépidante, avec chaque jour un truc nouveau: nouveau motif de satisfaction… ou nouveau sujet d’inquiétude. Mais le résultat, vu de l’extérieur, est indéniablement bluffant. On espère très fort, concernant notre propre histoire, que l’effet produit est le même.